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mercredi 20 octobre 2010

Obtenir de l’eau pour irriguer les cultures en Afrique – Zambie

En 1999, quand il a acheté sa première pompe à pédale, Robert Mwanza, un agriculteur à Lusaka, en Zambie, avait du mal à joindre les deux bouts et était sans accès fiable à l’eau. Comme son pays doit faire face à la sécheresse et à la faiblesse économique, Robert n’a pas de ressources nécessaires pour irriguer sa ferme et "ne pouvait pas cultiver assez pour manger et encore moins pour vendre."

L’accès à l’eau est un luxe que de nombreux ménages ruraux, en particulier en Afrique sub-saharienne, n’ont pas. Les agriculteurs doivent souvent faire des voyage de longues distances pour chercher de l’eau dans un cours d’eau ou un puits public, rendant impossible l’irrigation des cultures ou l’accès à l’eau pour la cuisine et le bain.

Mais des technologies abordables, comme la pompe à pédale (une pompe à pied qui se trouve sur le dessus d’un puits et irrigue des petites parcelles de terres), la pompe à corde (une alternative à la pompe à pédale alimentée manuellement) et une variété de systèmes de stockage de l’eau (en plastique et utilisées comme sources de gicleurs ou de systèmes d’irrigation par goutte à goutte), changent tout cela. Les systèmes sont développés et soutenu par International Development Enterprises (IDE), une organisation qui travaille à améliorer les moyens d’existence des agriculteurs dans 13 pays en Asie et en Afrique grâce à l’amélioration technologique de l’agriculture et de l’accès au marché.

Après seulement deux ans d’une meilleure irrigation fournie par une pompe à pédale, Robert Mwanza a augmenté sa production de légumes pour nourrir sa femme et ses huit enfants.

Il a également gagné assez d’argent pour acheter une pompe supplémentaire, doublant ainsi la superficie des terres qu’il pouvait irriguer. Il a recruté son frère, Andrew Mwanza, pour travailler sur la pompe supplémentaire et en trois ans, avec l’aide du personnel de terrain IDE, Robert a commencé à vendre ses produits à Agriflora, une société qui exporte des légumes de haute qualité en Europe. Maintenant, les deux frères cultivent assez de légumes pour pouvoir se permettre d’ajouter un moteur à essence à la pompe de 750 $, ce qui réduit le travail nécessaire pour augmenter la production.

Source : http://www.ideorg.org/

jeudi 3 juin 2010

Pour nombre d'Egyptiens, vue sur le Nil mais pas d'eau dans les robinets


Quand chaque matin Tahani Rabiha tourne le robinet, cette Egyptienne de 18 ans enceinte de six mois prie pour qu'il y ait de l'eau. Le plus souvent, rien ne coule.
"Ces derniers jours il n'y a pas eu d'eau du tout", déplore cette habitante de Kirdassa, un village à la périphérie du Caire, à 10 km à peine des rives du Nil.
"Je me lève généralement vers 5 heures du matin, parce qu'à partir de 7 heures il n'y a plus aucune chance d'avoir de l'eau", raconte-t-elle.
Son docteur lui a formellement déconseillé de faire des efforts, alors pas question d'aller au fleuve chercher de l'eau. De toutes façons elle ne serait pas potable.
"Alors je stocke l'eau comme je peux et la rationne", raconte-t-elle.
Pour d'innombrables Egyptiens comme Tahani, vivre dans la vallée d'un des plus importants fleuves du monde ne signifie pas que l'eau coule à flot à la maison, au contraire.
"Cela fait quatre jours que nous n'avons pas d'eau. On peut s'y faire, mais ce n'est pas une vie. Nous payons nos factures, mais où est l'eau?", se lamente elle aussi Mona, une de ses voisines.
Dans la région de Daqahliya, dans le Delta du Nil, "grenier" de l'Egypte depuis l'antiquité, des paysans ont manifesté récemment pour dénoncer le manque d'eau potable et l'impossibilité d'arroser leurs cultures.
La bataille engagée par plusieurs pays de l'amont du fleuve -Kenya, Tanzanie, Ethiopie, Rwanda, Ethiopie- pour revoir à leur avantage un traité de 1929 sur l'utilisation du Nil accordant la part du Lion à l'Egypte a ravivé les craintes des Egyptiens.
Mais cette crise diplomatique qui fait les gros titres de la presse égyptienne a peu de rapport avec les difficultés quotidiennes qui touchent déjà d'une grande partie de la population, soulignent des spécialistes.
Priorité donnée à l'irrigation, réchauffement climatique qui augmente l'évaporation, canalisations défectueuses, gaspillages ont depuis longtemps une lourde responsabilité.
La forte croissance démographique -la population de 80 millions de personnes augmente d'environ 1,5 million chaque année- aggrave le problème dans ce pays qui tire du Nil 90% de ses besoins en eau.
Pour Hosni Khordagui, du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) au Caire, le nombre d'Egyptiens vivant en dessous du "seuil de pauvreté en eau" risque d'augmenter de manière exponentielle.
"Le problème, c'est que 85% de l'eau tirée du Nil va à l'irrigation, et qu'il est difficile de changer cela parce que l'agriculture est une source de revenus importante", souligne-t-il.
Il y soixante ans, le Nil fournissait une moyenne de 2.600 mètres cubes d'eau par an et par habitant. En 2025, ce chiffre pourrait descendre à 500 m3, souligne-t-il.
Pour Habib Ayeh, géographe et chercheur à l'université américaine du Caire (AUC), le Nil est "largement suffisant" pour les besoins de la population égyptienne actuelle, et les difficultés n'ont rien à voir avec les revendications des pays africains de l'amont.
"Le problème principal réside dans la distribution de l'eau, dans son usage, et dans l'égalité de l'accès à une eau saine", déclare-t-il, en estimant qu'un Egyptien sur quatre n'a aujourd'hui pas accès à l'eau potable.
Plus on s'éloigne des rives du Nil et moins on a de chances d'avoir de l'eau propre à la consommation, parce que l'essentiel est utilisé, notamment pour l'agriculture, avant d'arriver au robinet final.
"On pourrait résumer le problème ainsi", estime-t-il: "le gens n'ont pas d'eau à boire en Egypte, et dans le même temps le pays exporte des fraises en décembre".
Source :AFP

