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mercredi 30 juin 2010

La Californie, bien arrosée, mais toujours à sec

Après trois années de sécheresse l’hiver humide qu’a connu la Californie a été une agréable surprise. Pourtant, la plupart des Californiens seront surpris d'apprendre que, malgré les fortes pluies et chutes de neige, l’état n'est pas encore en mesure de satisfaire tous les besoins en eau.
Comment est-ce possible?
La croissance de la population, la protection de l'environnement sont quelques-uns des facteurs qui ont donné lieu à une forte augmentation des besoins en eau, dépassant les stocks disponibles. Et malgré l'hiver, l'État continue de souffrir des effets des trois années de sécheresse.
De nombreuses réserves, comme le bassin de Klamath et le lac Tahoe ont encore un niveau très bas.
Cette pénurie persistante d'eau a de graves conséquences sur l'économie, l'environnement et la qualité de vie. C'est pourquoi les gouvernements étatiques et locaux se sont regroupés dans un programme visant à encourager les Californiens à faire entrer dans leur mode de vie un reflexe de conservation de l'eau. Le programme ‘Sauvons notre eau’ vise à sensibiliser, éduquer et à motiver les ménages à réduire leur consommation d'eau. Autrement dit, la conservation de l'eau doit devenir, pour les consommateurs, une habitude, tout comme le sont les économies d'énergie et le recyclage.
Source : SFGate

samedi 26 juin 2010

Chine : De l’eau dessalée au robinet

Guo Qigang, responsable de la centrale électrique Beijinang de Tianjin, ville située au Nord de la Chine, annonçait il y a peu que la ville allait bientôt être approvisionnée en eau de mer dessalée pour son usage domestique afin de combattre la pénurie d'eau que connaît la ville.
Etant le meneur du projet, il explique ainsi que la première phase de ce programme, qui est le plus important que le pays n’ait jamais entrepris dans ce domaine du dessalement, est maintenant achevée. La quantité d’eau qui est actuellement dessalée et soumise à de nombreux tests de qualité est estimée à 100 000 tonnes par jour.
La deuxième étape du projet devrait être achevé d'ici décembre de l'année prochaine, ce qui amènerait la production d’eau potable à un volume total de dessalement de 200.000 tonnes par jour, soit un quart de la consommation d'eau de la ville.
Tianjin est l’une des villes les plus touchée par la pénurie d'eau en Chine. Il a lancé plusieurs projets visant à détourner l'eau du fleuve Jaune et du fleuve Luanhe pour approvisionner la ville, mais son quota par habitant se situe à seulement 370 mètres cubes, ce qui est trop bas par rapport au niveau d'avertissement reconnu internationalement de 1.000 mètres cubes.
Lors d’un séminaire, Sang Guowei, un académicien de l'Académie chinoise d'ingénierie a affirmé que le dessalement de l'eau était une mesure efficace pour pallier la pénurie d’eau en Chine. En effet, plus de 400 des 600 villes chinoises manquent d'eau.
Source : englishcri

mercredi 26 mai 2010

Les solutions marocaines contre les pénuries d’eau

La politique adoptée par le Maroc dans le domaine de la mobilisation et de la préservation de ses ressources hydriques lui a permis de triompher des problèmes nés de la pénurie de l'eau durant les années de sécheresse, a affirmé, vendredi à Beyrouth, Maati Benkaddour, membre de la chambre des conseillers, qui conduit la délégation marocaine aux travaux d'un congrès parlementaire sur les ressources hydrauliques, ouvert jeudi dans la capitale libanaise
Cette politique, qui se décline notamment à travers la construction d'un nombre important de barrages à travers tout le pays, a permis également au Maroc d'atténuer les effets néfastes des inondations, de sédentariser les populations sur leurs terres, et de surcroit, d'endiguer l'exode rural en particulier dans les périmètres irrigués, a souligné M. Bekaddour .

Le Maroc a ainsi construit 18 grands barrages avec une capacité de retenue de plus de 16 milliards de mètres cubes, a rappelé le responsable marocain, précisant que ce faisant, le Royaume a pu mettre à disposition de ses populations de l'eau potable et des eaux destinées au secteur industriel.

Ces barrages ont permis l'irrigation de plus d'un million d'hectares, la production de l'énergie électrique ainsi que l'alimentation de la nappe phréatique. Ces ouvrages ont ainsi grandement contribué à la sécurité hydrique du pays, a dit M. Bekaddour.

Malgré toutes ces réalisations, le problème des ressources hydrauliques demeure l'un des sujets qui focalisent l'intérêt des pouvoirs publics au Maroc, a ajouté le parlementaire marocain, rappelant que le département de l'eau et de l'environnement avait organisé en 2007 des forums de dialogue national qui avaient abouti à l'adoption d'une nouvelle stratégie nationale en vue de résoudre l'épineux problème de la rareté des ressources hydriques, en privilégiant notamment la bonne gouvernance et les mécanismes de l'économie de l'eau et de lutte contre la pollution à travers la réutilisation des eaux usées et le dessalement de l'eau de mer.

Cette stratégie se base en particulier sur la construction de grands barrages pour la mobilisation des eaux de surface et la mise en œuvre du plan national de lutte contre les inondations par la construction de nouveaux ouvrages pour la collecte des eaux dans les régions menacées d'inondations.

Pour ce qui est de la politique du Maroc en matière de protection de l'environnement, M. Benkaddour a souligné que grâce aux orientations de S.M. le Roi, le Royaume a adopté au début de cette année, une stratégie nationale de protection de l'environnement qui fait de cette question un axe fondamental dans le processus de son développement économique et social.

SM le Roi avait réitéré cet engagement dans le message adressé au sommet de Copenhague sur l'environnement et dans lequel le Souverain avait souligné que le Maroc place la question de la protection de l'environnement au cœur de son programme de développement.

M. Benkaddour a rappelé que cette stratégie se traduira dans les faits par la création de 16 observatoires régionaux de l'environnement qui seront chargés d'élaborer des rapports annuels sur l'état de l'environnement et de corriger les dysfonctionnements qui pourraient être relevés en la matière.

Le parlementaire marocain a d'autre part évoqué la situation des ressources hydrauliques dans le monde arabe, en soulignant que la rareté de ces ressources est due à la prévalence d'un climat aride et semi aride dans le monde arabe, à la faiblesse des nappes phréatiques, à la croissance démographique et à l'exploitation non rationnelle de ces mêmes ressources.

«Nous sommes tous appelés à traiter le problème des ressources hydriques avec sagesse en associant toutes les composantes de nos sociétés et les institutions arabes spécialisées», a indiqué M. Benkaddour, ajoutant que le Maroc est entièrement disposé à œuvrer de concert avec les pays arabes et les instances internationales en vue d'attirer l'attention sur l'exploitation à outrance, par Israël, des ressources hydrauliques de la Palestine et du Golan occupé au su et au vu de la communauté internationale.

Le Congrès de Beyrouth se penchera, trois jours durant, sur les politiques mises en œuvre pour palier la pénurie de l'eau dans le monde arabe, les conventions signées en ce sens et les relations avec les pays voisins (Turquie et Iran).

Source : mpa

jeudi 29 avril 2010

Eau : dernier rapport de la banque mondiale

Si l’Ethiopie , Haïti et le Niger sont les pays les plus confrontés à la pénurie d’eau, il ne faut pas oublier également les 700 millions de personnes, réparties dans 43 pays, qui sont situation de «stress hydrique», selon un nouveau rapport publié par la Banque mondiale le mois dernier. (http://www.worldbank.org/ieg/water/)
Ces dernières années, près d’un tiers des projets de la banque mondiale ont été liés à l’eau, pour un total de 54 milliards de dollars. Certains, bien sûr, ont été controversés, puisque les barrages, les projets d’irrigation, la prévention des inondations et autres projets de gestion des bassins versants aide souvent un groupe au détriment des autres. Et on voit aussi de nombreux projets échouer une fois construits, parce que le pays hôte n’est pas riche ou assez sophistiqué pour les maintenir.
Le rapport note en effet que «la plupart des pays ayant des problèmes de pénurie grave d’eau sont également si pauvres qu’ils ne sont «pas suffisamment solvables pour emprunter et sortir de la crise de l’eau ».
La banque s’est donné des directives afin d’être plus efficace : Premièrement, elle va soutenir des projets qui donnent l’accès à l’eau à la plupart des gens. Elle va également rechercher des projets préservant les eaux souterraines et permettant la restauration de l’environnement.
D’autre part, elle va accorder plus d’attention aux solutions pour arrêter l’encrassement des stations d’épuration.
Source : NYTimes

lundi 12 avril 2010

L’eau, problème de sécurité nationale pour Hilary Clinton

Lors d’une allocution prononcée il y a quelques jours, le chef de la diplomatie américaine, Hilary Clinton s’est inquiétée de la situation de l’eau dans le monde. En effet, l’accès à l’eau devient de plus en plus un sujet de conflit. A l’occasion de la journée mondiale de l’eau, elle présentait la bonne gestion de l’eau comme une affaire de « sécurité pour les hommes », et plus encore, de « sécurité nationale ».
Comme on le voit souvent, la pénurie d’eau, la mauvaise gestion, les détournements en amont, tout cela peut devenir une véritable poudrière à l’intérieur d’un état, ou entre des pays frontaliers. Une croissance économique ne pourra se faire dorénavant sans une bonne gestion de l’eau, notamment dans les pays les plus pauvres et les plus touchés par la pénurie. Mais les pays dits ‘riches’ ne doivent pas pour autant se sentir hors de toute action a souligné Hilary Clinton. «Ils doivent prendre conscience que leur image dans le monde dépendra aussi de leur action dans ce domaine. »
Lors de son allocution, elle a présenté les différentes mesures que le gouvernement américain désire mettre en place pour faire face à la situation. Il s’agit par exemple d’augmenter le financement des recherches, des organismes internationaux et d’aider les pays en matière de développement dans ce domaine.

vendredi 19 mars 2010

Les enjeux de l'eau par Gérard Payen

Un expert de l’eau Gérard Payen, conseiller pour l'eau du secrétaire général de l'ONU et président d'Aquafed, a répondu aux internautes lors d’un tchat Green Business de La Tribune sur les principaux enjeux de l’eau.

