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mercredi 5 mai 2010

Le partage de l'eau au Proche-Orient est plus que jamais un enjeu de pouvoir

Parce qu'elle n'a jamais été aussi vitale en cette période de réchauffement climatique, l'eau ne cesse d'être un enjeu de pouvoir. Deux rendez-vous internationaux viennent de l'attester.
L'échec de la conférence ministérielle, qui s'est tenue le 13 avril, à Barcelone, a porté un coup peut-être fatal à la stratégie sur l'eau, que devait adopter l'Union pour la Méditerranée (UPM). Le lendemain, à Charm el-Cheikh, les neuf pays de l'Initiative du bassin du Nil se sont séparés sur un constat de désaccord.
Dans le premier cas, avec une persistance qui date du lancement du "processus de Barcelone" en 1995, c'est le conflit israélo-palestinien qui a été le prétexte de cette occasion manquée. Le texte de la stratégie sur l'eau faisant référence à la loi internationale, il s'agissait d'une première étape vers la garantie d'un accès équitable à cette ressource dans une région où sa raréfaction est critique. L'adoption d'un tel document aurait donc davantage souligné la politique discriminatoire de l'eau imposée par Israël aux Palestiniens.
A Charm el-Cheikh, l'Egypte et le Soudan ont refusé de remettre en question leurs droits historiques sur les eaux du Nil, que leur contestent les sept autres pays riverains du bassin, en particulier l'Ethiopie, qui contrôle les sources du Nil bleu, c'est-à-dire l'alimentation de 85 % du débit du fleuve. L'Egypte, qui n'aura pas suffisamment d'eau pour les besoins de sa population en 2017, n'a pas l'intention de réduire son quota de 55 milliards de mètres cubes par an.
Le Caire fait donc alliance avec Khartoum pour s'opposer aux projets de barrages envisagés par Addis-Abeba. Au Proche-Orient, qui représente 6,2 % de la population mondiale mais seulement 1,5 % des ressources en eau de la planète, l'enjeu de l'eau occupe une place déterminante dans la géopolitique et les rapports de pouvoir. Ainsi les deux puissances militaires de la région, Israël et la Turquie, imposent-elles une suprématie hydrique à leurs voisins.
La Syrie et l'Irak sont de facto sous la coupe d'Ankara, puisque situés en aval du Tigre et de l'Euphrate, qui ont leur source en Turquie. Leur chance est que le gigantesque projet turc GAP (Projet d'Anatolie du Sud-Est), lancé en 1980 et qui vise à construire 22 barrages et 19 usines hydroélectriques sur l'Euphrate et le Tigre, a pris du retard. Il n'est achevé qu'à 44 %, mais, une fois terminé, il détournera 70 % du débit naturel du premier fleuve et 50 % de celui du second.
"EMBOÎTEMENT"
En 1987, la Turquie a accepté de garantir un débit minimal de 500 m3 par seconde de l'Euphrate. L'Irak et la Syrie ont eu modérément confiance et, en 1989, ils ont conclu un accord prévoyant que 58 % du volume des eaux traversant leurs frontières irait à l'Irak, et 42 % à la Syrie. Cette dernière est très vulnérable : 80 % de ses ressources en eau proviennent de l'extérieur, et elle vient de subir deux années d'une grave sécheresse.
Mais le pire n'est pas toujours sûr : Marwa Daoudy, expert des questions de l'eau au Proche-Orient auprès du Graduate Institute de Genève, explique que Damas a su se livrer à un jeu complexe d'"emboîtement entre les enjeux hydrauliques et stratégiques", dont le résultat a contribué à rebattre les cartes de la géopolitique régionale.
La nouvelle détente entre Ankara et Damas s'est nourrie d'une volonté conjointe : la Syrie a souhaité rompre son isolement diplomatique, et la Turquie, de plus en plus désillusionnée quant à ses chances d'intégrer l'Union européenne, entendait faire fructifier ses racines musulmanes et ottomanes, avec l'ambition de redevenir, outre le grenier à eau et à blé de la région, un médiateur des conflits régionaux.
Dans la phase actuelle, Damas et Ankara ont accepté de taire leur dispute sur l'eau pour privilégier leur relation stratégique. Dans ce "grand jeu" proche-oriental, la Turquie aspire à redevenir l'artisan d'un rapprochement syro-israélien. Mais Israël n'a plus confiance dans les bons offices d'une Turquie qui s'est rapprochée de l'Iran. La dégradation de la relation entre les deux pays pose un nouveau défi à Israël, qui comptait pallier sa pénurie d'eau en se fournissant auprès d'Ankara.
Si, en occupant 70 % des hauteurs du Golan, Israël peut positionner son artillerie à 35 km de Damas, ce n'est pas le plus important : l'Etat juif n'a a priori aucune envie d'abandonner le plateau où le Jourdain prend sa source, pas plus que de rendre à la Syrie l'accès à la rive nord du lac de Tibériade, et le contrôle de la partie aval du fleuve Yarmouk. Pour les mêmes raisons, Israël n'est pas pressé de réviser le partage des eaux, pourtant léonin, avec la Jordanie.
Quatrième pays le moins bien pourvu en eau de la planète, le royaume hachémite a signé un accord de paix avec Israël en 1994, ce qui ne l'empêche pas d'être pris entre deux contraintes : il ne contrôle pas le bassin du Yarmouk, qui lui assure pourtant 40 % de ses réserves, et Israël s'octroie 59 % des eaux du Jourdain, en laissant 23,5 % à la Jordanie.
De plus, ce traité de paix, comme le relève Julie Trottier, chercheuse à l'université de Newcastle et à Oxford, "ignore totalement l'existence d'un futur Etat palestinien". La question de l'eau est une des raisons qui ne laisse pas augurer un règlement prochain du conflit israélo-palestinien.
Source : Le Monde

