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dimanche 7 mars 2010

Les eaux du Mékong sont au plus bas…

Le Mékong est à plusieurs endroits à des plus bas depuis des décennies, une menace pour l'approvisionnement en eau, les systèmes d'irrigation et de navigation de millions de personnes vivant dans le bassin de ce fleuve d'Asie du Sud-Est, a averti vendredi un organisme régional.
Le nord de la Thaïlande, du Laos, le sud-ouest de la Chine sont surtout affectés, selon la Mekong River Commission (MRC), organisme intergouvernemental regroupant Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam et traitant des questions de pêche, agriculture, environnement, transport et débit liées au fleuve.
A plusieurs endroits du Mékong au Laos et en Thaïlande, les mesures sont encore plus basses qu'en 1993, année qui avait suivi une extrême sécheresse régionale, poursuit la MRC. Dans le sud-ouest chinois, des plus bas en 50 ans ont été enregistrés.
Le Mékong prend sa source en Chine, traverse le Laos, lui sert de frontière avec la Birmanie et la Thaïlande, avant de poursuivre son cours aux Cambodge et de se jeter dans la mer dans le sud du Vietnam.
Selon la MRC, plus de 60 millions de personnes vivant au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam dans le bassin du Mékong dépendent du fleuve pour leur alimentation, transport, activité économique.
Pour Jeremy Bird, chef du secrétariat de la MRC, joint par téléphone au Laos, la saison des pluies a été particulièrement faible l'an dernier à Vientiane, la capitale du Laos, et a été suivie par des précipitations inférieures à la moyenne. "La pluviosité en Chine est aussi extrêmement basse".
Selon le quotidien anglophone Bangkok Post, des ONG thaïlandaises sont aussi persuadées que les barrages construits en amont en Chine ne sont pas étrangers à la situation. La critique est récurrente dans la région.
La MRC n'a jusqu'ici reçu aucune requête officielle de la Thaïlande, affirme M. Bird. Mais si une demande survenait, la Commission serait prête à discuter avec la Chine de la possibilité de libérer des eaux des barrages, assure-t-il.
Au Cambodge, les données ne sont pas aussi alarmantes. Mais plus au nord, "les débits vont probablement continuer à diminuer pendant encore un mois", met en garde le responsable.
*Le Mékong est le 4ème fleuve d’Asie par le débit, son débit moyen atteignant 280 km3 d’eau par an. Ce fleuve s’étend sur plus de 4 000 kms. Naissant dans le Tibet oriental (sur les hauteurs de l’Himalaya), le Mékong irrigue successivement la province du Yunnan en Chine borde le Laos puis la Thaïlande avant de couler au Laos et de revenir à sa frontière, puis traverse le Cambodge où naissent les premiers bras de son delta, qui se prolonge dans le sud du Viêt Nam.

mercredi 10 février 2010

L’accès à l’eau : défi majeur de l’Inde

La situation de l’accès à l’eau en Inde devient de plus en plus problématique chaque jour. Les besoins en eaux sont énormes tant pour les cultures, les industries que pour la population. L’accès à l’eau devient un enjeu majeur tant sur le plan économique que géopolitique que sur le plan du développement à proprement parler. Le collectif 2030 water resource group estime que si, d’ici 2030, de sérieux changements ne sont pas mis en place, le pays ne pourra plus subvenir qu’à la moitié de ses besoins.
La grande pollution industrielle et domestique des rivières rend l’eau impropre à la consommation, le pompage excessif qui épuise les nappes souterraines mais aussi la vétusté du réseau de distribution et les complexités de gestion sont autant se facteurs qui rendent l’accès à l’eau de plus en plus difficile. La qualité de l’eau s’en ressent énormément.
Le gouvernement indien a commencé à prendre diverses mesures de restriction pour ne pas faire face à ce problème : rationnement de l’eau à Bombay ou à New Dehli où il n’est possible de n’avoir de l’eau seulement deux heures par jour, installation de système de collecte d’eau de pluie, assainissement par les plantes, réaménagement des systèmes de distribution …
Et le combat pour l’eau ne fait que commencer. La population, les industriels, le gouvernement et les pays limitrophes – dont la Chine, notamment, qui contrôle, en amont la plupart des rivières de l’Inde– se livrent une guerre sans merci où l’accès à l’eau devient l’enjeu majeur.

mardi 19 janvier 2010

Quand la Chine mourra de soif...

