lundi 12 octobre 2009

Un Vaisseau futuriste pour tout savoir des océans

C'est une chimère devenue rêve, un rêve devenu réalité. Dans deux ans, la station Sea Orbiter se jettera à l'eau. Ce géant fuselé de 51 mètres de hauteur dont 31 sous l'eau, sorte de crustacé du futur aux antennes dressées vers le ciel, se promènera six mois en Méditerranée pour des tests ultimes, avant de prendre définitivement le large et de dériver au gré du Gulf Stream.
Il y a du Jules Vernes dans cette aventure, mais aussi la volonté de porter l'héritage des grands pionniers, de La Pérouse (1741-1788) au commandant Cousteau, au côté de qui Jacques Rougerie, concepteur de Sea Orbiter, a fait ses premiers pas sous-marins. Depuis, notre homme a construit des maisons sous la mer (Galathée au Japon, Hippocampe au Mexique), conçu des centres comme Océanopolis à Brest et Nausicaa à Boulogne-sur-Mer avant de naviguer sur le trimaran transparent Aquaspace.
Enthousiasmé par Sea Orbiter, Jean-Louis Borloo, le ministre de l'écologie, lui a donné un sérieux coup de pouce avec le Grenelle de la mer. Et le Président de la République l'a définitivement adoubé dans son discours sur la politique de la mer fin juillet, au Havre. Pour autant ce projet français, qui doit permettre d'observer les grands fonds en continu, «est une plateforme internationale», insiste Jacques Rougerie.
Le comité d'éthique est là pour en témoigner avec, parmi les membres, Dan Goldin, un ancien administrateur de la Nasa, ou encore le Norvégien Kjell Holden, vice-président de Marintek, le plus grand centre d'essais en bassin de carène, qui a délivré le permis de naviguer à Sea Orbiter. Mais on y trouve également l'astronaute Jean-Loup Chrétien, Henri-Germain Delauze, le président de la Comex, ou encore Patricia Ricard, la présidente de la Fondation océanographique Paul-Ricard…
Avec dix-huit personnes à bord, dont une poignée de permanents, Sea Orbiter sera une plaque tournante de chercheurs de tous horizons, en relation permanente avec l'Ifremer, partenaire scientifique, qui travailleront sur les liens entre le climat, les gaz à effet de serre et les océans, mais également sur les grands mouvements migratoires des poissons, la biologie marine…
«Sea Orbiter pourra également se mettre en position fixe, notamment à proximité des montagnes sous-marines», s'enthousiasme Jacques Rougerie. «On pourra alors envoyer un drone d'observation capable de descendre à 3 000 mètres de profondeur»,ajoute-t-il.
Ce vaisseau sera également équipé d'un module pressurisé qui servira de simulateur spatial. De quoi «permettre à un équipage de six astronautes de la Nasa ou de l'Agence spatiale européenne (ESA) de tester leurs capacités à vivre en milieu extrême et à effectuer, à l'intérieur comme à l'extérieur, des tâches similaires à celles qu'ils devront effectuer dans l'espace», précise encore le document de présentation. Enfin, une grande part sera accordée à l'éducation des jeunes.
Les appels d'offres pour la construction de Sea Orbiter vont être lancés prochainement avec un budget de 35 millions d'euros. La mise en chantier est prévue fin 2010, et la mise à l'eau un an plus tard.


dimanche 11 octobre 2009

Réunion de crise au Moyen-Orient sur le partage des eaux de l’Euphrate

Nous vous en parlions ici, en juillet, l'Irak, qui fait face à une importante sécheresse, avait réclamé une réunion urgente avec la Syrie et la Turquie après la chute de moitié du débit de l'Euphrate. Chose faite : les ministres turc, syrien et irakien chargés du dossier de l'eau se sont retrouvés à Ankara pour discuter notamment du partage des ressources hydrauliques de l'Euphrate et du Tigre. Ankara a d'ores et déjà indiqué qu'elle ne pouvait en principe fournir plus d'eau à ses voisins en raison de ses besoins hydrauliques.
Long de 2.800 km, l'Euphrate prend sa source en Turquie et traverse la Syrie et l'Irak. Depuis des années, Bagdad et surtout Damas demandent un partage plus équitable, accusant Ankara de lui rationner l'eau, surtout pendant l'été, en raison du gigantesque projet GAP d'irrigation et de construction de barrages sur l'Euphrate et le Tigre pour développer le sud-est anatolien.
Aux termes d'un accord, la Turquie accepte de laisser s'écouler une moyenne annuelle de 500 m3 par seconde des eaux de l'Euphrate vers la Syrie. "La Turquie laisse couler actuellement en moyenne un peu plus que ce débit. Nous reconnaissons que l'Irak et la Syrie ont besoin d'eau (...) mais nous ne sommes pas non plus riches en eau. De ce fait, nous ne pouvons dépasser d'une façon considérable ce débit qui est très convenable", a indiqué aux journalistes le ministre turc de l'Energie et des ressources naturelles, Taner Yildiz, avant le début de la réunion.
Le ministre turc de l'Environnement, Veysel Eroglu, le ministre syrien de l'Irrigation, Nader Bounni, et le ministre irakien des Ressources hydrauliques, Latif Rachid, doivent se pencher sur la "supervision saisonnière de l'eau laissée (à la Syrie et l'Irak) depuis l'Euphrate et la sécheresse", selon un communiqué des services de M. Eroglu. Les parties doivent aussi discuter en présence d'experts des trois pays de l'installation sur certains points de ces deux fleuves de stations communes de relevage hydrauliques.

