vendredi 31 juillet 2009

Grenelle de la mer : un plan pour l'énergie « bleue »

Le Grenelle de la mer est entré en juillet dans sa phase finale avec la réunion des tables rondes associant les représentants de toutes les parties prenantes - Etat, patronat, syndicats, collectivités locales et associations écologistes - en présence de Jean-Louis Borloo, ministre de l'Ecologie, et de Chantal Jouanno, secrétaire d'Etat chargée de l'Ecologie. A partir de la synthèse de la consultation du public, qui vient de s'achever, l'objectif est de procéder aux arbitrages définitifs devant déboucher sur une série d'engagements permettant d'élaborer une stratégie nationale de la mer et du littoral qui s'inscrive clairement dans une perspective de développement durable.
Parmi les mesures intéressant les collectivités, relevons qu'un "plan énergies bleues" a été acté. Objectif : un développement des énergies marines à hauteur de 6.000 mégawatts d'ici 2020. Le caractère "urgent" de ce plan a été mis en avant. Dès lors, des premières actions concrètes débuteront dès 2012. Un site pilote de développement sera créé dans chaque collectivité de littoral concernée par ce potentiel énergétique. Une enveloppe de 50 millions d'euros mobilisée sur le fonds démonstrateur de l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) sera affectée en vue de financer ces actions. Et un centre de compétences sera créé, "un peu sur le modèle écossais", a précisé Jean-Louis Borloo. "Ces projets concernent tout particulièrement l'Outre-mer, où un accord a été trouvé pour viser 50% d'autonomie énergétique dans chaque Dom, la Réunion étant d'ores et déjà en bonne voie pour y parvenir, a ajouté le ministre. Ils vont aussi permettre de créer au plus vite trois sites d'hydroliennes, avec un appel à projets lancé dès 2010, mais aussi de développer des éoliennes flottantes et des installations produisant de l'énergie à partir de la houle". Denez Lhostis, représentant de la fédération France nature environnement (FNE), a salué ce consensus trouvé sur les énergies marines.
Sur un autre enjeu auquel les territoires et acteurs locaux seront associés, aux côtés des pouvoirs publics, entreprises, organisations syndicales et ONG ayant fait pression sur le sujet, il a été décidé de mettre en place une véritable filière française de démantèlement des navires en fin de vie, tant pour les flottes civiles que militaires. Quant aux "ports du futur", ils seront écocertifiés et éventuellement développés en off-shore, une solution qui reste à étudier.
Par ailleurs, un consensus a émergé sur les aires marines protégées. Il s'agit de faire à terme de la moitié de ces aires des réserves de pêche et des zones de préservation des ressources halieutiques, avec un passage progressif à 10% d'entre elles d'ici 2012, puis 20% en 2020. "Une dizaine d'aires seront donc classées très vite zones sensibles", a précisé le ministre de l'Ecologie. "C'est une bonne nouvelle à condition de ne pas atteindre ces quotas dans le seul but de les remplir, mais bien de le faire en se souciant de la cohérence territoriale et biogéographique", a ajouté Sébastien Genest, président de FNE. Selon des représentants de Greenpeace, ces outils de gestion que sont les aires marines fonctionnent déjà bien dans certaines régions comme la Corse et la Bretagne. Il s'agirait donc de s'en inspirer tout en prolongeant plus pleinement cette démarche.
Autre nouveauté : la création d'une agence nationale de l'archipel de France a été actée. Selon David Guyomard, chargé de mission au Comité national des pêches maritimes et des élevages marins de la Réunion, la création de cette structure dont il reste à préciser les contours et missions serait "une chance pour le développement des capacités et de l'innovation en Outre-mer". Cette agence permettrait en effet de mieux "fédérer, mutualiser et optimiser les initiatives prises dans nos territoires vis-à-vis de leurs bassins océaniques et maritimes".
Enfin, au sujet de la pollution de la mer par des macrodéchets, dont le statut légal reste à ce jour flou, un certain consensus a également pointé, sans que des engagements clairs ne soient néanmoins pris. "Il le faudrait afin que le traitement de ces déchets ne soit plus supporté par les seules communes du littoral, alors même que ces déchets peuvent venir des terres, a précisé Cendrine Templier, directrice adjointe de la Surfrider Foundation. D'autant qu'une directive européenne est en cours visant à faire reconnaître que ces macrodéchets sont une pollution et donc deviennent, à ce titre, un critère de bon ou mauvais état écologique des eaux."
Faisant écho à ce Grenelle de la Mer, le président, dans son discours du 16 juillet dernier au Havre sur les ambitions maritimes françaises, s'est engagé dans la voie du développement durable en définissant un nouveau principe "protéger les ressources naturelles de la mer pour mieux les exploiter de manière durable." À cette fin, il s'est engagé à " renforcer puissamment notre expertise scientifique sur l’état des ressources naturelles marines, à fonder la totalité de nos décisions publiques de gestion de ces ressources sur la base d’avis scientifiques fiables, indépendants et partagés." Deux des mesures principales issues du Grenelle de la Mer ont été annoncées par le président :
- Soutenir la mise en place de moratoire sur les espèces pêchées les plus en danger, comme le thon rouge pour lequel le Grenelle de la Mer demande son inscription à l'annexe 1 de la CITES afin d'en interdire le commerce international.
- Instaurer, d'ici à 2020, 20% d’aires marines protégées sur les eaux de l'espace maritime français qui est le deuxième territoire maritime mondial derrière les Etats-Unis (11millions de km2) et dont seul 0,6% est protégé actuellement.
De plus, afin d'accroître l'action de l'Etat en Mer, le président souhaite la création d'une fonction spécifique de "garde-côte", dédié notamment à la lutte contre les pollutions en mer et la pêche illégale.
Enfin, le président a, dans la ligne du Grenelle, souligné le "potentiel prodigieux des énergies marines" comme " source d’énergies nouvelles entièrement renouvelables", citant des exemples comme les éoliennes offshore ou l'utilisation de l'énergie de la houle et des courants. Pour faciliter la Recherche et développement sur ces énergies renouvelables, il souhaite la mise en place d'une "plate-forme technologique" menée par l'IFREMER.