Bonjour et bienvenue sur le "tchat". Aujourd'hui nous avons le plaisir d'accueillir Gérard Payen, Conseiller pour l'eau du Secrétaire général de l'ONU et président d'Aquafed, qui répondra à toutes vos questions.
Bonjour, je suis très content de pouvoir discuter des nombreux enjeux liés à la gestion de l'eau avec les internautes de La Tribune.

Eric : Toutes les ressources rares ont un prix de marché (pétrole, ...). L'air a également un prix, via la tonne de CO2, fixé sur un marché. Chacun réfléchit désormais à donner un prix à la biodiversité. Faut-il alors, demain, donner un prix à l'eau, fixé sur un marché international, comme n'importe quel matière première, pour éviter les gaspillages ?
L'eau est disponible en quantité à peu près fixe chaque année en un endroit donné. L'agriculture, l'industrie, les populations en sont les principaux utilisateurs. Ce qui est important, c'est de répartir la ressource de façon équitable entre ces différents usages. C'est typiquement le rôle des autorités politiques. Elles peuvent utiliser des incitations économiques dans certains secteurs mais la gestion d'ensemble relève du politique et ne peut pas être traitée par le marché.

Histoire : Est-il exact que depuis la création de la terre, la quantité d'eau n'a pas bougé (l'univers ne nous envoie pas et la terre n'en envoie pas vers l'espace). Dans ce cas, le problème est-il celui de la démographie - bientôt, il n'y aura plus assez d'eau pour tout le monde - ou de sa mauvais utilisation (manque de dépollution...) ?
Je crois effectivement que la quantité de molécules H2O sur la Terre est stable. Vous avez tout à fait raison de mentionner l'impact de la croissance démographique. Ceci étant, la Terre contient énormément d'eau dans les océans. Seule une petite partie est transformée en eau douce et seule une petite partie de cette eau douce est utilisée par l'homme. Il est donc possible de mobiliser davantage les quantités d'eau disponibles, par exemple en construisant des barrages qui permettent de stocker l'eau de la saison humide pour l'utiliser en saison sèche. Autre exemple, les eaux usées sont une ressource très importante à même d'être réutilisée de nombreuses fois. La croissance démographique génère une croissance des consommations mais les populations, les villes en général, n'utilisent que 10 à 15 % de l'eau douce utilisée par l'homme. L'essentiel, 70 %, est utilisé par l'agriculture en irrigation. Par conséquent, dans les endroits où l'eau devient rare, c'est l'agriculture qui est en première ligne.

Germain : Ne va-t-on pas se trouver de plus en plus confrontés à des conflits d'usage de l'eau, y compris concernant l'énergie ?
Tout à fait. L'eau douce est en quantité renouvelée chaque année mais les usages agricoles, industriels et citadins augmentent partout dans le monde. De ce fait, les tensions sur la ressource en eau augmentent ; on parle de croissance des pénuries hydriques et cela occasionne des concurrences entre les différents utilisateurs. L'énergie est un très gros consommateur. Près de 60 % de l'eau douce pompée en France sert à la production d'énergie électrique. Mais cette eau est réutilisable en aval et en pratique largement réutilisée.

Almir : L'eau va-t-elle devenir un bien aussi précieux que le pétrole ?
L'eau est essentielle à la vie. Nous avons tous besoin d'eau chaque jour. Elle a donc une grande valeur pour chacun d'entre nous.
Par contre, il n'y a aucune similitude entre l'eau et le pétrole. Le pétrole existe en quantité limitée, épuisable. L'eau douce est renouvelée chaque année. Par ailleurs, l'eau douce est réutilisable après usage, ce qui se fait de plus en plus dans le monde. Le pétrole a une valeur économique élevée, ce qui permet de le transporter sur de longues distances et il y a un marché du pétrole. L'eau a une valeur économique faible. C'est d'ailleurs probablement le produit le moins cher à la tonne, ce qui fait qu'il est économiquement très coûteux de le transporter. L'eau est un produit local réutilisable qui ne se vend pas sur un marché.

Janice : Pourquoi ne parle-t-on pas plus de cette question dans les médias et les instances internationales ?
L'existence de ce tchat montre qu'on en parle un peu dans les medias, mais sans doute pas en traitant tous les enjeux de l'eau en fonction de leur importance respective. Par exemple, en France, on parle beaucoup des questions de ressource en eau, alors que la France est un pays qui n'en manque pas. A l'inverse, on parle très peu de la problématique de l'accès à l'eau potable qui concerne des milliards d'individus et qui est un sujet bien différent. Au niveau international, le progrès est notable. Il y a maintenant régulièrement des conférences interministérielles sur l'eau et même les chefs d'Etats commencent à discuter des problèmes liés à l'eau. Il y a 2 ans, tous les chefs d'Etats asiatiques se sont réunis au Japon puis pour la première fois l'ensemble des chefs d'Etats africains a travaillé sur la question de l'eau et adopté une déclaration politique au niveau de l'Union africaine. En avril prochain, de nombreux gouvernements se réunissent à Washington pour discuter des modalités de l'aide internationale en matière d'eau. Sur le fond, la nouveauté c'est que les Etats au niveau des Nations Unies ne se préoccupent plus uniquement de ressource en eau et d'accès à l'eau mais commencent à vouloir travailler ensemble sur la gestion des eaux usées. Ils ont fait une déclaration en ce sens à Istanbul en mars de l'année dernière.

Alo : Y a t-il déjà eu des guerres de l'eau ? Si oui lesquelles et où ?
L'histoire ne fournit pas d'exemple de guerres pour l'eau, même si les conflits liés à l'eau ont été nombreux. Pour l'avenir, ce qui me paraît important c'est comme on l'a vu tout à l'heure la croissance des tensions liées à l'augmentation des consommations de l'eau. Ces tensions créent des conflits locaux nombreux qui peuvent dans certains cas atteindre l'ensemble d'un bassin géographique, c'est-à-dire l'ensemble des utilisateurs de la même ressource en eau. Il y aura probablement dans l'avenir de nombreux conflits locaux. il est peu probable qu'ils dépassent les frontières.

Valdec : Quelle est la position de l'ONU sur cette question ?
Les Nations Unies travaillent avec leurs membres, les Etats, sur tous les enjeux liés à l'eau. En matière de gestion des ressources partagées entre plusieurs Etats, ce qu'on appelle aussi les eaux transfrontalières, une convention internationale a été discutée et adoptée depuis de nombreuses années. L'enjeu est sa ratification par un nombre suffisant d'états pour qu'elle entre en vigueur. La France souhaite la ratifier, le processus est en cours au niveau du Parlement.

Saxon : Comment réguler ce marché de l'eau ?
Comme dit précédemment, l'eau est un bien utilisé, réutilisé, qui sauf exception, ne se vend pas sur un marché. Il y a des marchés liés à l'eau. Par exemple, les eaux minérales ou encore celui des pompes hydrauliques ou des services de distribution d'eau potable. Mais l'eau elle-même, est un bien commun qui ne se vend pas sur un marché.

Moïse : Pourquoi dépense-t-on autant pour rendre l'eau qui coule au robinet à la fois potable et d'un goût agréable alors qu'on en boit très peu ? Ne pourrait-on pas faire des économies en distinguant eau de boisson et de cuisine et eau destinées à des usages non alimentaire ?
Le service public de l'eau consiste à satisfaire les différents besoins par le moyen d'une organisation optimisée permettant de bénéficier d'effets d'échelle pour un coût collectif minimal. Les usages domestiques sont nombreux: boisson, lessive, hygiène, cuisine, arrosage, etc. Avoir un système de distribution pour chaque usage serait très coûteux. La réponse la plus courante dans les pays comme la France est d'avoir des réseaux qui distribuent de l'eau pour tous les besoins de la population et pour les activités économiques peu exigeantes et d'avoir des installations spécialisées pour les fabrications industrielles qui ont des besoins particuliers (eau ultra pure pour la fabrication de microprocesseurs). Avoir deux réseaux de distribution en ville serait très coûteux car dans le coût de l'eau les infrastructures ont une place plus importante que le coût de purification. A Paris, il y a deux réseaux. L'un distribue l'eau de la Seine après filtration pour des usages non domestiques. Son intérêt économique est en débat, les budgets nécessaires à son entretien sont difficiles à mobiliser.