mercredi 8 juillet 2009

Le Cemagref en pointe pour réduire la consommation hydrique agricole


A Montpellier, des chercheurs consacrent leurs travaux à la réduction de la consommation d'eau dans l'agriculture, qui absorbe dans le monde 70% de l'eau douce consommée annuellement, avec l'objectif de "valoriser chaque goutte" de cette ressource vitale.

Les travaux de ces chercheurs du Cemagref (institut de recherche pour l'ingénierie d'agriculture et de l'environnement) suivent deux axes principaux: expérimenter un nouveau mode d'irrigation basé sur "un goutte à goutte enterré" et promouvoir, notamment au Maghreb, une reconversion de l'irrigation classique, par rigole, vers le goutte à goutte de surface.

Le récent Forum mondial de l'eau, à Istanbul, a mis en évidence que le temps de l'eau facile était révolu sur cette planète soumise à la double pression de la croissance démographique - la population devrait passer de 6,5 milliards d'humains aujourd'hui à 9 milliards en 2050 - et du réchauffement climatique.

Réduire la consommation d'eau dans l'agriculture tout en augmentant la production alimentaire, "c'est le grand challenge", analyse Sami Bouarfa, chercheur au Cemagref.

Dans l'arboriculture et le maraîchage, le "goutte à goutte de surface", avec des tuyaux à même le sol, a déjà fait ses preuves. En limitant l'évaporation, cette technique "permet de réaliser une économie de 50% d'eau par rapport à l'irrigation par rigoles, et de 15% par rapport à l'irrigation par aspersion (jets), couramment pratiquée en France", souligne Sami Bouarfa.

Mais elle est incompatible avec le passage d'engins de labours ou de récolte sur les terres semées de céréales, qui représentent en France environ 50% des cultures sur les terres arables.

Il est donc indispensable d'enterrer les tuyaux, ce qu'expérimente depuis deux ans le Cemagref à Montpellier, où des parcelles de blé, d'orge et de maïs sont cultivées avec les trois techniques d'irrigation: aspersion, goutte à goutte de surface et enterré. Objectif: analyser et comparer la croissance de la plante, les quantités d'eau utilisées, les rendements de la céréale, et enfin modéliser sur ordinateur les données recueillies.

Avec le goutte à goutte enterré, 10% d'eau pourraient encore être économisés par rapport au goutte à goutte de surface, assure Pierre Ruelle, agronome au Cemagref.

"Ce n'est pas négligeable mais cela risque de ne pas suffire", souligne Sami Bouarfa.

Car dans le monde, l'irrigation gravitaire - par rigoles - est de loin la technique la plus utilisée. Mais elle est souvent à l'origine d'un grand gaspillage.

Participer à la conversion des agriculteurs au goutte à goutte est donc une autre mission que mènent, notamment au Maroc, avec les autorités et les chercheurs marocains, les équipes du Cemagref et du CIRAD.