jeudi 30 juillet 2009

Matt Damon s'engage pour l'accès à l'eau


Matt Damon a créé une association à but non-lucratif afin de venir en aide aux populations qui n'ont pas accès à l'eau potable. Le programme "Water.org" servira à distribuer de l'eau à près de 890 millions de personnes dans le monde et aider l'Afrique et l'Asie à s'équiper en matériel d'épuration d'eau. L'acteur, très impliqué sur le plan humanitaire, a expliqué à la presse américaine à quel point son programme est important et peut sauver de nombreuses vies. "Toutes les quinze secondes, un enfant qui vit dans un pays en voie de développement meurt à cause d'une bactérie qui se trouvait dans l'eau qu'il a bue. Maintenant que j'ai visité quelques sites en Afrique où le projet a déjà été mis en place, j'ai remarqué l'impact positif d'une eau potable sur la population" a récemment déclaré l'acteur américain. Son très beau site, www.water.org, qui affiche d'emblée le scandale que « 3 500 000 personnes meurent chaque année de maladies liées à l'eau », mérite une visite.

mardi 28 juillet 2009

Les guerres pour l'eau, un mythe ?

Selon Wendy Barnaby - présidente de l’Association des écrivains scientifiques britanniques et auteur du livre « Do nations go to war over water? », l’idée de futurs conflits concernant les ressources d’eau serait un « mythe. »

Elle rapporte la thèse de Tony Allan, professeur à l’Université Kings College London, selon lequel il s’agit plutôt d’un conflit sur « l’eau virtuelle. » Selon lui, « l'eau virtuelle coule plus dans le Moyen-Orient que le fleuve du Nil en Egypte. » Les conflits qui opposeraient l'Egypte, l’Israël et la Jordanie ne seraient pas en rapport avec l’eau. Wendy Barnaby estime que « bien que la gestion de l'eau doive s'adapter au changement climatique, les mécanismes de base d'accords commerciaux, internationaux et le développement économique, qui font diminuer les pénuries d’eau, persisteront. »

