vendredi 30 avril 2010

L’Union pour la Méditerranée prend l’eau

L’Union pour la Méditerranée (UPM) avait pour ambition de surmonter les difficultés politiques en favorisant les projets concrets. Deux ans après sa création, elle ne semble pourtant pas réussir à surmonter les tensions géopolitiques de la région, même sur un dossier particulièrement crucial : l’accès à l’eau. Quelques 290 millions de personnes risquent d’ici à 2025 de manquer cruellement d’eau dans le bassin méditerranéen, 180 millions en manquent déjà et 60 millions de personnes font face à un pénurie chronique. Pourtant, la question du conflit israélo-palestinien vient à nouveau mettre en échec l’adoption d’une « stratégie pour l’eau en Méditerranée ».
L’UPM regroupe 43 Etats : les pays de l’Union européenne, la Turquie, Israël et les pays arabes riverains de la Méditerranée. Elle avait déjà été mise en veilleuse début 2009 suite à l’offensive israélienne « Plomb durci » contre le Hamas à Gaza et n’a pour l’instant connu aucune initiative ou avancée concrète. Le nouvel échec de sa IVe conférence lui laisse présager un avenir plutôt sombre. Réunis à Barcelone pour une conférence sur l’eau, les pays membres de l’UPM n’ont pas réussi à s’entendre sur un plan stratégique. C’est la mention dans le texte des « territoires occupés » qui a bloqué toute poursuite de négociation. Israël a rejeté cette appellation tandis que les pays arabes se sont opposés à la formulation alternative proposée par l’Union européenne de « territoires sous occupation ». 
« Je suis en proie à une grande tristesse car cet échec fait planer le doute sur l’avenir de l’UPM », a déploré son secrétaire général, le Jordanien, Ahmad Massa’deh. Le ministre israélien des Infrastructures, Uzi Landau a, pour sa part, rejeté la responsabilité de l’échec sur les pays de la Ligue arabe : « Nous voulions juste nous concentrer sur des problèmes d’eau et éviter d’entrer dans des thèmes politiques. Mais les pays de la Ligue arabe ont versé dans la pure propagande (…) Ils ont décidé de faire obstruction à la réunion. » 
Le ministre français aux Affaires européennes, Pierre Lellouche, a également reconnu un échec, tout en relativisant : « Le dilemme aujourd’hui est de savoir si l’eau allait diluer la tension politique ou si la tension politique allait polluer l’eau. On a un mélange des deux : j’étais au milieu d’Israéliens, d’Egyptiens ou d’Arabes qui se parlaient quand même… les Israéliens et les Palestiniens travaillent tous les jours au traitement des eaux. Le climat politique est atroce mais l’eau arrive quand même dans les Territoires ». Et il poursuit, se voulant rassurant : « L’UPM est un projet fondamental pour le devenir de la paix dans la région qui n’a rien perdu de sa validité parce que les défis qui sont devant nous sont considérables ». Cependant, l’UPM est-elle véritablement viable si elle ne peut favoriser aucun projet concret en raison des difficultés politiques ? 
Une prochaine réunion est prévue le 7 juin prochain à Barcelone sur la même question mais cette fois-ci en présence des chefs de gouvernement.
Source : Affaires stratégiques

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