Source : AFP

samedi 10 octobre 2009

Le business des fontaines à eau

Selon un sondage réalisé par l'institut de sondages et d’études MV2, 37 % des interrogés indiquent que leur entreprise ne leur fournit pas d'eau. Le Code du travail est-il boudé ? Plutôt ignoré. Ce qui laisse croire en des perspectives aussi larges qu'un fleuve pour le commanditaire de cette étude, l'Afifae (l'Association française de l'industrie des fontaines à eau, qui comprend les représentants des principaux opérateurs de la profession).
Le marché, en l'état, représente déjà un beau bébé : 389 000 fontaines à eau sont installées dans tout le pays. Il s'est véritablement lancé en 1995 avec le décret stipulant que « les chefs d'établissement doivent mettre à la disposition du personnel de l'eau potable et fraîche pour la boisson, à raison de trois litres au moins par jour et par travailleur ». Il a connu un coup d'accélérateur post canicule 2003 : « Un véritable déclic s'est produit au sein des collectivités », explique Charles Guillot, directeur commercial de Waterlogic.
La ville de Bordeaux, par exemple, distribue pas moins de 13 500 litres d'eau à boire, chaque année, à ses 25 clubs seniors. Au Centre hospitalier universitaire de Bordeaux (probablement l'établissement le plus fréquenté de la région), 239 fontaines sont réparties sur les quatre sites.
Le marché n'est pas réputé pour ses allures de long fleuve tranquille : « Quatre acteurs se partagent 90 % du marché. Il n'y a pas pire en matière de concurrence », relève une observatrice. Le quatuor se compose de Château d'eau, Culligan, Elis et Nestlé Waters : « Ces sociétés se sont emparées du marché et il est devenu extrêmement difficile d'y mettre un pied », relève le gérant de Drinkso, petit distributeur bordelais rencontrant plus de facilités pour installer dans les entreprises des machines à café que des points d'eau. Une partie de la bataille se joue actuellement sur la dualité entre les fontaines bonbonnes et les fontaines raccordées au réseau. Les premières dominent les débats, représentant 70 % des machines disposées. Mais elles perdent du terrain (- 3,5 %) quand les secondes enregistrent une progression à deux chiffres (+ 19 %).
« Le boom du développement durable a sérieusement amélioré nos ventes », relève le cadre de Waterlogic, un petit dans la cour des grands, uniquement sur les fontaines « réseau » et jouant de la corde « écolo ». Il faut croire que ça marche : « On ne connaît pas la crise. Depuis 2004, on a multiplié par dix notre chiffre d'affaires et notre volume. »
Si le produit ne se prête pas à l'innovation, les fabricants ne se gênent pas pour emprunter les chemins de traverse. Vous voulez du fun dans votre gobelet en plastique ? Depuis peu, sont apparus sur le marché des fontaines produisant de l'eau gazeuse. Vous voulez vous équiper à moindre coût ? On trouve sur le marché des fournisseurs se décrivant comme « low cost » Vous voulez une fontaine citoyenne ? Certains proposent de remettre 1 euro à une ONG par fontaine achetée. Reste que si les fontaines à eaux génèrent moins de déchets que l’eau en bouteille, on cherche toujours la valeur ajoutée de ces produits par rapport à un distributeur de gobelets installé près d’un classique robinet !