dimanche 26 juillet 2009

Enquête sur la gestion de l’eau et l’assainissement

Les services statistiques du ministère de l’Écologie et du ministère de l’Alimentation, de l’Agriculture et de la Pêche rééditent pour la quatrième fois, l’enquête sur la gestion de l’eau et l’assainissement par les collectivités locales.
Cette nouvelle enquête, portant sur l’exercice 2008, va être réalisée sur un échantillon de 5 200 communes, représentatif tant au niveau national que départemental. Toutes les communes de plus de 10 000 habitants font partie de l’échantillon.
Cette enquête se déroulera de septembre à décembre 2009 et se fera, comme par le passé, par enquêteurs spécialisés du ministère de l’agriculture (DRAAF) auprès des autorités organisatrices des services d’eau et d’assainissement (communes et groupements).
L’information collectée à l’aide des questionnaires porte, pour l’essentiel, sur l’organisation et la gestion du service de l’eau, le prix de l’eau, la production et distribution d’eau potable, la collecte et traitement des eaux usées, la gestion des eaux pluviales ainsi que l’assainissement non collectif.
Cette enquête est la seule à fournir au niveau national une information sur la façon dont sont gérés l’eau et l’assainissement, domaines de compétence communale. Elle apporte aussi aux décideurs et aux usagers locaux d’intéressants éléments de comparaison ; espérons qu'elle permettra également de sortir des clichés idéologiques ancrés dans les esprits !

samedi 25 juillet 2009

Le combat de Ma Jun contre la pollution de l'eau en Chine

Quand il a lancé en 2006 à Pékin l'Institute for Public & Environmental Affairs (Institut pour les affaires publiques et environnementales ou IPE), Ma Jun s'attelait à une entreprise titanesque : dresser une carte de la pollution de l'eau en Chine et identifier les entreprises fautives.

Ancien assistant à Pékin du journal hongkongais South Post, Ma Jun s'est fait connaître en 1999, avec son ouvrage La Crise de l'eau en Chine. Aujourd'hui, trois ans après son lancement, le site de l'IPE répertorie près de 32 000 contrevenants à la législation sur la pollution de l'eau, et plus de 13 000 dans le domaine de la pollution atmosphérique. 1,7 million de visiteurs ont été comptabilisés depuis juin 2008. Le moteur de recherche de l'IPE, qui permet, en indiquant le nom d'une usine, d'avoir accès à son "casier judiciaire" écologique, est en train de devenir une référence : "Nos informations sont de source publique. Elles viennent soit des bureaux locaux de protection de l'environnement, soit des médias. Le renforcement en Chine, l'année dernière, des mesures sur la transparence des informations relatives à l'environnement a eu un effet de catalyseur, la quantité d'information disponible sur la pollution s'est accrue de manière exponentielle", explique Ma Jun.

Certains des contrevenants épinglés par l'IPE se décident à contacter l'ONG, qui leur suggère la réalisation d'un audit par un cabinet spécialisé dans l'environnement. Si l'entreprise s'amende et met en oeuvre des mesures antipollution, elle peut être rayée de la liste noire. "Les pollueurs ne se sentent pas menacés par les amendes, souvent trop faibles, mais ils craignent de plus en plus la mauvaise publicité", estime Ma Jun. La trentaine de sociétés, qui ont entrepris de corriger leurs pratiques, y ont été poussées par les multinationales dont elles sont les fournisseurs ou les partenaires. Ce qui a conduit l'IPE à lancer un "pacte pour une chaîne d'approvisionnement verte ", selon lequel une multinationale s'engage à s'assurer que ses partenaires chinois sont "propres" : Wal-Mart ou Nike, s'y sont engagés, mais aucun de leurs concurrents français.

Pour agir simultanément auprès des gouvernements locaux, l'IPE a lancé en juin un classement des villes chinoises, selon une batterie de critères environnementaux, comme la transparence des données. "On demande les informations que la loi désigne comme ouvertes au public. Certaines municipalités répondent qu'elles ne sont pas prêtes, d'autres que leur chef n'est pas d'accord. C'est un premier test", dit-il. "Le travail de Ma Jun est très important, estime Alex Wang, l'un des juristes travaillant à Pékin pour l'ONG américaine NRDC (Natural Resource Defense Council), car depuis le temps que la Chine est l'usine du monde, il permet enfin de faire comprendre aux sociétés chinoises et étrangères que violer les lois de protection de l'environnement n'est plus acceptable."