Comment satisfaire une consommation d'eau qui explose quand les ressources se raréfient ? L'exemple de la préfecture de Yulin, au Shaanxi, dans le nord du pays.
Le nord de la province du Shaanxi a toujours eu des problèmes d'eau. Mais le développement industriel – et surtout l'arrivée d'un puissant secteur chimique – a aggravé la situation. “L'incompatibilité entre les ressources en eau limitées de notre région et les besoins sans cesse plus importants des différentes industries en plein développement paraît de plus en plus flagrante”, constate Ai Ping, le directeur de l'Office des eaux de la municipalité de Yulin.
Ces dernières années, les précipitations ont eu tendance à diminuer à Yulin, la zone la plus gravement touchée par l'érosion de tout le bassin du moyen et du haut fleuve Jaune. “Le plan d'utilisation des ressources en eau dans la circonscription de Yulin estime que, sur les 1 726 millions de mètres cubes nécessaires, 480 millions vont manquer en 2020 ; en 2030, le déficit sera de 920 millions de mètres cubes”, s'inquiète Ai Ping.
Le démarrage d'une série de projets industriels grands consommateurs d'eau a aggravé la pression sur les ressources en eau dans la municipalité. Selon un professionnel, l'industrie houillère nécessite par définition des investissements importants. Pour la rendre plus rentable, il faut donc réaliser des exploitations de grande taille. Mais, si l'eau vient à manquer, c'est toute la rentabilité du projet qui est sévèrement remise en question.
L'activité agricole est gourmande en eau. En 2008, indique l'Office des eaux, l'irrigation comptait pour 74 % des besoins en eau de Yulin. La municipalité a voulu moderniser les pratiques agricoles, et ces dernières années ont vu un accroissement des surfaces consacrées à l'agriculture de qualité à haut rendement, qui compte essentiellement sur l'irrigation pour parvenir à une hausse de la production de céréales. Cela a créé une demande en eau plus forte, aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif.
Le souci de la municipalité d'améliorer l'environnement urbain par des efforts paysagers, du type espaces verts et fontaines implique également l'utilisation de grandes quantités d'eau. Le long de la route nationale 307, qui relie le chef-lieu de la préfecture de Jingbian au bourg de Dongkeng, la moitié des grands peupliers blancs sont morts de sécheresse. En raison de l'exploitation des gisements naturels, la préfecture, déjà pauvre en eau, est désormais la partie de la circonscription de Yulin qui connaît la baisse la plus préoccupante de ses nappes phréatiques. Le bourg de Qingyangcha ne peut plus consommer l'eau de ses puits, devenue saumâtre, et ses 2 000 foyers (soit près de 8 000 personnes) sont obligés d'aller acheter de l'eau ailleurs.
Les relevés montrent que, de 1992 à 2008, les réserves en eaux souterraines de la région désertique s'étendant au nord de Yulin ont diminué de 860 millions de mètres cubes. Ce phénomène est essentiellement dû à la destruction par l'homme des ressources naturelles. “Les réserves en eaux souterraines de Yulin se situent à des niveaux peu profonds : à quelques mètres ou dizaines de mètres. Or, dans la plupart des mines de charbon, les forages vont jusqu'à 50 à 200 mètres ; ils traversent forcément les nappes phréatiques, perforant leur couche imperméable, formant des sortes d'entonnoirs souterrains par lesquels les eaux de surface se répandent, d'où une baisse du niveau de la nappe”, explique Wang Zhenze, le responsable du bureau des ressources hydriques de l'Office des eaux de Yulin. Encore plus préoccupant est le phénomène d'effondrements dans les mines de charbon à ciel ouvert, qui peut entraîner une infiltration des eaux de surface dans les failles. A proximité des houillères, ces eaux de surface sont souvent polluées et risquent de provoquer une nouvelle pollution des eaux souterraines peu profondes.