vendredi 9 octobre 2009

Les stars s’engagent pour l’accès à l’eau – 4

Après Matt Damon, Sharon Stone, et Jennifer Connelly dont nous vous parlions le mois dernier, de nouvelles stars s’engagent pour l’accès à l’eau ; et pas des moindres !
On a en effet davantage l'habitude des voir celles-ci à la Une des tabloïds qu'avec le piolet et une combinaison pour ne pas mourir de froid. Pourtant, dans un peu plus de trois mois, Jessica Biel et Justin Timberlake vont relever un impressionnant défi : gravir le Kilimandjaro. La montagne de 5890 m environ est située dans le nord-est de la Tanzanie. Il y a quelques mois, le magazine GQ révélait que Justin Timberlake s'entraînait " pour l'ascension d'un mont majeur ". Même si l'information n'est pas encore officielle, on sait désormais que le chanteur devrait se lancer dans cette expédition avec sa compagne Jessica Biel..
D'autres célébrités comme Lupe Fiasco et Isabel Lucas devraient faire partie de la cordée imaginée par le musicien et producteur Kenna. Cette expédition n'a d'autre buts que de faire prendre conscience que l'eau est, d'après Jessica Biel, " une nécessité humaine de premier ordre", ainsi que de récolter des fonds destinés au programme d'accès à l'eau potable pour les enfants, créé par les Nations Unies. Selon l'Associated Press, l'actrice s'est en effet déclarée effondrée en apprenant que près d'un milliard d'être humains sur la terre n'avaient pas accès à l'eau potable. Car comme le dit Kenna à l'AP :" Ce n'est pas un problème africain. Ce n'est pas un problème sud-américain. C'est un problème mondial, global. En Amérique, 11 millions de personnes vivent sans eau potable..."