Ma Jun et ses équipes font face à des résistances : les gouvernements locaux soucieux d'attirer les investisseurs mettent régulièrement au pas les bureaux locaux du ministère de l'environnement et la presse. Collusion et corruption - notamment quand il s'agit de groupes publics - protègent les pollueurs qui se passent donc de lobbyistes.

Les barrages géants prévus sur le cours supérieur du Yangzi, en amont du barrage des Trois-Gorges, construits par des consortiums de sociétés d'électricité et de géants du BTP et financés par les grandes banques et les gouvernements provinciaux, reflètent ces difficultés. Dans plusieurs cas, les travaux ont avancé sans que les maîtres d'oeuvre n'aient procédé à la moindre étude d'impact sur l'environnement, pourtant obligatoire. Mis devant le fait accompli, le ministère de l'environnement vient d'ordonner la suspension des travaux de deux des barrages. Mais les écologistes n'ont pas eu voix au chapitre.

Les promoteurs d'un barrage, celui d'Ahai dans le Yunnan, ont publié en 2007 une étude succincte d'impact sur l'environnement. Fin 2008, l'IPE et d'autres ONG ont donc été invités - pour la première fois dans le cas d'un projet hydroélectrique en Chine - à participer à une consultation organisée par le ministère avec les constructeurs du barrage dont l'édification est déjà bien avancée : "On a dit qu'on ne viendrait que si nous obtenions auparavant les réponses aux questions que nous avions posées en 2007, lors de la publication de l'étude. Cela a été le cas, ce qui nous a permis de consulter des experts et pointer du doigt toutes sortes de risques sur l'écosystème. C'est très positif, mais il y a encore beaucoup de travail à faire !".

jeudi 23 juillet 2009

Les nouveaux défis de l'eau, « Pour une culture de la responsabilité », Antoine Frérot


La publication d’ouvrages sur l’eau et ses problématiques a été particulièrement importante cette année. Ainsi je ne suis arrivée à la lecture du livre intitulé « Pour une culture de la responsabilité » que cet été. Son auteur, Antoine Frérot, ancien élève de l'École Polytechnique et Docteur de l'École Nationale des Ponts et Chaussées, est actuellement directeur général de Veolia Eau. Ma tentative d’avoir une connaissance exhaustive de tous les ouvrages qui paraissent sur le sujet me permet de souligner que ce livre s’illustre par son approche concrète et réaliste, me semble t-il des grands enjeux liés à l’eau.

En effet, cet ouvrage fait le point sur les grands enjeux actuels de l’eau dans le monde dans l’objectif « de démontrer qu’il est possible d’avoir, face à la question de l‘eau, une réflexion qui privilégie l’action tout en allant dans le sens de l’intérêt général ». De plus, ’auteur partage l’opinion de son préfacier, Ángel Gurría, secrétaire général de l’OCDE et membre du conseil consultatif pour l’eau et l’assainissement auprès du secrétariat de l’ONU, selon lequel « l’irresponsabilité des hommes a fait de l’eau un des principaux problèmes pour les hommes de ce siècle ».

En visant à « dépassionner » les débats et les amener sur le terrain de l’objectivité, il trace de nouvelles perspectives sur les questions de ressources, de modèles financiers, de solidarité et de gouvernance. Les propositions, enrichies d’exemples concrets, s’appuient sur une double conviction : les réponses ne peuvent pas être globaalisantes ni idéologiques, et les progrès ne verront pas le jour sans logique de coopération et de dialogue entre les acteurs.


La
première partie détaille le problème de l’eau dans le monde contemporain. Selon l’auteur, afin de ne pas « polluer » le débat autour des solutions, ce problème doit être pris de façon à la fois sérieuse et calme, c’est-à-dire en évitant à la fois l’indifférence et le catastrophisme.