Louis-Armand : Trouvez-vous logique de payer deux fois le recyclage de l'eau : station d'épuration et usine de traitement de l'eau potable. Ne pourrait-on pas imaginer des sites qui traitent les eaux usées et les réintègrent directement dans le circuit d'eau potable ?
Cela existe, ou presque. A Singapour, des usines dépolluent les eaux usées avec de nombreux étages de traitement de ces eaux. L'eau purifiée est envoyée d'une part à des utilisateurs industriels et d'autre part au réseau d'eau potable. C'est techniquement possible et c'est certainement quelque chose qui va se développer, même si la réutilisation des eaux usées, pour des raisons économiques, cible en priorité l'irrigation agricole, comme cela se fait dans une grande partie du Moyen Orient. Ceci étant, on ne paye pas une fois ou deux fois. Le coût du traitement de l'eau correspond à celui de la succession de plusieurs étages de traitement. Il en faut plusieurs pour enlever la pollution des eaux usées de façon à rejeter une eau acceptable par les écosystèmes. Il en faut d'autres pour passer de cette eau à une eau désinfectée propre à la consommation humaine. Les coûts de traitement s'ajoutent donc. Le progrès est dans l'innovation technologique qui permet de réduire les coûts unitaires.

Colbat : Pensez-vous que l'eau sera la prochaine source de tensions géopolitiques après l'énergie? Redoutez-vous de futures guerres de l'eau ? Est-il possible de mettre en place une juridiction internationale pour empêcher l'exploitation abusive des fleuves en amont qui pourrait nuire à des pays voisins situés en aval ? Autrement dit, peut-on envisager une juridiction proche de celle des détroits pour les fleuves ?
L'eau douce étant par nature une ressource locale partagée au niveau du bassin géographique, c'est d'abord entre les pays qui partagent une même ressource qu'il faut trouver des voies de coopération et de partage équitable. En France, nous avons une expérience très réussie de gestion des ressources en eau par bassin hydrographique. Au niveau international, c'est une voie de progrès manifeste. De plus en plus d'organisations interétatiques existent pour gérer les ressources communes. Je pourrais citer par exemple des organisations des pays riverains du Niger, du Sénégal, du Nil, du Mékong etc. Pour le Niger par exemple, le dialogue qu'a permis la création de l'organisation de coopération a été perçue comme bénéfique aussi bien aux pays amont qu'aux pays aval.

Sandrine : Doit-on plus compter sur la réutilisation des eaux usées ou le dessalement de l'eau e mer ? A-t-on espoir de faire baisser la consommation d'énergie de ces solutions (notamment la désalinisation) ?
Réutilisation des eaux usées, dessalement d'eau de mer sont deux ressources en eau importantes. Leur coût respectif et leur intérêt dépendent des situations locales. De façon générale, la réutilisation des eaux usées est moins chère mais elle nécessite de pouvoir contrôler la qualité des eaux usées pour éviter des toxiques gênants. Le dessalement d'eau de mer est en forte croissance dans le monde mais bien sûr à proximité des côtes. Dessaler l'eau de mer a un coût qui baisse régulièrement grâce au progrès technologique mais ce coût serait plus que doublé s'il fallait pomper l'eau dessalée dans des territoires situés loin du niveau de la mer. Les deux cas montrent qu'il n'y a pas de fatalité avec les ressources en eau. Les tensions liées à la croissance des consommations peuvent être résolues dans le cadre de politiques de gestion de l'eau.

Ernesto : Comment le secteur privé pour aider à atteindre les Objectifs du Millénaire et le manque d'eau dans les pays sous-développés ?
Les entreprises privées agissent sur demande et suivant les instructions des autorités publiques. Elles participent au développement de l'accès à l'eau potable dans de nombreux pays en développement. Ces entreprises sont de toutes tailles, locales ou étrangères. Bien qu'elles n'alimentent en eau qu'environ 3 à 4 % de la population des pays en développement, elles y contribuent de façon significative aux objectifs du Millénaire. Ainsi, en moins de 10 ans ont-elles apporté l'eau potable à 25 millions de personnes, majoritairement pauvres, dans des villes où la population qui bénéficiait auparavant du service public était de 50 millions de personnes. Un tel développement de 50 % est spectaculaire. Développer l'accès à l'eau potable pour tous est un enjeu qui concerne environ 4 milliards de personnes. Personnellement, je crois que c'est possible et que cela vaut la peine d'associer tous ceux et celles qui peuvent y contribuer dans des projets ambitieux.

Merci Gérard Payen. Le mot de la fin ?
Merci pour ces questions. Il y a 4 enjeux principaux pour l'eau dans le monde : les tensions croissantes sur les ressources en eau, l'accès universel à l'eau potable et à l'assainissement, la gestion des eaux usées et les catastrophes liées à l'eau. Chacun perçoit cela avec des sensibilités différentes. Il est important que l'opinion publique et les politiques publiques prennent en considération ces 4 sujets de façon équilibrée.
Source : latribune.fr

lundi 15 mars 2010

Vers une pénurie d’eau en Belgique…

Nous reprenons ici un article très intéressant paru dans le quotidien belge, La Libre Belgique qui se fait l’écho de l’étude menée par un chercheur de l’Université de Liège pour sa thèse de doctorat et dans laquelle il met en évidence que la gestion des réserves en eau en Belgique devra faire l’objet d’attentions particulières dans les années à venir notamment en raison du possible impact des changements climatiques.
Ingénieur géologue, Pascal Goderniaux s’est en effet penché sur les impacts potentiels du réchauffement climatique sur les ressources en eaux souterraines de la Belgique. Pour ce faire, il a mis au point une méthode innovante permettant de modéliser les interactions entre les nappes aquifères et les eaux de surface, mais aussi de calculer avec précision le degré de certitude de ces projections.
"La plupart des recherches se concentrent sur les conséquences que le réchauffement climatique pourrait avoir sur les eaux de surface, mais peu sur ce qui se passerait dans le sous-sol", explique l’intéressé. Or, ces deux éléments sont étroitement liés : l’eau de pluie s’infiltre partiellement dans le sol et vient recharger les nappes aquifères; nappes qui vont ensuite alimenter les cours d’eau. Et une augmentation de la température aura pour effet de booster le processus d’évapotranspiration, réduisant d’autant les quantités d’eau susceptibles de s’infiltrer dans les sols.
Pour valider son approche, Pascal Goderniaux s’est focalisé sur le bassin du Geer, une rivière qui prend sa source à proximité de Waremme et s’en va se jeter dans la Meuse non loin de Maastricht. "Il s’agit d’un bassin stratégique car il est intensément exploité par les compagnies de distribution d’eau qui alimentent environ 600 000 personnes en région liégeoise. Une épaisse couche de limon y recouvre une épaisse couche de craie. C’est dans cette dernière qu’est contenue la nappe aquifère, l’eau étant piégée dans les pores et les fissures de la roche."
Pour mener à bien sa recherche, M.Goderniaux s’est d’abord attelé à modéliser la dynamique du bassin du Geer sur ordinateur en y incluant différents paramètres de base comme la vitesse de percolation de l’eau à travers la roche en fonction de la perméabilité de celle-ci. Il a ensuite validé ce modèle à l’aide des relevés scientifiques effectués depuis plus de trente ans dans cette zone : niveau de la nappe et débit des rivières en fonction des données météorologiques, etc. Le tout afin de s’assurer que les simulations réalisées à l’aide de ce modèle concordent bien avec les observations de terrain. Une opération de calibrage qui représente un travail fastidieux mais indispensable. "De cette façon, nous nous sommes assurés de la fiabilité de l’outil, tout en sachant qu’un modèle numérique est toujours imparfait et comporte des incertitudes. Il s’agit d’une simplification de la réalité".
Une fois cette étape aboutie, restait à faire tourner le modèle en fonction de nouvelles sollicitations afin de simuler comment le bassin pourrait réagir aux mutations du climat d’ici la fin du siècle. "Trois facteurs peuvent intervenir : le niveau des précipitations, l’évolution de l’évapotranspiration et la fluctuation des pompages qui seront réalisés dans le futur. Je me suis pour ma part focalisé sur les deux premiers points", explique notre interlocuteur.
En collaboration avec l’Université de Newcastle, il a donc appliqué à son modèle six scénarios différents d’évolution des conditions climatiques dans le bassin du Geer pour une période s’étalant de 2070 à 2100. Scénarios eux-mêmes basés sur les projections établies par le Giec en fonction d’une augmentation des émissions de CO2 moyenne à élevée. "Tous prévoient une hausse de la température annuelle qui va de +3,1°C à +5,6°C. Celle-ci entraînera une augmentation globale de l’évapotranspiration. De leur côté, les précipitations seront plus importantes en hiver et diminueront en été. Mais annuellement, elles reculeront dans une fourchette allant de -2 % à -15 %."
Résultats des courses, et alors que la variabilité naturelle du climat a elle aussi été prise en compte, tous les scénarios testés montrent clairement que les réserves en eaux souterraines du bassin du Geer verront très probablement leur niveau diminuer. Une baisse que le chercheur se refuse toutefois à chiffrer avec précision, vu les incertitudes qui pèsent encore sur l’estimation de l’ampleur de cette diminution.
"Inutile de sombrer dans le catastrophisme pour autant, la Belgique n’est pas une région où l’on manque d’eau, mais il faut rester vigilant", souligne Pascal Goderniaux. D’autant plus que les options envisagées se basent sur une consommation d’eau constante. A pompage égal, la part de l’eau qui est extraite par rapport à la part de l’eau disponible dans l’aquifère augmentera donc inéluctablement. Une situation qui pourrait de plus évoluer négativement si d’aventure l’on se mettait à recourir à l’irrigation des cultures en été. "Et il ne faut pas perdre de vue que l’on ne pourra jamais pomper toute l’eau qui s’infiltre dans les nappes, sans quoi on s’exposerait à des problèmes dans les rivières en aval."
Une méthode qu’il serait intéressant et utile de tester sur d’autres bassins hydrographiques belges ou, tant qu’à faire, dans d’autres pays moins gâtés par le ciel.
Source : La libre belgique