jeudi 8 octobre 2009

De la montée des océans

Alors que la reprise des négociations climatiques, en décembre à Copenhague, devrait focaliser l'attention sur les projections d'élévation de la hauteur des mers, les marégraphes d'Europe du nord notent depuis longtemps une baisse continue du niveau de l'océan... Pour le béotien, de telles observations semblent trancher avec le pessimisme des experts. Elles ne font, en réalité, que refléter la diversité des mécanismes en jeu. Pour cause de réchauffement, les eaux s'élèvent en moyenne de 3,3 mm par an. Mais cette montée des eaux est perturbée - tantôt compensée, tantôt aggravée - par des phénomènes d'origine géologique difficiles à appréhender. Et qui compliquent une question épineuse : comment monteront les océans d'ici à 2100 ?
En 2007, le dernier rapport du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) tablait sur une augmentation moyenne comprise entre 18 cm et 59 cm. Mais, s'agissant des calottes glaciaires, cette estimation tenait uniquement compte de leur fonte prévisible. Elle ignorait un phénomène encore peu documenté au moment de la rédaction du rapport : le glissement des glaciers du Groenland et de l'Antarctique vers la mer. Ce mécanisme est aujourd'hui reconnu comme majeur. Selon les travaux d'Eric Rignot (université de Californie à Irvine), l'inlandsis du Groenland perd environ 300 milliards de tonnes (Gt) de glace par an ; l'Antarctique en relâche quelque 200 Gt. Soit environ 500 Gt de glaces polaires qui s'écoulent, chaque année, dans la mer.
A prendre en compte cette glissade des glaciers polaires, on noircit forcément le tableau. En mars, plusieurs centaines de climatologues réunis dans la perspective de la reprise des négociations climatiques ont rendu publique une mise à jour des connaissances sur la question. Les nouvelles estimations d'élévation moyenne globale du niveau de la mer, précisaient-ils, "sont de l'ordre du double" de celles émises en 2007 par le GIEC.
Y a-t-il pour autant consensus sur la question ? "A l'heure actuelle, beaucoup de mes collègues hésitent à accepter cette estimation parce que d'une part elle fait peur, et que d'autre part nous ne pouvons pas prévoir si les tendances actuelles vont se maintenir, diminuer ou augmenter, dit M. Rignot. Je crois important de noter qu'un mètre de montée du niveau des mers d'ici à 2100 ne relève pas de la science-fiction puisque les calottes polaires sont déjà sur cette trajectoire." Au rythme actuel, précise le chercheur, elles provoqueraient à elles seules "une élévation de 60 cm à 80 cm à la fin du siècle", la fonte des glaciers de montagne et l'expansion thermique des océans (la dilatation des eaux due au réchauffement) se chargeant d'ajouter encore quelques centimètres.
Le débat, parfois vif, n'est pas illégitime. Car l'océan réserve parfois des surprises. Au début de l'année, une équipe de chercheurs français exploitant des données satellitaires et le réseau de bouées océanographiques Argo, a ainsi observé qu'entre 2003 et 2007, le rythme d'élévation de l'océan avait ralenti. De 3,3 mm par an en moyenne entre 1993 et 2003, il était passé, entre 2003 et 2007, à 2,5 mm par an.
Les auteurs ont eu le fin mot de cette étrangeté. "Entre 1993 et 2003, le principal contributeur de la hausse du niveau marin était l'expansion thermique de l'océan, explique Anny Cazenave (Laboratoire d'études en géophysique et océanographie spatiales), principal auteur de ces travaux. A partir de 2003, ce phénomène a, semble-t-il, marqué une pause, tandis que la fonte des glaciers d'altitude et la réduction des calottes glaciaires devenaient dominantes, responsables d'environ 80 % de la hausse observée." Reste que malgré la contribution accrue des glaces, la "pause" intervenue dans le réchauffement de l'océan a ralenti la hausse des océans. Pour le climatologue Edouard Bard (Collège de France), "il ne s'agit là que d'une petite fluctuation de l'océan comme on en a déjà observé par le passé, en 1998 par exemple". De plus, les dernières mesures du niveau moyen global de la mer suggèrent que cette "pause" s'achève et que l'océan monte, à nouveau, à un rythme supérieur à 3 mm par an.
Dans certaines régions pourtant, il persiste à baisser. "Au Canada et en Scandinavie, par exemple, on mesure des baisses du niveau de la mer de l'ordre d'un centimètre par an", explique M. Bard... Cette bizarrerie n'est pas, elle, due au changement climatique actuel. Pas plus qu'aux caprices de l'océan. Elle tient à un phénomène, baptisé "rebond postglaciaire", provoqué par la dernière déglaciation, il y a plusieurs milliers d'années. "Il y a 20 000 ans, lors du dernier maximum glaciaire, il y avait des calottes de glace de 4 et 2 km d'épaisseur sur l'Amérique et l'Europe du Nord, explique M. Bard. En fondant, ces énormes masses de glace ont provoqué un réajustement de la croûte et du manteau terrestres."
Cette lente remontée de la croûte est encore sensible dans les hautes latitudes. Ce que les marégraphes des pays nordiques enregistrent n'est donc pas, stricto sensu, une baisse du niveau de la mer, mais une élévation locale de la croûte terrestre, plus rapide que celle de l'océan ! Ailleurs sur le globe - notamment sur les côtes françaises atlantiques et méditerranéennes -, la même relaxation "postglaciaire" du manteau est responsable d'un affaissement des terres émergées, d'où une montée relative des eaux plus importante.
A ce "rebond" s'ajoutent d'autres phénomènes. Qui, eux aussi, peuvent accroître la vulnérabilité de certains littoraux. Dans certains bassins, l'océan stocke plus de chaleur que dans d'autres et, localement, s'y dilate plus. Dans certaines régions, le sol s'enfonce à la suite du pompage de l'eau ou de l'exploitation pétrolière... D'autres mécanismes sont contraires à l'intuition. "Lorsqu'une grosse calotte glaciaire perd de la glace, cela fait augmenter le niveau marin moyen, mais autour de la calotte, la mer descend, explique ainsi M. Bard. Tout simplement parce que la calotte exerce alors une force d'attraction gravitationnelle moindre sur les eaux qui sont autour !"
L'un des objectifs nouveaux de la communauté océanographique, dit Mme Cazenave, "est de bâtir un modèle intégré, tenant compte des effets climatiques mais aussi de tous les autres, pour pouvoir prévoir la montée des eaux à l'échelle locale, pour les vingt, cinquante ou cent prochaines années". Une gageure.

Source : Le Monde

mercredi 7 octobre 2009

De l’eau sur la lune !