Quelques idées fortes de cette partie, essentiellement pédagogique :

  • Il ne faut pas se tromper de responsable. C’est bien la croissance démographique qui génère le problème de l’eau et non pas une évolution naturelle, car la quantité d’eau sur notre planète, comme on le sait bien, reste stable. Nous sommes responsables du problème de l’eau. « A Jakarta, les systèmes d’approvisionnement en eau et d’évacuation des eaux usées ont été conçus à l’origine pour une population de 500 000 personnes. Aujourd’hui, la capitale indonésienne dépasse les 15 millions d’habitants et subit une pénurie d’eau permanente »
  • La demande a augmenté avec la démographie, mais elle a augmenté d’une façon irraisonnée : surexploitation agricole, réseaux d’adduction et d’assainissement inadaptés et insuffisamment entretenus, pompage excessif de nappes phréatiques…
  • La conséquence est une diminution de la qualité de l’eau, qui entraîne notamment la pollution durable des nappes phréatiques et des crises sanitaires (notamment les épidémies de choléra). « Dans les pays en développement, 90 % des eaux usées sont rejetées sans traitement. Le potentiel destructeur des eaux usées ni collectées ni traitées est explosif. Les bombes sanitaires sont amorcées, prêtes à exploser en série »
  • Or, le problème de l’eau est central pour le développement des pays : l’eau détermine en grande partie la santé des individus, mais aussi le développement économique ou scolaire. La question est au cœur des objectifs du millénaire. Selon l’auteur, si l’on veut les respecter, il faudra apporter « l’eau potable à 900 millions d’individus et l’assainissement à 1,3 milliards d’ici 2015 » (soit dans sept ans).

Dans un deuxième chapitre, qu’il nomme « les faux amis de l’eau », l’auteur s’attache à dénoncer de fausses vérités ou lieux communs, qui à force de focaliser les attentions détournent des vrais problèmes :

  • Même si le réchauffement climatique aura des conséquences sur la ressource en eau, il ne faut pas surestimer son impact, car on risque d’oublier que la cause principale est essentiellement un manque d’engagement et d’organisation collectif. « Avec le martèlement médiatique généralisé sur le réchauffement climatique, on tend à oublier que les problèmes actuels d’eau dans le monde proviennent de l’homme, et non de la nature. Leur origine se trouve bien plus dans l’augmentation de la population et de la demande en eau par habitant que dans les évolutions climatiques en cours » Il ne faut pas surestimer le risque de « guerres de l’eau ». Au contraire, on voit se développer une « hydrosolidarité » à l’échelle mondiale ainsi que de nouvelles attitudes. Les pays développés prennent en compte la question climatique dans leur gestion de l’eau à long terme.
  • En ce qui concerne le financement du service d’eau, deux solutions mises en avant sont, selon l’auteur, impraticables : la gratuité totale et le recouvrement total par l’usager. Elles ne sont pas praticables dans les pays en développement : la gratuité ne permet pas d’entretenir les réseaux d’eau et le recouvrement par l’usager empêche l’accès des plus pauvres. Elles ne prennent pas en compte toutes les dimensions du service dans les pays développés : le consommateur paye certains services qui profitent à la collectivité, et qui devraient donc être plutôt financés par l’impôt. Il propose une solution mixte, qu’il nomme « recouvrement socialement acceptable ». « L’application du principe « l’eau paie l’eau », en vigueur dans les pays développés est irréaliste dans les pays en développement. Les investissements à réaliser y sont beaucoup trop lourds pour être supportés uniquement par les abonnés du service. Dans les pays en développement, la notion de ‘recouvrement acceptable des coûts’ doit se substituer au principe de ‘recouvrement intégral des coûts’ »

  • Selon l’auteur, le secteur privé, souvent dénoncé comme hégémonique ou responsable de tous les maux, serait insuffisamment représenté dans le secteur de l’eau (moins de 10 % à l’échelle mondiale). Cela serait essentiellement dû à des contrats mal conçus dans le passé et à un manque d’expérience. L’auteur cite la dernière étude de la Banque mondiale selon laquelle « seuls 8% des partenariats public-privé mis en œuvre depuis 1990 ont été annulés avant la fin des contrats ».