Parmi les principes que doit respecter une houillère, il y a celui d'exploiter le charbon en préservant les ressources en eau, mais, dans la réalité, rares sont les entreprises qui y parviennent, à la fois parce qu'elles ne disposent pas de techniques assez poussées et parce que cela augmente le coût de revient de l'exploitation, d'où le manque d'empressement des sociétés minières à se conformer à leurs obligations. Actuellement, dans la préfecture de Shenmu, une dizaine de cours d'eau sont déjà à sec, tandis que la principale rivière, la Kuye, ne coule plus que quatre mois sur douze. La circonscription de Yulin, qui comptait 869 lacs avant l'exploitation des mines, en dénombre désormais moins de 80. En mars 2009, dans une usine d'engrais azotés de Yulin, 1 000 mètres cubes d'eaux usées de quatre bassins d'épuration ont été déversés dans la rivière Yuxi, rendant impropre à la consommation l'eau distribuée aux populations en aval. A la suite de cet accident, les responsables ont été interpellés et l'arrêt de la production a été ordonné.
Selon un professionnel, les entreprises ont vraiment du mal à parvenir au “zéro rejet polluant”, et bien souvent leurs stations d'épuration ne fonctionnent pas normalement. Tout cela est surtout une histoire de coût de revient. Ye Xingshan, le président de la compagnie des eaux de Yulin, le confirme : “Yulin n'a pas encore de tarification équilibrée de l'eau à usage industriel. Dans la très grande majorité des cas, le prix de l'eau est plus bas que le coût du traitement des eaux usées. De ce fait, les entreprises préfèrent acheter de l'eau propre bon marché plutôt que payer cher pour traiter leurs eaux usées.” Un projet d'augmentation du prix de l'eau destiné à rendre les gens plus responsables est à l'étude à l'échelle nationale.
Le directeur adjoint du bureau de la protection de l'environnement, Xue Zhanshan, explique : “Yulin a décidé de partir du principe que la protection de l'environnement doit primer quand elle accorde des autorisations aux nouveaux projets. Par ailleurs, elle a intensifié ses efforts pour faire appliquer les règlements, ce qui a permis de faire nettement chuter les indices de pollution des trois principales rivières (Wuding, Yuxi et Kuye). A ce jour, quatre stations d'épuration des eaux usées ont été construites dans la circonscription et nous espérons cette année faire en sorte que la moitié des installations soient dotées d'une station d'épuration.”
Les autorités de Yulin ont fait le choix d'économiser l'eau dans leur mode de développement. “Nous avons été très sévères pour accorder des autorisations de prélèvement à certaines entreprises très grandes consommatrices d'eau. Nous avons imposé un système d'accès restreint à l'eau et avons encouragé les usines consommant beaucoup d'eau à utiliser les techniques industrielles avancées en vigueur à l'étranger. Par exemple, certaines grandes centrales électriques ont désormais recours au refroidissement par air plutôt que par eau, ce qui leur permet de réduire leur consommation de près du tiers”, explique M. Wang. Dans l'agriculture, les gigantesques volumes d'eau utilisés (74 % du total dans la circonscription de Yulin) cachent des gaspillages dus au mode d'arrosage traditionnel. Selon Ai Ping, “Yulin vient d'achever une étude de faisabilité portant sur la mise en place de programmes d'irrigation économes en eau sur près de 67 000 hectares. Une fois que les paysans auront adopté ces techniques d'irrigation, la quantité d'eau nécessaire pour arroser 1 mu [660 m²] passera de plus de 300 m3 à moins de 100 m3. On espère une économie totale de 200 millions de mètres cubes, soit davantage que la quantité d'eau que fournira le barrage de Wanggedu.” “Le réservoir de Wanggedu, qui a fait l'objet de 4,3 milliards de yuans d'investissements et qui doit entrer en service en 2011, fournira bientôt 150 millions de mètres cubes d'eau au parc industriel de Yuheng, mais celui-ci a besoin de 450 millions de mètres cubes”, explique Ye Xingshan, qui place surtout ses espoirs dans le fleuve Jaune pour résoudre ce problème d'approvisionnement en eau.