Comme sur notre bonne vieille planète, l’établissement d’une base permanente sur la Lune demanderait d’y trouver d’importantes ressources en eau. On en cherchait dans certains cratères installés aux pôles mais des chercheurs français et américains viennent d’en trouver, bien qu’en faible quantité, partout ou presque et en surface...
Envoyer une mission habitée sur Mars pour y partir à la recherche de traces de vie, même fossile, passera probablement par l’établissement préalable d’une base lunaire pour y rôder hommes et matériel. Mais une telle base nécessite des ressources en eau pour de très longs séjours.
La Lune semblait jusqu’ici désespérément sèche, sauf peut-être au fond de certains cratères polaires ne voyant jamais la lumière du Soleil depuis des centaines de millions d’années au moins et où on pouvait espérer trouver des dépôts de glaces accumulés par les chutes de comètes.
L’Univers vient une fois de plus de déjouer les prédictions humaines car les analyses des données fournies récemment par les sondes Chandrayaan-1 et Epoxi indiquent que la surface lunaire contiendrait l’équivalent d’un demi litre d’eau par hectare en moyenne, selon l’un des chercheurs auteurs de cette découverte, le Français Olivier Groussin, du Laboratoire d’astrophysique de Marseille.
Cette découverte n’a été possible que parce que la signature des molécules d’eau dans le domaine de l’infrarouge a enfin pu être obtenue par les instruments des sondes spatiales survolant la Lune, notamment celui nommé Moon Mineralogy Mapper équipantChandrayaan-1. Sur Terre, l’atmosphère est opaque dans la bande où cette signature spectrale serait observable.
Cette eau pourrait trouver son origine dans le flot de protons H+ du vent solaire frappant la surface de la Lune. Ces particules commenceraient à libérer des atomes d’oxygène O présents dans les minéraux lunaires puis se combineraient à eux pour former des molécules H20 et OH. Au final, les molécules d’eau se fixeraient dans les zones du régolite lunaire où l’éclairage du Soleil est rasant et la température plus basse. Par ailleurs, cette découverte renforce l’idée que la Lune peut stocker de l’eau au fond de ses cratères. LCross ne devrait pas tarder à nous en apprendre plus sur cette question importante pour la colonisation du système solaire.


mardi 6 octobre 2009

Parole d'experts - David Blanchon (3)

Suite de l'interview de David Blanchon

Quelles solutions vous paraissent aujourd'hui devoir être mise en œuvre ?

Comme l'on montré les deux exemples précédents, les solutions techniques existent. Tous les problèmes sont techniquement solvables et proviennent de fait de modes de gestion parfois inadaptés et du manque de financements.
Les trois piliers de la solution aux problèmes de l'eau en Afrique sont pour moi la progressivité, la diversité et la solidarité.
La progressivité signifie qu'il ne faut pas vouloir et construire tout, tout de suite. Dans l'agriculture irriguée comme dans l'accès à l'eau potable, les expériences passées ont montré que les grands projets livrés « clés en main » ne donnaient pas de résultats satisfaisants au bout des quelques années. Il vaut mieux commencer lentement et mettre en place progressivement des réseaux durables, quitte à ce qu'il y ait provisoirement des inégalités entre quartiers ou entre régions. Il ne faut pas oublier que les pays du Nord ont eux aussi mis plusieurs dizaines d'années pour parvenir à une couverture universelle pour l'accès à l'eau et à l'assainissement.
La diversité, ou, autrement dit, « One size does not fit all ». Il n'y aura pas un modèle unique, tant pour les solutions techniques adoptées que pour les modes de gestion. Les « histoires d'eau » de chaque pays sont différentes et il faudra donc des modes de gestions différenciés pour régler au cas par cas des problèmes spécifiques. Cela implique donc nécessairement la participation des populations concernées.
La solidarité enfin. Cette solidarité doit se situer bien sûr au niveau international, notamment pour apporter les financements nécessaires aux projets locaux. Mais elle s'organise aussi au niveau local, car l'entraide pour l'accès à l'eau existe traditionnellement dans presque toutes les cultures africaines. Aussi bien au Soudan, où il est habituel de laisser de l'eau disponible aux passants devant sa maison, qu'en Afrique du Sud, où l'eau nécessaire aux besoins fondamentaux est distribuée gratuitement par le réseau public. Les modèles de développement hydraulique devront s'appuyer sur ces solidarités pour que « l'eau pou tous » devienne réalité en Afrique.

lundi 5 octobre 2009

Parole d'experts - David Blanchon (2)

Suite de l'interview de David Blanchon

Un exemple emblématique de ces enjeux de l'eau en Afrique ?

Je prendrais deux exemples : l'un parmi les pays les plus avancés du continent, l'Afrique du Sud, l'autre parmi les plus défavorisés, le Soudan.
L'Afrique du Sud est un des pays le mieux équipés en infrastructures hydrauliques. Et pourtant, il cumulait, à la fin de l'apartheid, les problèmes du « premier » et du « troisième » monde : un niveau de pollution élevé et des maladies liées au manque d'accès à l'eau comme le choléra.
Le gouvernement de l'African National Congress, au pouvoir depuis l'élection de N. Mandela en 1994, a décidé de remettre en cause la gestion de l'eau du régime d''apartheid, avec une nouvelle politique résumée par le slogan « Some, For All, For Ever » censée remplacer le « All, for Some, Now ». L'enjeu est de concilier la protection de l'environnement en limitant le gaspillage (Some, sous entendu water), tout en donnant accès à l'eau à la population noire (for All) avec une perspective de préservation des ressources à long terme (For Ever). Quinze ans plus tard, les résultats de cette nouvelle politique sont mitigés. De nombreux foyers ont bénéficié d'un accès amélioré à l'eau potable, mais dans le même temps, les gaspillages par les agriculteurs exportateurs blancs et les niveaux de pollution restent préoccupants.