lundi 8 mars 2010

Le lac Tchad menacé d’assèchement

Le tarissement des ressources en eau du Lac Tchad constitue une importante menace écologique et humanitaire qui impacterait toute la région attenante de ce grand cours d'eau.
Le lac Tchad est un grand lac d’Afrique dont les eaux sont douces, ce qui est rare pour un lac endoréique, c'est-à-dire dont les eaux ne rejoignent pas l'océan. Sa faible profondeur, au maximum de 7 mètres, le rend fragile et très dépendant des fluctuations saisonnières. Son rôle économique est très important, car il doit fournir l'eau à plusieurs millions de personnes des quatre pays limitrophes : le Tchad, le Cameroun, le Niger et le Nigéria.
Ce lac était un des plus grands réservoirs d'eau du monde mais, du fait des caprices du climat, du changement climatique et de la pression démographique au cours des dernières décennies, il s'est réduit de 90 pour cent, passant de 25 000 km2 en 1963 à moins de 1 500 km2 en 2001.

Le bassin hydrographique du lac est théoriquement de 2 380 000 km², couvrant 7,8% du continent, mais le bassin actif n'est en fait que de 967 000 km². Le principal apport, pour 90 %, vient du fleuve Chari et de son affluent Logone, tous deux venant des montagnes de la République Centrafricaine. Un autre de ses affluents le Kamadougou Yobé, issu du Nigeria, est affaibli par la présence de deux barrages qui ont fait chuter son débit. Bien qu'il ne participe que pour 10% aux eaux du lac, la séparation provoquée en deux bassins, nord et sud, participa activement à la précarité de l’alimentation du lac.
Le déficit de pluviosité combiné à une plus grande utilisation des eaux du lac et des rivières pour l'irrigation – la population du bassin a doublé dans l'intervalle, et l'irrigation a quadruplé entre 1983 et 1994 – expliquent ce recul : de 26 000 km2 dans les années 60 à 1 500 km2 en 2000. La navigation y est aujourd’hui devenue impossible.

Selon des prévisions climatiques de la NASA et d'autres études concordantes, si le niveau de l'eau continue de baisser à son rythme actuel, le lac disparaîtra dans une vingtaine d'années.
A cet égard, la FAO a organiser à l’automne dernier à Rome un événement spécial "Sauver le lac Tchad: un système menacé" au cours des célébrations de la Journée mondiale de l'alimentation. Le but poursuivi était d'attirer l'attention sur la situation catastrophique du lac et de mobiliser des fonds pour tenter de le sauver tout en assurant la sécurité alimentaire des populations riveraines.
Quelque 30 millions de personnes vivant dans la région du lac Tchad sont menacées par ce retournement de perspectives et souffrent déjà de l'assèchement du lac ainsi que de la détérioration des capacités de production agricole de la région.
Il s'y ajoute que les activités socio-économiques sont affectées tandis que la surexploitation des ressources en eau et en terre entraîne conflits et migrations, estiment des experts.
Le lacs enregistre une baisse de 60 pour cent de la production halieutique, et la dégradation des pâturages a entraîné une diminution des disponibilités en fourrage, de l'ordre de 46,5 pour cent dans certaines zones en 2006) et une réduction du cheptel et de la biodiversité.
"La catastrophe humanitaire qui succédera au désastre écologique nécessite des interventions urgentes", a déclaré M. Parviz Koohafkan, Directeur de la Division terre et eau de la FAO.
"Il faut stopper la disparition tragique du lac Tchad et sauver les moyens d'existence des millions de personnes qui vivent dans cette vaste région", a-t-il lancé en guise d'alerte.

dimanche 7 mars 2010

Les eaux du Mékong sont au plus bas…

Le Mékong est à plusieurs endroits à des plus bas depuis des décennies, une menace pour l'approvisionnement en eau, les systèmes d'irrigation et de navigation de millions de personnes vivant dans le bassin de ce fleuve d'Asie du Sud-Est, a averti vendredi un organisme régional.
Le nord de la Thaïlande, du Laos, le sud-ouest de la Chine sont surtout affectés, selon la Mekong River Commission (MRC), organisme intergouvernemental regroupant Thaïlande, Laos, Cambodge, Vietnam et traitant des questions de pêche, agriculture, environnement, transport et débit liées au fleuve.
A plusieurs endroits du Mékong au Laos et en Thaïlande, les mesures sont encore plus basses qu'en 1993, année qui avait suivi une extrême sécheresse régionale, poursuit la MRC. Dans le sud-ouest chinois, des plus bas en 50 ans ont été enregistrés.
Le Mékong prend sa source en Chine, traverse le Laos, lui sert de frontière avec la Birmanie et la Thaïlande, avant de poursuivre son cours aux Cambodge et de se jeter dans la mer dans le sud du Vietnam.
Selon la MRC, plus de 60 millions de personnes vivant au Laos, en Thaïlande, au Cambodge et au Vietnam dans le bassin du Mékong dépendent du fleuve pour leur alimentation, transport, activité économique.
Pour Jeremy Bird, chef du secrétariat de la MRC, joint par téléphone au Laos, la saison des pluies a été particulièrement faible l'an dernier à Vientiane, la capitale du Laos, et a été suivie par des précipitations inférieures à la moyenne. "La pluviosité en Chine est aussi extrêmement basse".
Selon le quotidien anglophone Bangkok Post, des ONG thaïlandaises sont aussi persuadées que les barrages construits en amont en Chine ne sont pas étrangers à la situation. La critique est récurrente dans la région.
La MRC n'a jusqu'ici reçu aucune requête officielle de la Thaïlande, affirme M. Bird. Mais si une demande survenait, la Commission serait prête à discuter avec la Chine de la possibilité de libérer des eaux des barrages, assure-t-il.
Au Cambodge, les données ne sont pas aussi alarmantes. Mais plus au nord, "les débits vont probablement continuer à diminuer pendant encore un mois", met en garde le responsable.
*Le Mékong est le 4ème fleuve d’Asie par le débit, son débit moyen atteignant 280 km3 d’eau par an. Ce fleuve s’étend sur plus de 4 000 kms. Naissant dans le Tibet oriental (sur les hauteurs de l’Himalaya), le Mékong irrigue successivement la province du Yunnan en Chine borde le Laos puis la Thaïlande avant de couler au Laos et de revenir à sa frontière, puis traverse le Cambodge où naissent les premiers bras de son delta, qui se prolonge dans le sud du Viêt Nam.

mercredi 24 février 2010

Pénurie d’eau : la Côte d’Ivoire évitera t-elle le pire ?