Dans ce pays, un million d'hectares sont irrigués en gravitaire et l'enjeu est d'en convertir plus de la moitié au goutte à goutte classique, d'ici 2020.

Un défi dans la mesure où les agriculteurs sont habitués à submerger leurs cultures, note Sami Bouarfa. Par ailleurs, pour les petits exploitants, le passage au goutte à goutte représente un risque économique, même si le Maroc accorde jusqu'à 60% de subventions pour l'équipement.

Mais ce sont eux qu'il faut convaincre, car ce sont les plus nombreux et ils occupent les plus grandes surfaces. C'est là un vrai enjeu, dit Sami Bouarfa.

dimanche 5 juillet 2009

L'eau et l'agriculture dans les pays riches


On pense souvent que les pays développés sont riches en eau, et que les agriculteurs s’y préoccupent peu de questions de gestion ou de qualité de l’eau. Si seulement cela pouvait être vrai ! Partout, l’accroissement de cultures et d’élevages exigeants en eau appauvrit les ressources en eau, y compris dans les pays les plus riches.

Aux États-Unis, l’un des plus gros producteurs agricoles du monde, l’irrigation agricole est supérieure au taux de recharge des nappes souterraines depuis plusieurs années dans certaines régions. Par exemple, l’aquifère d’Ogallala, qui irrigue plus de 20 % des terres cultivables, a vu son niveau d’eau diminuer, et est presque tari dans certaines parties du Kansas. Dans la partie septentrionale du Texas, la diminution des ressources en eau menace sérieusement la pérennité de l’économie agricole et rurale.

Les États-Unis sont loin d’être la seule économie développée à affronter ce problème. En France, également l’un des plus gros exportateurs mondiaux de produits agricoles, la part de l’agriculture dans l’utilisation des nappes souterraines est passée de 10 % au milieu des années 80 à 17 % dix ans plus tard. Dans la zone OCDE, la consommation d’eau à usage agricole, soit 45 % de la consommation totale, a progressé plus rapidement sur cette période que pour les autres utilisations. Ceci reflète l’expansion de 6 % des surfaces irriguées, notamment pour les céréales, les récoltes horticoles comme la vigne et de meilleurs pâturages.

Les projections à 10 ans montrent que la demande d’eau émanant des irrigants va encore progresser, notamment dans des pays où l’essentiel de la production agricole provient déjà des cultures irriguées, comme l’Australie, le Mexique, l’Espagne et les États-Unis. Cela entraînera également une intensification de la concurrence avec les autres usagers. De plus, la multiplication et la gravité croissante des sécheresses ces dix dernières années, peut-être liées au changement climatique, touchent gravement l’agriculture irriguée dans de nombreuses zones arides et semi-arides.

La part de l’agriculture dans l’utilisation totale des eaux souterraines dépasse 30 % dans certains pays de l’OCDE, et l’eau alimentant le secteur est de plus en plus prélevée sur les aquifères souterrains. Dans certaines régions, la consommation des irrigants est très largement supérieure aux taux de recharge des nappes souterraines, ce qui menace la viabilité économique de l’agriculture dans les zones concernées.

Le dilemme est que l’agriculture peut aussi bien être une aubaine qu’un fléau pour l’environnement. La surexploitation des ressources en eau a dégradé certains écosystèmes aquatiques, nuisant ainsi aux activités de pêche de loisir ou commerciale. Mais il existe cependant des systèmes de production agricole bénéfiques pour les bassins hydrographiques car ils fournissent des habitats favorables à la faune aquatique, reconstituent les réserves et contribuent à lutter contre les inondations.

Bien que les exploitations agricoles puissent protéger l’environnement, c’est trop souvent le contraire qui se produit. Dans certains pays, la faible utilisation de techniques d’irrigation performantes, comme le goutte à goutte, et la médiocrité de l’entretien des infrastructures mènent à un manque d’efficacité dans l’utilisation de l’eau, d’où des pertes et un plus grand volume d’eau par hectare irrigué. Il est néanmoins encourageant de voir que dans d’autres pays, comme l’Australie, ces volumes ont chuté grâce à l’amélioration des pratiques de gestion de l’eau. En bref, avec les techniques appropriées et des incitations à adopter les bonnes technologies, les pressions sur les ressources souterraines en eau peuvent diminuer.