Au Soudan, la problématique très différente, car les infrastructures sont actuellement très limitées. Il s'agit pour ce pays très pauvre, mais qui a acquis une capacité à s'équiper grâce à la rente pétrolière et l'aide chinoise, de mettre en valeur ses ressources en eau, et notamment le Nil, qui n'a été l'objet d'aucun aménagement majeur depuis l'indépendance en 1956. Dans ce contexte, tout aménagement apporte d'importants bénéfices à court terme : le seul barrage de Marawi, inauguré en avril 2009 sur le Nil à 300 kilomètres au nord de Khartoum, permet de doubler la production électrique du pays. Les suivants, aujourd'hui en construction, permettront au Soudan d'en exporter. Mais les conséquences environnementales comme les intérêts des populations riveraines ont été négligés. Cela pose évidemment la question de la durabilité de ces investissements, d'autant qu'ils se doublent, au Soudan, de conflits politiques sur le partage des bénéfices futurs.

dimanche 4 octobre 2009

Parole d'experts - David Blanchon

Infos-eau inaugure aujourd'hui une nouvelle rubrique, "Parole d'experts", dans laquelle nous invitons des spécialistes à mettre en perspective leur travaux sur les problématiques de l'eau. Pour inaugurer cette série, nous avons interviewé David Blanchon, Maître de conférences en géographie et membre du laboratoire Gecko à l'Université Paris X Nanterre.
Il a réalisé sa thèse d'agrégation sur l'espace hydraulique Sud Africain, pour laquelle il a reçu en 2004, le prix du Comité national Français de Géographie et le prix Henri Milon de la Société Hydrotechnique de France. Cette thèse a été publiée cette année aux éditions Karthala David Blanchon est également l'auteur de "L'Atlas Mondial de l'Eau", paru aux Editions Autrement début 2009, et dont nous avons parlé ici
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Quels sont les spécificités de la situation africaine et les grands enjeux de l'eau en Afrique ?

L'Afrique présente par rapport aux grandes régions du monde une double spécificité : un grand retard dans l'équipement en infrastructures hydrauliques, mais aussi un grand potentiel d'aménagement.
Les manifestions du retard sont malheureusement bien connues. L'Afrique est le continent où les cours d'eau sont le moins aménagés pour la production hydroélectrique et où l'agriculture irriguée est la moins développée par rapport au potentiel existant, alors que, si l'on excepte les grands déserts du Sahara et du Namib, elle a des ressources en eau relativement abondantes et se trouve, en tout cas, dans une situation qui n'est pas pire que celle de l'Asie.
De plus, peu d'attention a été portée historiquement à la prévention des risques hydrologiques. Cela explique pourquoi les populations africaines paient un si lourd tribut aux sécheresses et aux inondations.
Troisième manifestation de ce retard : le sous-équipement dans l'accès à l'eau potable et à l'assainissement. L'Afrique se situe au dernier rang pour l'accès à l'eau et à l'assainissement : les taux n'y sont respectivement que de 56 % et 37 % contre 83 % et 59 % au niveau mondial. Dans ces deux domaines, la situation ne s'améliore que lentement, car les investissements restent insuffisants. L'Afrique sub-saharienne n'atteindra les Objectifs du Millénaire -réduire de moitié la population n'ayant pas accès à l'eau potable et à l'assainissement- qu'en 2040 et 2076, alors que ces objectifs fixés en 2000 sont déjà en passe d'être atteints en Asie et en Amérique Latine.

Ce « retard » explique en contrepartie que l'Afrique est également le continent où le potentiel de développement est le plus fort. Et il est possible d'y mettre en valeur les ressources en eau, tant pour l'agriculture que pour l'hydroélectricité, sans commettre les erreurs qui ont été faites en Europe et Amérique du Nord, c'est-à-dire en respectant plus l'environnement et les intérêts des populations. C'est le grand enjeu de la question de l'eau en Afrique : parvenir à mettre en valeur les ressources en eau, pour produire de l'hydroélectricité, pour irriguer, pour fournir un service adéquat à une population urbaine en rapide expansion, sans trop compromettre la préservation de ses riches écosystèmes aquatiques.

vendredi 2 octobre 2009

Ces eaux minérales qui nous veulent du bien

Nous avons tous à l'esprit les images du monde merveilleux que les vendeurs d’eau en bouteille nous promettent traditionnellement sur les packagings de leurs produits : la jeunesse de notre corps par l'élimination, une nature intacte, des nourrissons en patins à roulettes aux yeux pétillants (merci photoshop)...