La Cote d’Ivoire est confrontée à une situation de pénurie d’eau potable. La seule ville d`Abidjan qui représente 70% de la consommation d`eau potable, connaît des perturbations importantes dans l`alimentation en eau potable. Il en est de même pour certaines grandes villes de l`intérieur du pays. Le pire aurait pu se produire n’eût été l’appui de la Commission Européenne.
Plus de 8 millions de personnes (43 % de la population de Côte d’Ivoire) manquent d`installations sanitaires de base et plus de 4 millions de personnes boivent encore de l`eau provenant de sources non améliorées, particulièrement en milieu rural. Ainsi chaque jour de nombreux enfants meurent de maladies diarrhéiques et d’autres maladies transmises par l’eau, ou causées par un manque d’eau salubre, d`assainissement et d`hygiène. Le manque d`eau salubre et d`assainissement a de nombreuses autres graves répercussions sur la santé des populations. Les enfants et en particulier les filles, sont privés de leur droit à l`éducation parce qu`ils doivent passer du temps à aller chercher de l`eau ou ne vont pas à l`école du fait du manque d`installations sanitaires adéquates et séparées. Les femmes doivent passer une partie importante de leur journée à aller chercher de l`eau (85,9 % des femmes de Côte d’Ivoire sont chargées d’approvisionner leur famille en eau). Les agriculteurs et les salariés peu fortunés sont moins productifs du fait de leurs problèmes de santé, et les économies nationales en pâtissent.
Sans eau salubre et assainissement adéquat, le développement durable est impossible. C’est pour cette raison que l’approvisionnement en eau potable des populations sur l`étendue du territoire national ivoirien a constitué donc l’une des priorités de l’Union Européenne. Ainsi, les appuis de la Commission européenne dans les secteurs de l’eau ont eu pour objet d’apporter aux populations affectées par la crise, un meilleur accès aux services sociaux de base et à des conditions de salubrité satisfaisantes. L’appui à la société gestionnaire du réseau d’au potable (SODECI), à hauteur de 2947,5 millions de francs CFA, à la continuité de l’approvisionnement en eau potable des centres urbains, en zone Centre, Nord et Ouest, à la réhabilitation d’installations de production, de traitement, de distribution et les interventions en milieu rural ont été les soutiens de la Commission européenne dans le domaine de l’eau. En effet, depuis le déclenchement de la crise en Côte d’Ivoire, la pression exercée sur les finances publiques a considérablement fragilisé l’équilibre du secteur de l’eau, affectant notamment la trésorerie de l’opérateur gestionnaire. En fin 2002, les impayés de l’Etat envers la SODECI se sont accumulés et la facturation dans les zones ex-assiégées n’a repris que très timidement. L’appui apporté pour apurer une partie de ces arriérés de factures de consommation a ciblé la diminution des arriérés intérieurs de l’Etat, l’amélioration de la trésorerie de la SODECI pour le financement des coûts de production réels qu’elle a engagés, l’alimentation du Fonds de Développement de l’Eau (qui finance notamment les branchements sociaux), l’alimentation du Fonds national de l’Eau, les travaux de renforcement et de renouvellement des installations, ainsi que des travaux d’extension du réseau (développement de l’hydraulique périurbaine). S’agissant de l’appui à la continuité de l’approvisionnement des zones CNO, la Commission a participé au redéploiement des agents de l’administration.
Le renforcement de la production d’eau potable et l’extension de réseaux d’alimentation dans les principaux centres urbains, les réhabilitations d’urgence, la création de nouveaux points d’eau et de réseaux d’adduction d’eau potable, ont aussi été des actions de la Commission pour éviter à la Côte d’Ivoire une grave pénurie d’eau. En somme, les Ivoiriens et les autres habitants de la Côte d’Ivoire, qui ont encore de l’eau potable, le doivent à l’Union Européenne qui, par son partenariat avec le pays pour la sortie de crise, a apporté son appui au secteur de l’eau.

Source : Le Mandat

mercredi 20 janvier 2010

Mexico en manque d’eau

Pour la grande bourgeoisie, la villégiature sur les rives de l'Avandaro, près de Mexico, était synonyme de bien-être. L'été dernier, la capitale, en manque d'eau, a fait baisser de moitié le niveau du lac.
Mexico, l'une des plus grandes mégalopoles du monde avec ses vingt millions d'habitants, cherche eau désespérément.
Les plans d'eau qui autrefois entouraient la capitale et irriguaient une civilisation aztèque florissante n'ont pas résisté à l'exode rural et à l'explosion des bidonvilles de la capitale.
Le gigantisme de la ville a fini par rattraper les Mexicains aisés qui fréquentent le village de Valle de Bravo et pratiquent le ski nautique sur le lac à la belle saison.
En août, les puissants hors-bord ont dû surfer autour des rochers qui émergeaient des flots au fur et à mesure que Mexico procédait au pompage du lac.
"Je suis né ici et je n'ai jamais vu le lac à un tel niveau", se désole Carlos Gonzalez, 33 ans, propriétaire du Los Pericos, un restaurant sur pilotis menaçant de redescendre rapidement sur terre.
Face à la menace, les riches estivants se sont mobilisés et l'on est parvenu à un compromis: le niveau du lac sera maintenu à 75% de son niveau initial.
Les responsables de la capitale se sont alors tournés vers une autre solution, la taxation de l'eau dont le prix était jusqu'à présent remarquablement bas pour l'ensemble de la population.
Les classes aisées paieront désormais leur eau trois fois plus cher que les pauvres. Mais la facture annuelle, à 515 pesos (40 dollars) par an, reste plus qu'abordable et leur permet, avec 300 litres par jour, de consommer deux fois plus d'eau que leurs homologues européens.
RESEAU EN MAUVAIS ETAT
Pour les habitants des quartiers pauvres, les coupures d'eau sont fréquentes et viennent s'ajouter à un réseau d'approvisionnement en très mauvais état, qui fournit un liquide impropre à la consommation.
"Elle sort du robinet par petits jets, comme le jus du tamarin, et elle est jaune, jaune!", raconte Maricela Martinez, qui loge avec sa nombreuse progéniture dans une petite maison du quartier modeste d'Iztapalapa. "Quelquefois, c'est pire. On dirait l'eau putride dans laquelle ont baigné les fleurs", ajoute-t-elle.
Pour les Martinez, pas question de boire de cette eau. Ils préfèrent se faire livrer de l'eau minérale en bonbonnes de cinq litres.
Pour Ramon Aguirre, responsable de l'alimentation en eau de la capitale, la solution ne peut venir que d'une hausse encore plus importante des tarifs.
Encore faut-il que ces ressources supplémentaires soient utilisées pour rénover un réseau de distribution en complète déliquescence: 40% de l'eau est détournée par des escrocs ou fuit des tuyaux avant de parvenir aux particuliers. Et seulement la moitié de ce qui sort du robinet est comptabilisé.
Ironie du sort, la capitale mexicaine est régulièrement sous les eaux lors des orages de fin d'été, mais la majeure partie de cette eau n'est pas récupérée et provoque des inondations monstres, comme ce fut le cas en septembre dernier.

mardi 19 janvier 2010

Quand la Chine mourra de soif...