  • Antoine Frérot refuse la critique selon laquelle l’eau serait chère. « Dressant un parallèle hâtif avec l’or noir, on assimile parfois l’eau à l’or bleu. Il n’en est rien : l’eau n’est pas le pétrole. Le pétrole est une ressource fossile, exploitée de façon minière ; l’eau, une ressource renouvelable ». De la même façon, il dénonce un autre amalgame « l’eau n’est pas non plus l’électricité. C’est un produit facile à stocker, mais cher à transporter sur de longues distances. En somme, elle est l’inverse exact de l’électricité dont le transport est simple et peu couteux, mais dont le stockage est très difficile ». Pour pousser la comparaison il nous confronte à la réalité des couts de l’eau dans nos pays développés. Ainsi , « L’eau n’est pas un poste de dépense important dans les pays développés : En 2006, « en France, la facture d’eau représente en moyenne 1 euro par jour et par famille, pour 330 litres délivrés puis épurés quotidiennement. Les ménages consacrent à l’eau et l’assainissement 0,8 % de leur budget moyen, c’est à dire trois fois moins que pour les télécommunications (2,4 %) et quatre fois moins que pour l’électricité (3,8 %). En d’autres termes, l’eau est un des services publics les moins chers ». Dans les pays en développement, le prix serait trop faible, ce qui revient finalement à un entretien et à un raccordement insuffisants des réseaux, d’où une exclusion des populations les plus pauvres.

  • Enfin, il constate que le financement des Objectifs du Millénaire est insuffisant. « L’eau et l’assainissement bénéficient chaque année d’environ 3 milliards de dollars d’aide publique au développement. Or les investissements supplémentaires pour atteindre les Objectifs du millénaire dans l’eau et l’assainissement ont été chiffrés de 10 à 30 milliards de dollars par an. Le seuil minimum de 10 milliards correspond à l’emploi de techniques « durables et bon marché ». Même si la totalité de cette somme ne saurait provenir de l’aide publique au développement, on reste loin du compte » L’aide publique est indispensable et trop faible. Les nouvelles formes d’aide au développement (aides conditionnées aux résultats, associations bailleurs de fonds internationaux - opérateurs privés) permettent de débloquer des fonds.

Dans une troisième partie, l’auteur cherche à présenter des solutions et de nouveaux modèles de gestion de la ressource.

  • Antoine Frérot, considère que le droit à l’eau doit être inscrit dans les faits.

  • Il faut accroître la ressource en réduisant le gaspillage, en utilisant davantage le recyclage de l’eau et le dessalement de l’eau de mer (par exemple l’usine d’Ashkelon en Israël fournit 15% de l’eau potable du pays, dans une zone qui souffre de grave pénurie d’eau). De même, l’utilisation plus importante des eaux de pluie à des fins industrielles serait utile.

  • Dans les pays développés, les modèles de financement devraient évoluer. Deux pistes sont évoquées : le recours à l’impôt et la rémunération aux performances des opérateurs, comme cela est réalisé à Indianapolis. « A Indianapolis, ville de 1,1 millions d’habitants, dont Veolia Eau gère le service d’eau et d’assainissement, notre rémunération comprend une partie fixe et une partie variable. Le montant de cette dernière dépend du respect des performances exigées. Par exemple : respecter à 99,9% les standards de qualité d’eau établis par l’Environmental Protection Agency, ou encore, obtenir un taux de satisfaction des clients de 90%. Ce système d’indicateurs et de rémunération variable incite l’opérateur à améliorer ses performances »

  • Dans les pays en développement, l’enjeu est d’accroître la solidarité et de développer des formes innovantes de « social business ». L’auteur cite une joint-venture créée avec Muhamad Yunus (inventeur du microcrédit et prix Nobel de la Paix 2006). Une unité de production a été installée pour alimenter en eau potable une ville de 25 000 habitants. L’investissement est remboursé par les ventes d’eau, de façon progressive . La Grameen Bank a calculé un prix de vente de l’eau en fonction des capacités financières des habitants, soit 1.5 centimes les 10 litres. « Social business », car la joint venture fonctionne sur la règle : « pas de perte, pas de dividendes ».

  • Pour finir, le problème de l’eau ne peut être résolu qu’avec une amélioration de la gouvernance mondiale, qui implique une bonne volonté de chacun.

L’intérêt du livre est de dresser un tableau assez complet des problématiques de l’eau, mais de proposer aussi des idées nouvelles. L’auteur a cherché à sortir des débats classiques public/privé, prix/gratuité, etc.