Quand on y réfléchit deux secondes, on ne peut pas dénier un certain culot aux publicitaires : car la seule chose que les eaux en bouteille font maigrir, c'est notre portefeuille (elles sont en moyenne 200 fois plus chères que l'eau du robinet), quant à la nature, gageons qu'elle se passerait bien des 170 000 tonnes de plastiques d'emballages (rien que pour la France) appelés à encombrer nos poubelles ; le plus cynique, au vu du bilan écologique désastreux de cette industrie, c'est encore de montrer des bambins : on leur laissera déjà une planète bien chaude, c'est sûr, mais de là à leur remettre une louche de millions de tonnes de CO2 pour transporter des palettes de bouteilles à leur riante effigie, il fallait oser.

Seulement voilà: après s'être notoirement enrichis pendant des décennies, les vendeurs d’eau en bouteille voient depuis quelques années l'avenir sous un jour nettement plus sombre. Même si les pays émergents représentent un potentiel de croissance encore considérable, dans les économies occidentales, une prise de conscience a lieu, et des initiatives se multiplient pour dénoncer l'aberration économique et le scandale écologique que constitue l'eau en bouteille. Quelques exemples parmi tant d'autres, aux Etats-Unis, la Conférence des maires a voté une résolution appelant les municipalités à abandonner l'eau en bouteille et à promouvoir l'importance des réserves publiques d'eau potable, à Londres, la ville impose l’eau du robinet dans la restauration avec sa campagne « London on Tap », en Australie, les habitants de la ville de Bundanoon, un lieu touristique célèbre pour ses beaux paysages et se trouvant à 150 kilomètres au sud-ouest de Sydney, a même voté avec une écrasante majorité l’interdiction pure et simple des bouteilles d'eau en plastique. Ces campagnes ne sont pas forcément très coordonnées, mais elles traduisent une évolution des mentalités dont l'impact sur les ventes est indéniable. Un peu de crise financière par là-dessus, et les minéraliers boivent le bouillon (je sais, c'est facile) : car le consommateur, quand les temps sont durs et que c'est bon pour son budget, a tendance à devenir vite écolo.

Bilan des courses en France, le marché s'est retourné en 2007. Et les ventes en 2008 ont fini à -7,3% ! Evian, qui représente presque 10% du chiffre d'affaires de Danone, ne produit plus qu'1,5 milliards de litres, pour une capacité de 2 milliards. Et encore est-elle la marque qui s'en sort le mieux : Nestlé Waters tablait pour sa part, à la mi-année dernière, sur une production 2008 « pessimiste » d'1,6 milliards de bouteilles, et n'a pu en écouler qu'1,4 milliard (source Challenges). Ajoutez à cela qu'au sein même du rayon eaux en bouteille, les eaux de source, moins chères, commencent à sérieusement cannibaliser leurs grandes soeurs « minérales ».

Deux leviers s'imposaient pour redonner de l'attractivité à court terme aux grandes marques : la promotion et la communication. Sur le premier, elles ont fortement appuyé : la part de vente sous promotion a quasiment doublé en deux ans. Sur la communication, l'affaire est autrement épineuse : car l'heure ne semble plus à l'innovation (les eaux aromatisées, qui ont tiré la croissance du marché au début des années 2000, sont à -22%), et les fallacieuses promesses de jeunesse, santé, minceur, etc., qui ont fait les beaux jours du secteur, ont été battues en brèche par la communauté scientifique, et ne font plus recette. Restent donc les publicités choc de la marque cristalline, associant l'eau du robinet aux eaux usées des toilettes. Reste surtout à revenir aux fondamentaux, à la raison d'être de ce marché : la peur diffuse du robinet.

Aujourd'hui, l'eau du robinet est en France le produit alimentaire le plus surveillé ; 85% des français lui font d'ailleurs confiance (baromètre CIEau – TNS Sofres 2009). Sa qualité est presque partout équivalente, voire supérieure, à celle d'un bon nombre d'eaux en bouteille. Mais qu'importe ; qu'importe aussi que dans le monde, chaque année, 1,5 à 2 millions de personnes meurent faute de bénéficier d'une eau de la même qualité que celle qui coule dans nos cuisines. Il suffit d'instiller le doute. De parler de la santé des tout-petits. De sous-entendre, quand on n'a rien à montrer.