Comment satisfaire une consommation d'eau qui explose quand les ressources se raréfient ? L'exemple de la préfecture de Yulin, au Shaanxi, dans le nord du pays.
Le nord de la province du Shaanxi a toujours eu des problèmes d'eau. Mais le développement industriel – et surtout l'arrivée d'un puissant secteur chimique – a aggravé la situation. “L'incompatibilité entre les ressources en eau limitées de notre région et les besoins sans cesse plus importants des différentes industries en plein développement paraît de plus en plus flagrante”, constate Ai Ping, le directeur de l'Office des eaux de la municipalité de Yulin.
Ces dernières années, les précipitations ont eu tendance à diminuer à Yulin, la zone la plus gravement touchée par l'érosion de tout le bassin du moyen et du haut fleuve Jaune. “Le plan d'utilisation des ressources en eau dans la circonscription de Yulin estime que, sur les 1 726 millions de mètres cubes nécessaires, 480 millions vont manquer en 2020 ; en 2030, le déficit sera de 920 millions de mètres cubes”, s'inquiète Ai Ping.
Le démarrage d'une série de projets industriels grands consommateurs d'eau a aggravé la pression sur les ressources en eau dans la municipalité. Selon un professionnel, l'industrie houillère nécessite par définition des investissements importants. Pour la rendre plus rentable, il faut donc réaliser des exploitations de grande taille. Mais, si l'eau vient à manquer, c'est toute la rentabilité du projet qui est sévèrement remise en question.
L'activité agricole est gourmande en eau. En 2008, indique l'Office des eaux, l'irrigation comptait pour 74 % des besoins en eau de Yulin. La municipalité a voulu moderniser les pratiques agricoles, et ces dernières années ont vu un accroissement des surfaces consacrées à l'agriculture de qualité à haut rendement, qui compte essentiellement sur l'irrigation pour parvenir à une hausse de la production de céréales. Cela a créé une demande en eau plus forte, aussi bien sur le plan quantitatif que qualitatif.
Le souci de la municipalité d'améliorer l'environnement urbain par des efforts paysagers, du type espaces verts et fontaines implique également l'utilisation de grandes quantités d'eau. Le long de la route nationale 307, qui relie le chef-lieu de la préfecture de Jingbian au bourg de Dongkeng, la moitié des grands peupliers blancs sont morts de sécheresse. En raison de l'exploitation des gisements naturels, la préfecture, déjà pauvre en eau, est désormais la partie de la circonscription de Yulin qui connaît la baisse la plus préoccupante de ses nappes phréatiques. Le bourg de Qingyangcha ne peut plus consommer l'eau de ses puits, devenue saumâtre, et ses 2 000 foyers (soit près de 8 000 personnes) sont obligés d'aller acheter de l'eau ailleurs.
Les relevés montrent que, de 1992 à 2008, les réserves en eaux souterraines de la région désertique s'étendant au nord de Yulin ont diminué de 860 millions de mètres cubes. Ce phénomène est essentiellement dû à la destruction par l'homme des ressources naturelles. “Les réserves en eaux souterraines de Yulin se situent à des niveaux peu profonds : à quelques mètres ou dizaines de mètres. Or, dans la plupart des mines de charbon, les forages vont jusqu'à 50 à 200 mètres ; ils traversent forcément les nappes phréatiques, perforant leur couche imperméable, formant des sortes d'entonnoirs souterrains par lesquels les eaux de surface se répandent, d'où une baisse du niveau de la nappe”, explique Wang Zhenze, le responsable du bureau des ressources hydriques de l'Office des eaux de Yulin. Encore plus préoccupant est le phénomène d'effondrements dans les mines de charbon à ciel ouvert, qui peut entraîner une infiltration des eaux de surface dans les failles. A proximité des houillères, ces eaux de surface sont souvent polluées et risquent de provoquer une nouvelle pollution des eaux souterraines peu profondes.
Parmi les principes que doit respecter une houillère, il y a celui d'exploiter le charbon en préservant les ressources en eau, mais, dans la réalité, rares sont les entreprises qui y parviennent, à la fois parce qu'elles ne disposent pas de techniques assez poussées et parce que cela augmente le coût de revient de l'exploitation, d'où le manque d'empressement des sociétés minières à se conformer à leurs obligations. Actuellement, dans la préfecture de Shenmu, une dizaine de cours d'eau sont déjà à sec, tandis que la principale rivière, la Kuye, ne coule plus que quatre mois sur douze. La circonscription de Yulin, qui comptait 869 lacs avant l'exploitation des mines, en dénombre désormais moins de 80. En mars 2009, dans une usine d'engrais azotés de Yulin, 1 000 mètres cubes d'eaux usées de quatre bassins d'épuration ont été déversés dans la rivière Yuxi, rendant impropre à la consommation l'eau distribuée aux populations en aval. A la suite de cet accident, les responsables ont été interpellés et l'arrêt de la production a été ordonné.
Selon un professionnel, les entreprises ont vraiment du mal à parvenir au “zéro rejet polluant”, et bien souvent leurs stations d'épuration ne fonctionnent pas normalement. Tout cela est surtout une histoire de coût de revient. Ye Xingshan, le président de la compagnie des eaux de Yulin, le confirme : “Yulin n'a pas encore de tarification équilibrée de l'eau à usage industriel. Dans la très grande majorité des cas, le prix de l'eau est plus bas que le coût du traitement des eaux usées. De ce fait, les entreprises préfèrent acheter de l'eau propre bon marché plutôt que payer cher pour traiter leurs eaux usées.” Un projet d'augmentation du prix de l'eau destiné à rendre les gens plus responsables est à l'étude à l'échelle nationale.
Le directeur adjoint du bureau de la protection de l'environnement, Xue Zhanshan, explique : “Yulin a décidé de partir du principe que la protection de l'environnement doit primer quand elle accorde des autorisations aux nouveaux projets. Par ailleurs, elle a intensifié ses efforts pour faire appliquer les règlements, ce qui a permis de faire nettement chuter les indices de pollution des trois principales rivières (Wuding, Yuxi et Kuye). A ce jour, quatre stations d'épuration des eaux usées ont été construites dans la circonscription et nous espérons cette année faire en sorte que la moitié des installations soient dotées d'une station d'épuration.”
Les autorités de Yulin ont fait le choix d'économiser l'eau dans leur mode de développement. “Nous avons été très sévères pour accorder des autorisations de prélèvement à certaines entreprises très grandes consommatrices d'eau. Nous avons imposé un système d'accès restreint à l'eau et avons encouragé les usines consommant beaucoup d'eau à utiliser les techniques industrielles avancées en vigueur à l'étranger. Par exemple, certaines grandes centrales électriques ont désormais recours au refroidissement par air plutôt que par eau, ce qui leur permet de réduire leur consommation de près du tiers”, explique M. Wang. Dans l'agriculture, les gigantesques volumes d'eau utilisés (74 % du total dans la circonscription de Yulin) cachent des gaspillages dus au mode d'arrosage traditionnel. Selon Ai Ping, “Yulin vient d'achever une étude de faisabilité portant sur la mise en place de programmes d'irrigation économes en eau sur près de 67 000 hectares. Une fois que les paysans auront adopté ces techniques d'irrigation, la quantité d'eau nécessaire pour arroser 1 mu [660 m²] passera de plus de 300 m3 à moins de 100 m3. On espère une économie totale de 200 millions de mètres cubes, soit davantage que la quantité d'eau que fournira le barrage de Wanggedu.” “Le réservoir de Wanggedu, qui a fait l'objet de 4,3 milliards de yuans d'investissements et qui doit entrer en service en 2011, fournira bientôt 150 millions de mètres cubes d'eau au parc industriel de Yuheng, mais celui-ci a besoin de 450 millions de mètres cubes”, explique Ye Xingshan, qui place surtout ses espoirs dans le fleuve Jaune pour résoudre ce problème d'approvisionnement en eau.

Source : courrier international

mercredi 26 août 2009

En Inde l’eau s’amenuise…

Le Monde du 13 aout consacre un article très intéressant au problème des ressources en eau en Inde.

« En Inde, les nappes phréatiques s'épuisent, mettant en péril les ressources en eau du pays. Un article paru jeudi 13 août dans la revue scientifique Nature établit qu'en six ans, de 2002 à 2008, les réserves d'eau souterraine de trois régions du nord de l'Inde, l'Haryana, le Pendjab et le Rajasthan, ont diminué de 109 milliards de mètres cubes, soit le dixième des réserves annuelles du pays.
L'Inde est prise au piège entre une consommation qui ne cesse d'augmenter et des réserves qui baissent. L'eau souterraine est gratuite et abondante, même en temps de sécheresse. Depuis quarante ans, les agriculteurs se sont donc tournés vers l'exploitation des nappes phréatiques, sans se donner la peine de demander des autorisations. En l'absence de législation et de contrôle des autorités, 19 millions de puits ont été forés.

Cette eau souterraine, qui constitue 38,5 % des ressources disponibles, est pourtant précieuse. S'il suffit de seulement quelques minutes pour extraire l'eau des profondeurs, il faut des années pour reconstituer une nappe phréatique. Dans son rapport intitulé "Propriété et gestion des nappes phréatiques", le commissariat au plan indien met en garde contre leur surexploitation : entre 1995 et 2004, "la proportion de districts surexploités est passée de 4 % à 15 %, faisant de la surexploitation des nappes phréatiques un objet de préoccupation". Dans les régions arides ou semi-arides comme le Gujarat, le Tamil Nadu ou le Rajasthan, plus de la moitié des districts sont classés comme étant dans une situation critique ou semi-critique ou comme surexploités.

Cette pénurie conduit les agriculteurs à creuser des puits de plus en plus profonds. Mais tous n'ont pas les moyens de s'équiper de pompes à eau suffisamment puissantes. Dans un article paru mardi 11 août dans les Lettres de la recherche environnementale (ERL), Tushaar Shah montre que ces pompes à eau, qui fonctionnent avec des générateurs alimentés au gazole ou au kérosène, sont responsables de 4 % à 6 % des gaz à effet de serre émis par l'Inde, le quatrième pollueur de la planète. Or le réchauffement climatique réduit les chances de renouvellement des nappes phréatiques.

En 2001, le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) a montré qu'une augmentation des températures se traduirait par de plus fortes précipitations, sur une moindre durée. Ce changement pourrait ralentir le rythme de réapprovisionnement des réserves d'eau souterraines. Enfin la montée du niveau de l'océan provoque la salinisation des nappes phréatiques côtières, les rendant impropres à la consommation. La contamination chimique des nappes phréatiques, à l'arsenic ou au fluor, est en outre déjà à l'oeuvre dans certains Etats, comme l'Andhra Pradesh ou le Bengale-Occidental.

Les nappes phréatiques servent à irriguer des cultures à haut rendement, où sont aussi utilisés des pesticides et des engrais. Or "les systèmes d'irrigation souterrains sont particulièrement vulnérables à la contamination chimique. Une fois contaminés il est très difficile, voire impossible de les décontaminer", lit-on dans un des articles publiés dans ERL. »

La pénurie d'eau suscite déjà des tensions en périphérie des grandes agglomérations. "La guerre de l'eau a commencé", va même jusqu'à affirmer Sunita Narain, rédactrice en chef de la revue environnementale Down to Earth. "Aux alentours de New-Delhi, les citadins utilisent les ressources en eau des paysans. Et les paysans ont à leur tour recours aux maigres ressources en électricité des citadins pour pomper l'eau dans des puits profonds", explique Sunita Narain. En 2005, cinq paysans ont été tués au cours de manifestations, dans le Rajasthan, pour protester contre l'acheminement de l'eau du barrage de Bisalpur vers la ville de Jaipur.

Le gouvernement expérimente la possibilité de recharger artificiellement les nappes phréatiques et commence à peine à contrôler les creusements de puits. Restreindre l'accès à l'eau dans les régions agricoles s'avère difficile à contrôler et risqué politiquement. Le gouvernement central préfère donc étendre le réseau d'irrigation en surface. "Depuis 1990, les gouvernements du centre et des régions ont investi plus de 20 milliards de dollars dans la construction et la réhabilitation de systèmes d'irrigation par canaux, alors que la surface alimentée par cette irrigation a baissé de 3 millions d'hectares", écrit Tushaar Shah.