On ne peut que partager le constat de l’importance du problème de l’eau, et sa volonté de renoncer au catastrophisme et à l’idéologie pour chercher (et trouver) collectivement des solutions concrètes.

Cameroun : nouveau prêt de l'AFD pour financer des infrastructures


Nous vous parlons régulièrement des efforts en faveur de la Camwater, compagnie des eaux du Cameroun : dernier en date, l'Agence française de développement (AFD) a accordé 40 milliards FCFA au Cameroun pour la réhabilitation des stations de traitement et la réalisation des travaux d'adduction d'eau potable dans plusieurs localités du pays (ci-dessus un projet de nouvelle station). Le montant devrait permettre à la compagnie nationale, Cameroon Water Utilities Corporation (CAMWATER), d'accroître la production d'eau potable de plus de 50 000 m3 par jour. Il s'agit du deuxième prêt accordé pour ce secteur en moins de 2 mois, après les 22 milliards FCFA de la Banque africaine de développement (BAD).

mercredi 22 juillet 2009

Pierre Roussel : Un Français porté à la tête de l’Office international de l’eau

Le Français Pierre Roussel a été récemment élu président de l’Office international de l’eau (OIEAU), à l’issue de la dernière assemblée générale de cette structure, rapporte un communiqué transmis vendredi à l’APS.
Polytechnicien et ingénieur général du Génie rural, des eaux et des forêts, Pierre Roussel succède ainsi à Jean Renard, ancien vice-président du conseil général du Génie rural, des eaux et des forêts.
M. Renard n’avait pas sollicité le renouvellement de son mandat, à l’occasion de l’assemblée générale de l’Office international de l’eau (OIEAU) qui s’est tenue le 1er juillet dernier. Il avait passé 10 ans à ce poste.
Le nouveau président de l’Office international de l’eau est par ailleurs, président de la commission permanente des ressources naturelles au Conseil général de l’environnement et du développement durable, note la source.
Pierre Roussel a exercé plusieurs responsabilités au ministère français de l’Agriculture, notamment au sein des directions départementales de l’agriculture et de la forêt du Finistère (1972-1976) et du Haut-Rhin (1987-1986).
Il a aussi été chef du Centre national informatique de Toulouse (1976-1986) et président de l’Association scientifique et technique pour l’eau et l’environnement (ASTEE) de 2004 à 2008.
Selon le communiqué, l’OIEAU développe, avec les pays qui le souhaitent, des programmes de coopération dans le domaine de l’eau, en les aidant à organiser leur formation professionnelle, leur documentation, leur système d’information et la gestion de leurs bases de données. Ces programmes visent aussi à engager les réformes utiles de leurs institutions, a-t-on indiqué de même source.
Les réformes en question permettent de ‘’mieux gérer’’ les ressources en eau, les bassins versants, nationaux ou transfrontaliers, les services collectifs d’eau potable et d’assainissement ou d’irrigation, les eaux industrielles et les eaux industrielles afin de tendre vers les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD).
L’OIEAU est une association sans but lucratif déclarée d’utilité publique, qui gère, en France, le Centre national de formation aux métiers de l’eau (CNFME) et ses deux établissements de Limoges et La Souterraine ainsi que le Centre national d’information et de documentation sur l’eau (CNIDE).

lundi 20 juillet 2009

Le secrétariat du Conseil des ministres africains sur l'eau sera inauguré fin juillet à Abuja

Des ministres africains des Ressources en eau assisteront le 27 juillet à Abuja à l'inauguration du secrétariat du Conseil des ministres africains sur l'eau (AMOCOW), a annoncé lundi 20 juillet à Abuja le secrétaire général de l'AMOCOW, Bai-Mass Taal. M. Taal a indiqué que cet événement sera précédé par une réunion du Conseil des ministres africains sur l'eau qui devrait approuver certaines importantes politiques sur l'eau. Le Conseil des ministres africains sur l'eau a été mis en place pour fournir une leadership politique, définir l'orientation politique et donner des conseils pour la fourniture, l'utilisation et la gestion des ressources en eau, en vue d'un développement économique et social durable en Afrique. Le conseil avait été lancé par l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo à Abuja en avril 2002.

Source : Xinhua
Annuaire RSS Fluxenet