Source : courrier international

lundi 6 juillet 2009

L’AFD engagée dans un beau partenariat avec le Cambodge


Le Mensuel de l’Université donne sur son site l’interview de Martha Stein-Sochas, directrice opérationnelle pour l’Asie à l’AFD, et Céline Gilquin, chef de projet à la division Eau et assainissement de l’agence. Elles s’expliquent sur la réussite du développement de l’accès à l’eau à Phnom Penh au Cambodge.

LMU : Quelle est la nature de l’aide apportée par l’AFD pour l’amélioration du réseau de distribution d’eau à Phnom Penh ? Est-elle technique ou essentiellement financière, et quel suivi faites vous de l’amélioration de ce réseau ?

Martha Stein-Sochas : L’AFD a accordé deux prêts, de 11 et 16 millions d’euros, à la régie des eaux de Phnom Penh, des prêts consentis sans la garantie de l’Etat cambodgien.

Le premier prêt, accordé en 2006, est maintenant presque entièrement décaissé, et l’extension du premier centre de traitement qu’il a financé a été inauguré le 27 avril. Il s’agissait de financer l’extension d’une usine de traitement d’eau et la construction d’une deuxième prise d’eau dans le Mékong pour augmenter la capacité de production de la régie des eaux de Phnom Penh.

Nous venons de signer, le 8 mai dernier, le deuxième prêt pour la construction d’une nouvelle usine de traitement, pour une capacité de 130 000 mètres cube par jour, capacité qui sera à terme doublée. Il s’agit d’étendre le réseau de distribution au-delà du centre-ville de Phnom Penh vers la périphérie, composée de populations qui n’ont à ce jour pas accès à l’eau. En effet, si 85% des districts centraux sont à ce jour raccordés, le taux de raccordement de l’ensemble de l’agglomération ne dépasse pas 37%.

LMU : Le coût du raccordement n’est il pas prohibitif pour ces populations ?

Céline Gilquin : Il y a une tarification par tranches, c’est à dire que pour les premiers mètres cube d’eau vendus, le tarif est nettement moins élevé que les mètres cube consommés au-delà d’un certain seuil. C’est un système qui permet de favoriser les populations pauvres, mais qui incite également à l’économie. En moyenne, le tarif est donc de 0,25 dollars par mètre cube, ce qui représente pour un foyer pauvre environ 4% de ses revenus.

Nous souhaitons aussi véhiculer le message suivant : l’eau n’est pas gratuite, elle a un coût, et cela participe d’une démarche de responsabilisation des usagers.

LMU : Au-delà du rôle de bailleur de fonds qu’endosse l’AFD, y a-t-il un suivi ou un rôle de conseil quant à la gestion de ce réseau d’eau ?

Martha Stein-Sochas : Dans le cadre du projet, l’AFD a financé le « dur », c’est-à-dire la construction de l’usine de traitement, mais aussi un consultant français qui assiste la régie des eaux de Phnom Penh dans la construction de ces équipements.

S’ajoutent à cela des clauses spécifiques dans notre convention de financement qui exigent de la régie des eaux une gestion rigoureuse de nos fonds. Il s’agit de faire en sorte que le bilan de la régie soit équilibré et qu’elle maîtrise son endettement.

Cependant, la régie des eaux de Phnom Penh et son directeur Ek Sonn Chan ont toujours été particulièrement responsables à cet égard.

Céline Gilquin : Nous incitons en outre la régie, par l’intermédiaire de prêts à taux très inférieurs à ceux du marché, à investir dans le raccordement des quartiers périphériques où se concentrent les populations que nous ciblons.

LMU : La régie municipale, plutôt que la délégation à une société privée, est-elle donc un système à encourager dans le contexte des pays en développement ?

Martha Stein-Sochas : Nous n’avons pas de livre de recettes à l’AFD. Nous sommes toujours à l’écoute de partenaires, et nous faisons en fonction du contexte local du moment que nous approchons nos objectifs, savoir l’accès du plus grand nombre à la ressource. Et pour cela, nous pouvons en effet, et heureusement, avoir recours à une panoplie de choix.

Céline Gilquin : Au Sénégal par exemple, qui est souvent cité en exemple avec le Cambodge, un affermage a été concédé à une société locale filiale de Bouygues. C’est un système de concession qui marche très bien et que l’on soutient.

LMU : Peut-on imaginer que la régie des eaux de Phnom Penh endosse un rôle de conseil en Asie du Sud-est, c’est-à-dire qu’il y ait une sorte de transfert d’expertise en matière de développement du Nord vers le Sud ?

Céline Gilquin : Je crois en effet qu’il faut mener une réflexion sur la façon de reproduire le modèle, qui est un succès. Cependant, le premier défi reste l’élargissement aux quartiers périphériques. Il est également envisagé de confier la responsabilité du traitement des eaux usées à la régie des eaux de Phnom Penh, ce qui serait une autre évolution.

Au plan national, il y a évidemment des échanges entre la régie de la capitale et les villes secondaires. J’ajouterai aussi qu’Ek Sonn Chan, qui bénéficie d’une reconnaissance croissante dans le monde pour son action, participe lui-même à la propagation de ses idées…

Pour ce qui est de partenariats resserrés en Asie du Sud-est, je crois qu’il est encore un peu tôt. La régie des eaux de Phnom Penh, malgré tout, a encore beaucoup de défis à relever en interne pour ce qui est de l’élargissement de son périmètre d’activité en particulier.

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