Le temps presse pour éviter la surexploitation des nappes phréatiques. Alors que l'agriculture consomme 85 % de l'eau douce du pays, la situation pourrait s'aggraver avec l'industrialisation et l'urbanisation de l'Inde. Le commissariat au plan indien prévoit qu'à ce rythme, l'Inde souffrira en 2050 d'un déficit de 320 milliards de mètres cubes d'eau par an.

lundi 24 août 2009

Les stars s'engagent pour l'eau – 3

Avant Matt Damon ou Sharon Stone dont nous vous parlions le mois dernier, Jennifer Connelly apparaissait dans cette séquence où on la voyait, dans un New-York asséché, se rendre à Central Park pour chercher un peu d'eau trouble à donner à boire à ses enfants...


samedi 13 juin 2009

Le génie civil face à la pénurie d’eau


François Anctil est l’auteur de L’eau et ses enjeux -Les Presses de l’Université Laval et De Boeck Université, 2008 - et a reçu la même année un prix d’excellence en enseignement de l’Université Laval pour son cours en ligne de culture scientifique Eaux. Il fait le point sur les possibilités et les limites des sciences de l’ingénieur face aux problématiques de pénurie.

L’eau a longtemps été perçue comme une ressource peu limitée qui se renouvelle au rythme des saisons. Depuis, l’homme a appris à maîtriser et à détourner les cours d’eau et à exploiter les nappes souterraines. Par exemple, l’irrigation est devenue une très grande consommatrice d’eau. Les réserves et les flux étant en réalité limités, ces usages font que l’eau peut aujourd’hui manquer même là où les précipitations sont passablement abondantes.

La disponibilité en eau doit donc être évaluée sous la perspective des quantités disponibles pour l’ensemble des usages économiques, sociaux et naturels. La qualité est également un enjeu, car une eau dégradée n’est plus disponible ou seulement partiellement disponible au milieu.

Mais que peut faire le génie civil pour contrer les pénuries d’eau ? Ce texte aborde cette question en quatre temps, en distinguant d’abord aridité et sécheresse, en énonçant les moyens techniques du génie civil, en discutant des principes de gestion de la ressource en eau dans un contexte de pénurie, puis en concluant par une réflexion sur les multiples conséquences du manque d’eau.

Aridité ou sécheresse ?

Pour aborder le manque d’eau, il faut en retracer les causes, étudier les processus physiques en jeu, observer le comportement hydrologique, aborder la problématique de gestion de l’eau et formuler des mesures de conservation et d’économie de la ressource.

L’aridité reflète un manque naturel et permanent d’eau, à la suite de modestes précipitations annuelles. Les milieux arides se caractérisent par la faible teneur en eau de leur sol et par de longues périodes de faibles débits, voire de débits nuls. Ces milieux sont parfois soumis à d’intenses précipitations locales pouvant mener à des crues éclairs.

La sécheresse marque un état naturel mais temporaire de manque d’eau à la suite d’une période de précipitations inférieures à la moyenne. La durée, la fréquence et la sévérité de cet état sont toutefois difficiles à anticiper puisqu’elles sont très variables dans le temps et l’espace. Il reste tout de même que les sécheresses sont des phénomènes récurrents, souvent catastrophiques pour l’agriculture, pour les milieux aquatiques et pour les activités humaines.

La variabilité des sécheresses en intensité, dans l’espace et dans le temps, complique leur définition. Par exemple, on qualifie parfois les sécheresses par leurs conséquences météorologiques (rareté de précipitations), par leurs conséquences agricoles (pertes de production) ou encore par leurs conséquences hydrologiques (faibles débits ou bas niveaux de nappe phréatique).

Pour sa part, la désertification est un manque d’eau permanent résultant d’une mauvaise gestion du territoire (et de l’eau), telle que l’appauvrissement des sols et l’exploitation abusive de l’eau souterraine.

Contrer les pénuries

Faire pleuvoir à volonté, pour combler un manque d’eau, reste encore une utopie technologique(1) .

L’outil technique de prédilection pour contrer les pénuries est plutôt le barrage, qui permet d’accumuler en son réservoir de l’eau pour les périodes de faible abondance. Aujourd’hui, près de la moitié des fleuves sont pourvus d’au moins un des quelque 47 500 barrages existants de plus de 15 mètres de hauteur(2) . Or, l’irrigation est la fonction exclusive de la moitié de ceux-ci, reflet de la rareté de l’eau et de ces bienfaits attendus. Ainsi, entre 30 % et 40 % des 271 millions d’hectares irrigués le sont à partir de ces barrages, ce qui assure entre 12 % et 16 % de la production alimentaire mondiale.

Malgré les meilleures volontés du promoteur, construire un grand barrage entraîne des répercussions sur l’environnement et la société. Le barrage sans conséquence est une illusion. Tout au plus peut-on promettre des conséquences minimales. Par exemple, le territoire inondé à la suite de la construction d’un barrage se comportera à la manière d’un lac et non plus d’une rivière. L’écosystème aquatique initial sera biffé et remplacé par un nouvel écosystème dont on ne maîtrisera que difficilement la destinée. La valeur économique de cette nouvelle ressource aquatique sera souvent moindre que l’écosystème initial qui assurait la subsistance d’une partie de la population riveraine.

Vivre en pénurie

La meilleure façon de vivre en milieu aride est d’appliquer un mode de gestion en harmonie avec l’environnement, c’est-à-dire adapté à la rareté de l’eau. Une partie des problèmes actuels de gestion de l’eau des pays arides et semi-arides proviennent de l’importation de techniques et de modes de gestion mis au point dans un contexte où l’eau est plus abondante et de l’abandon de techniques millénaires développées localement(3) .

L’exploitation durable de l’eau en milieu aride implique l’adoption et la mise en œuvre d’une gestion intégrée de l’eau et du territoire, l’amélioration des systèmes de distribution et d’irrigation, l’adoption de politiques d’allocation d’eau incitant la conservation et l’utilisation raisonnée de la ressource, la valorisation de l’eau comme un bien à grande valeur économique, sociale et environnementale, l’exploitation durable de toutes les ressources disponibles, incluant le recyclage et l’exploitation de sources saumâtres pour certains usages, la participation des meilleures techniques d’irrigation (dans une perspective d’économie de l’eau), la collaboration des usagers dans la planification et la gestion de l’eau à l’échelle locale et l’éducation des gestionnaires, opérateurs et utilisateurs.

La gestion de l’eau en période de sécheresse peut emprunter beaucoup d’éléments énoncés pour les milieux arides.

Le problème ici réside en bonne partie dans la difficulté à prévoir le début, la durée et l’intensité d’une sécheresse, ce qui fait que l’on réalise trop souvent qu’une sécheresse est active lorsque les conséquences se font déjà sentir. La mise en place de plans d’urgence permettant de prendre les décisions adéquates au fur et à mesure que se développe une sécheresse est donc incontournable.

Un tel plan devrait inclure les éléments suivants : des modifications aux allocations en eau et dans le fonctionnement quotidien des systèmes de distribution et d’irrigation, l’exploitation de sources de moindre qualité (tout en contrôlant les conséquences possibles), des modifications aux plans de cultures des fermes (par exemple, cultiver des végétaux moins exigeants en eau), de l’aide financières aux agriculteurs ou aux industries qui sacrifient des droits d’eau au profit d’autres usages et une communication efficace de la situation et des décisions qui sont prises.

Conséquences du manque d’eau

Le manque d’eau est une réalité fortement répandue. Mais quelles en sont les conséquences? L’eau disponible est alors insuffisante pour la production locale de nourriture. L’absence d’eau interfère dans le développement industriel, urbain et touristique. Les cours d’eau et les lacs sont ponctionnés au point de ne plus pouvoir accueillir sans conséquence les charges polluantes industrielles, urbaines et agricoles qu’on y déverse, ayant pour effet de rendre leur eau impropre.

La détérioration des sources d’eau est propice à la prolifération de maladies, sans compter que la pauvreté ne favorise pas la mise en place de systèmes de traitement et de distribution efficaces. Le manque d’eau ne peut qu’envenimer les conflits associés au partage de la ressource entre régions ou pays, ou encore entre des utilisateurs différents au sein d’une même région. Et la préservation des écosystèmes est généralement négligée lorsque l’eau se fait rare.

Notes

  1. Le débat sur l’ensemencement des nuages perdure encore, à savoir si cette technique tient davantage du mythe que de la réalité. Une perspective historique de la question est proposée par Fleming JR - The pathological history of weather and climate modification: Three cycles of promise and hype. Hist Stud Phys Biol, 2006, 37, 3-25.

  2. Devant les succès et insuccès de l’expérience mondiale des grands barrages, la Banque mondiale et l’Union mondiale pour la nature s’associent à de nombreux autres groupes d’intérêt pour créer en 1997 la Commission mondiale des barrages qui a pour mandat de faire un examen impartial approfondi de la situation et de proposer des normes pour l’avenir. Les informations divulguées sont tirées de leur rapport : Commission mondiale des barrages - Barrages et développement. Un nouveau cadre pour la prise de décisions. Tour d’horizon. Cape Town, Afrique du Sud, 2000, 29 p.