Dans ce registre, l'inflexion est très nette : voyez par exemple cette campagne réalisée par Danone dans le magazine « Côté Mômes », diffusé dans les maternités et les hôpitaux. Entre deux articles renforçant la caution médicale, un sur l'ostéopathie pour les tout-petits, et un sur la psychologie des mamans, se glisse un « comedito» (quelle dénomination pudique!) de 4 pages sobrement intitulé « Pour la santé des bébés et des mamans... Quelle eau choisir ? ». On conserve bien sûr la typographie et les codes du reste du magazine : il s'agit de nous informer, en toute objectivité, sur la question de l'eau pour les nourrissons. C'est même le rédacteur en chef qui se fend d'un petit chapeau pour expliquer : « l'eau est un aliment essentiel à la santé de votre enfant (…) Mais toutes les eaux ne conviennent pas aux besoins du bébé ». Seul le code-couleur est celui d'Evian, pour le reste, on s'intéresse surtout à l'eau du robinet.
Pas pour en dire du mal, bien entendu, juste quelques petites phrases : certes, l'eau du robinet est utilisable pour votre tout-petit, mais il suffit d'une fois... ne vous inquiétez pas, avec tout le chlore et les produits chimiques qu'on met dedans, il n'y a que le problème des canalisations en plomb... bien entendu, pas de risque, si vous pouvez par vous-même contrôler en continu sa qualité... Les escrocs qui font du porte-à-porte en terrorisant les petits vieux pour leur installer des alarmes à prix d’usure ont-ils d’autre technique de vente?

On n'allait pas s'arrêter en si bon chemin : il fallait quand même trouver une garantie pseudo-scientifique à tout cela. Et dans ce contexte, un rapport est miraculeusement sorti du chapeau du bon docteur Servan-Schreiber, qui justifiait récemment son existence médiatique en s’attaquant à la dangerosité des téléphones mobiles. Cette fois-ci, c’est avec l’aide de WWF-France qu’il déclencha sa tempête dans le verre d’eau, recommandant (au terme d’une « étude » qui consistait en fait en une compilation de données déjà parfaitement établies), je cite, « aux personnes malades du cancer ou qui sont passées par la maladie de ne boire quotidiennement de l’eau du robinet que si elles sont sûres de sa qualité »… Devant l’indignation des experts, du ministère et des écologistes (qui eurent beau jeu de rappeler que deux études scientifiques de mars 2006 et de novembre 2008 soulèvent également la question de la migration du plastique de la bouteille vers l’eau de substances nocives comme l’antimoine), Servan-Schreiber a affirmé ne pas avoir voulu critiquer l’eau du robinet, et s’en est tenu à cette position d’évidence :
La qualité de l’eau est globalement bonne en France, mais cela dépend un peu des régions et des dispositifs mis en place pour la traiter ; il est aussi très probable que boire une eau de mauvaise qualité est dangereux. En somme, rien de nouveau sous le soleil. Mais alors pourquoi lancer cette polémique ? Comme disent les Dupond et Dupont dans « Tintin au pays de l’or bleu », pardon de l’or noir, cherche à qui le crime profite.

Dernier volet du marketing anxiogène, bien sûr, la toile. La question mériterait une enquête à part entière, tant les inénarrables interventions des marketeux de tous poils sur les forums féminins sont à se taper sur les cuisses, mais limitons-nous à un anecdote : l'étude sus-mentionnée de notre bon docteur Servan Schreiber, sur l'eau et le cancer, a été diffusée le 23 juin 2009. Le même jour, à 14h17, l'info était relayée sous l'article « eau du robinet » de l’encyclopédie en ligne Wikipedia par un contributeur répondant au surnom de Wikiman75. Une telle réactivité est bien entendu exceptionnelle : par comparaison, l'article « eau minérale » annonce toujours tranquillement que le secteur est en pleine croissance, tiré par les eaux aromatisées, le tout se fondant sur des données de 2003. Réactivité exceptionnelle, donc, surtout pour un rédacteur qui n'était pas intervenu sur wikipedia depuis le 12 septembre 2008, et dont les contributions précédentes étaient de publier la liste des interdictions à la consommation d'eau du robinet... C’est curieux, non ? Vous n'auriez pas vu passer un nourrisson sur des patins à roulettes ?


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