Mais l’utilisation n’est qu’une partie du problème. L’agriculture est aussi une source principale de pollution des eaux souterraines dans de nombreux pays. Plus d’un cinquième des sites de contrôle des nappes souterraines dans les zones agricoles du Danemark, des Pays-Bas et des États-Unis indiquent des taux de nitrate trop élevés pour l’eau potable. Ceci est particulièrement problématique lorsque ces nappes fournissent la majeure partie des approvisionnements destinés à la consommation humaine et animale. De plus, la situation va probablement se détériorer car, à cause de propriétés physiques particulières, les phosphates utilisés il y a quelques années mettront encore de nombreuses années à filtrer jusqu’aux nappes souterraines.

L’impact de l’agriculture sur la qualité de l’eau s’est légèrement amélioré au cours des dix dernières années grâce à la réduction du ruissellement des déchets d’élevage, des engrais et des pesticides, en réponse aux politiques et préoccupations publiques. Pourtant, les niveaux absolus de pollution d’origine agricole restent élevés dans de nombreuses régions. Les sources d’azote et de phosphore responsables de la pollution des eaux ont relativement augmenté, alors que les sources de pollution industrielles et urbaines ont diminué.

Il reste à savoir comment aborder ces problèmes. Les coûts des polluants agricoles, comme les fertilisants et pesticides rejetés dans les cours d’eau, sont élevés. Selon l’Agence britannique de l’environnement, la pollution agricole de l’eau coûte environ 345 millions d’euros par an, et affecte l’eau potable et les écosystèmes aquatiques. Cela représente environ 40 % des coûts totaux de pollution de l’eau en Grande-Bretagne.

Dans de nombreux pays, les coûts pour ramener la qualité de l’eau dans les zones agricoles aux seuils fixés seraient bien plus élevés pour les usages environnementaux et récréatifs que pour l’eau potable. Ceci est dû à l’eutrophisation générale des cours d’eau et des lacs dans les régions impliquées, ainsi qu’aux dommages causés par les pesticides aux organismes aquatiques. La pollution des estuaires et des côtes par les fertilisants agricoles devient elle aussi problématique car elle provoque des proliférations d’algues préjudiciables à la faune marine.

Des réglementations peuvent limiter la pollution des eaux, mais elles ne suffisent pas. Les politiques de subvention à la production faussent les incitations offertes aux agriculteurs, et aggravent la surconsommation d’eau et sa pollution dans de nombreux pays riches. Même si l’eau destinée à l’agriculture est d’une moindre qualité, les agriculteurs bénéficient souvent de tarifs très faibles pour leur approvisionnement et leur consommation en eau, par rapport aux ménages et aux entreprises. Aux États-Unis par exemple, les agriculteurs paient en moyenne environ 0,05 USD/m3, contre 0,50 USD/m3 pour les entreprises. En France, ces chiffres respectifs sont de 0,08 USD/m3 et 0,95 USD/m3. En Espagne, les prix sont de 0,05 USD/m3 pour les agriculteurs et 1,08 USD/m3 pour les entreprises. Les agriculteurs n’ont donc que peu, voire pas d’incitation du tout à mieux gérer leur utilisation d’eau.

Mais si les incitations existaient, il reste à savoir qui paierait. Les droits de propriété sur l’eau sont souvent mal définis – un puits sur les terres d’un agriculteur peut par exemple appartenir au village. Dans ce cas, le principe du pollueur-payeur est difficile à appliquer.

En bref, dans les pays riches, l’impact de l’agriculture sur les ressources en eau n’est pas viable. L’une des nouvelles priorités de l’action publique consiste donc à favoriser une gestion de l’eau plus durable à travers de meilleures réglementations et des instruments comme un commerce de l’eau basé sur le marché. Il est généralement admis qu’il faut améliorer la structure des prix, qui devrait refléter les coûts et avantages de l’eau à usage agricole. Il est également nécessaire que tous les pays renforcent le suivi et l’évaluation des initiatives de réforme, afin de s’assurer que celles-ci vont dans le bon sens.

Les pays en développement sont confrontés aux mêmes problèmes, bien que les pays arides connaissent le problème de l’approvisionnement minimum en eau pour les cultures et pour les élevages, afin de nourrir des populations croissantes (et de plus en plus riches). De manière générale, la réforme des politiques de l’eau est plus ou moins avancée selon les pays.

Les pays développés commencent enfin à prendre conscience que l’eau, loin d’être abondante, est au contraire une ressource fragile, et qu’ils doivent donc mettre en place les bons signaux, aussi bien en ce qui concerne le marché que les choix publics. Ils commencent à s’atteler à la tâche, mais le chemin qui reste à parcourir est encore bien long pour de nombreux pays.


source : OCDE, 2009, Indicateurs environnementaux pour l’agriculture.




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