  3. Pereira LS, Cordery I et Iacovides I - Coping with Water Scarcity. Technical Documents in Hydrology 58, UNESCO, Paris, France, 2002, 269 p.

dimanche 10 mai 2009

Les guerres de l’eau

Jeffrey D. Sachs est professeur d'économie et dirige l'Institut de la Terre à l'université de Columbia. Il est aussi connu à travers sa coopération avec des agences internationales sur les thèmes de la réduction de la pauvreté, l’annulation de la dette, et le contrôle épidémiologique – notamment du SIDA, dans les pays en voie de développement. Il est le seul universitaire à avoir figuré plusieurs fois au classement des personnalités les plus influentes du monde publié par le magazine américain Time Magazine. Nous reproduisons ci-dessous sa tribune parue dans Les Echos, no. 20413, du lundi 27 avril 2009.


« La pénurie d'eau est responsable de nombreux conflits dans le monde ou de leur aggravation. Du Tchad au Darfour (Soudan), du désert de l'Ogaden (Ethiopie) à la Somalie, à travers le Yémen, l'Irak, le Pakistan et l'Afghanistan, s'étend un immense arc de terres arides où la rareté de l'eau provoque disettes, extrême pauvreté et désespoir.

Des groupes extrémistes comme les talibans peuvent facilement recruter dans de telles communautés. Et les gouvernements perdent leur légitimité lorsqu'ils sont incapables de garantir à leur population des besoins de base comme eau potable, récoltes, nourriture pour le bétail....

Les dirigeants politiques, les diplomates et les chefs des armées dans ces pays en conflit considèrent ces crises comme ils le feraient pour tout autre défi politique ou militaire. Ils lèvent des armées, organisent des factions politiques, combattent les chefs de guerre ou les fanatiques religieux.

Mais ces actions ne répondent pas au problème fondamental d'aider ces communautés dans leurs besoins urgents d'eau et de subsistance. Du coup, les Etats-Unis et l'Europe dépensent des dizaines, parfois des centaines de milliards de dollars pour envoyer des troupes et des bombardiers pour réprimer des rebellions ou pour lutter contre les « Etats faillis », mais ils n'envoient pas le dixième voire le centième de ces sommes pour lutter contre le manque d'eau et le sous-développement.

Les problèmes de l'eau ne se résoudront pas d'eux-mêmes. Bien au contraire ! Ils ne peuvent que s'aggraver, sauf si la communauté internationale réagit. Selon des études de l'Unesco et de la Banque mondiale notamment, de nombreux pays pauvres et instables sont confrontés à un fragile équilibre en matière de ressources en eau. Le manque croissant d'eau, surtout dans les zones arides, reflète l'explosion démographique, l'assèchement des nappes phréatiques, le gaspillage, la pollution et les effets dévastateurs du changement climatique. Des solutions pratiques existent. Elles passent par de très nombreuses actions, comme une meilleure gestion des ressources en eau, une amélioration des technologies pour accroître l'efficacité de leur utilisation, et de nouveaux investissements conjoints, publics, d'entreprises et d'ONG.

Dans les « villages du Millénaire » en Afrique, un projet des Nations unies, nous travaillons avec des communautés pauvres, les gouvernements, les entreprises pour développer des solutions afin de répondre à l'extrême pauvreté dans les zones rurales. Au Sénégal, par exemple, JM Eagle, un fabricant de tuyaux en PVC, a offert plus de 100 kilomètres de canalisations, pour permettre l'accès à l'eau potable de plusieurs dizaines de milliers de personnes.

Mais la pénurie d'eau menace de toucher de plus en plus de pays, riches ou pauvres. Les Etats-Unis, par exemple, ont encouragé une ruée sur les Etats arides du Sud-Ouest. Le coeur agricole de l'Australie, le basin Murray-Darling, connaît aussi de graves sécheresses. De même, le bassin méditerranéen est menacé par le changement climatique. D'une région à l'autre, l'origine précise de la crise varie. Le Pakistan, un pays déjà aride, souffrira sous la pression de la croissance rapide de sa population qui, de 42 millions en 1950, atteindra 184 millions en 2010 et 335 millions en 2050, si les prévisions « moyennes » de l'ONU se réalisent.

Il est nécessaire de trouver des solutions à tous les niveaux : à l'intérieur des communautés agricoles, comme au Sénégal, le long des cours des rivières et, internationalement, par la lutte contre les pires effets du réchauffement climatique. Des solutions durables passent par des partenariats entre gouvernements, entreprises et sociétés civiles. Ce qui ne sera pas facile à obtenir et à gérer car ces différentes entités ont souvent peu d'expérience, si ce n'est aucune, du travail en commun.

De plus, la plupart des gouvernements sont mal équipés pour faire face à ces difficultés alors qu'ils doivent aussi apprendre à travailler avec les communautés locales, le secteur privé, les organisations internationales et les donateurs. Les ministères chargés des questions de l'eau emploient, traditionnellement, des ingénieurs et des fonctionnaires non spécialisés. Alors qu'il est nécessaire de faire appel à des experts sur des questions allant du climat à l'écologie, en passant par l'agriculture, la population, l'économie, la vie et les cultures locales.

La prochaine étape cruciale est de réunir des scientifiques, des dirigeants politiques et du secteur privé de pays qui ont des problèmes identiques et de réfléchir ensemble à de nouvelles approches en la matière. Un tel brainstorming permettrait d'échanger des informations qui pourraient sauver des vies et des économies. Cela soulignerait aussi une simple vérité : le défi commun du développement durable doit réunir un monde divisé, par la richesse, la religion et la géographie. »

mardi 2 décembre 2008

L’eau plus précieuse que le pétrole ?


Lors d’une récente réunion à Dubai, Horst Enzelmüller - directeur de Techem AG, fournisseur de services de mesure de consommation d’énergie - s’est dit « convaincu que le coût de l’eau dans la région du Golfe Persique dépassera celui du pétrole dans les années à venir. »
« Alors que l’eau est une ressource non renouvelable de plus en plus rare, une grande partie des populations occidentales la consomment sans limite du fait d’une tarification de la ressource qui ne reflète pas sa vraie valeur. » M. Enzelmüller a expliqué qu’une des manières les plus efficaces d’économiser de l’énergie et de l’eau est d’utiliser des systèmes de mesure de consommation individuelle (c-à-d des compteurs)
Si le diagnostic tarifaire proposé pointe incontestablement une problématique essentielle, à savoir la juste tarification d’un bien précieux que des organisations motivés par des idéologies politiques improbables présentent de manière irresponsable comme gratuit, on peut toutefois nuancer le propos de M. Enzelmüller par le fait que la quantité d’eau présente sur notre planète reste constante. En effet, l’eau à la grande différence des ressources énergétiques telles que le gaz et le pétrole est une ressource sans cesse renouvelable.

samedi 15 novembre 2008

Congo : pénurie d'eau potable

On connait les difficultés récurrentes que le pays rencontre pour assurer un accès continu à l'eau sur l'ensemble de son territoire. Le site d’information Allafrica.com rapportait récemment que la Régie de distribution d'eau (Regideso) ne fournit plus en eau potable le quartier Azuati de la commune de Ngaba, dont les habitants devraient par conséquent s’approvisionner dans le quartier Kitona voisin. Les ruptures de distribution seraient dus en l'occurence « aux constructions anarchiques érigées sur les tuyaux du réseau. »
Ces problèmes génèrent des conséquences dramatiques, qui vont au-delà de la seule question sanitaire : Mediacongo.com rapporte que dans la province du Kasaï Occidental, le flux d’électricité étant défectueux, la distribution d’eau en pâtit et alors que les femmes vont chercher de l’eau dans des quartiers voisins, leurs fillettes « se font violer même à la maison quand leur maman sont à la recherche d'eau. » Quant aux sources d’eau elles-mêmes, elles deviennent « des lieux prédilection pour la délinquance juvénile. »

mardi 28 octobre 2008

Le recyclage des eaux s’étend en Australie

Nouveau projet de recyclage des eaux à destination des industriels en Australie

Veolia Eau, aux côtés d’AquaNet Sydney Pty Ltd, société du groupe Jemena Ltd, vient de signer avec la Sydney Water Corporation un contrat portant sur le premier projet privé de recyclage des eaux usées d’Australie destiné à alimenter un réseau de clients industriels.

Ce projet, vise à réduire la demande qui pèse sur la capacité en eau potable de Rosehill et Camellia, à l’ouest de Sydney alors que l’Australie connait sa plus longue et sa plus intense sécheresse.

L’usine de recyclage de l’eau de Rosehill et Camellia, produira annuellement 4,3 milliards de litres d’eau recyclée de haute qualité pour les besoins de grands opérateurs industriels. Conçu pour permettre une extension ultérieure de capacité, elle pourrait produire à terme 3 milliards de litres d’eau recyclée supplémentaires par an, pour les usages d’autres industries.

Ce nouveau projet illustre la démarche de l’Australie en faveur de la combinaison des ressources alternatives (recyclage, dessalement, recharge de nappes phréatiques…) pour parvenir à une gestion durable de ces ressources en eau malgré les conditions extrêmes de sécheresse qui sévissent depuis plusieurs années.



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