dimanche 21 février 2010

Syrie : l’exode de la sécheresse

La sécheresse dans l’est et le nord-est de la Syrie ont poussé quelque 300 000 familles à s’installer dans des agglomérations telles qu'Alep, Damas et Deir ez Zor pour chercher du travail. Il s’agit de l'un des plus importants déplacements internes des dernières années au Moyen-Orient.
Le secteur agricole du pays, qui, jusqu'à une période récente, employait 40 pour cent de la main-d'oeuvre syrienne et représentait 25 pour cent du produit intérieur brut, a été durement touché, mais les fermiers eux-mêmes sont les plus éprouvés, selon de hauts responsables humanitaires.
Dans certains villages, jusqu'à 50 pour cent de la population a migré vers les villes des alentours.

« Les agriculteurs qui dépendent d'une seule culture sont en difficulté. Ils n'ont rien d'autre pour les aider et ils doivent partir », a dit Abdulla Bin Yehia, représentant de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) à Damas.

Ceux qui possèdent du bétail ont vu le prix du fourrage augmenter de 75 pour cent, selon la FAO, ce qui a conduit à la mort de jusqu'à 80 pour cent du cheptel des petites et moyennes exploitations agricoles.

Plus d'un million de personnes, qui se trouvaient déjà près du seuil de pauvreté à cause de leurs faibles revenus, ont été touchées par la sécheresse. Selon des experts, les méthodes d'irrigation archaïques et peu économiques des agriculteurs contribuent également au problème.

Aggravation de la situation
En Syrie, les pénuries d'eau se sont aggravées année après année. En 2006, les régions du nord-est comme Hasakeh et Qamishli ont été les premières à ressentir les effets du manque de précipitations. Depuis lors, les agriculteurs et les cultivateurs du sud et du sud-est – à l'est et à l'ouest de Deir ez Zor et au sud de Damas, dans la région de Sweida – souffrent d'une diminution importante des précipitations.

Le Programme alimentaire mondial (PAM) et le gouvernement syrien ont abordé la question le 15 février lors d’une séance de formation dans la ville de Deir ez Zor, dans l'est de la Syrie, pour faciliter la distribution de nourriture d'urgence.

Lors d'une des réunions de la Société économique syrienne à Damas, en janvier, de hauts fonctionnaires ont révélé pour la première fois l'étendue de la sécheresse dans l'est de la Syrie. Selon Khader al-Muhaisen, qui s'est exprimé au nom de l'Union des paysans syriens, près de 60 000 familles possédant un cheptel de 100 têtes ou moins ont perdu la moitié de leur bétail et le niveau de pauvreté atteint 80 pour cent.

Lutter contre la sécheresse
Un certain nombre d'initiatives ont été présentées pour réduire les conséquences de la sécheresse dans les communautés rurales syriennes. Entre autres, un programme fait appel à l'Organisme général syrien de l'eau potable et du drainage des eaux usées, à la FAO et à la Direction suisse du développement et de la coopération (DDC) et espère mener à terme un projet de 40 millions de dollars pour fournir de l'eau potable à 130 000 personnes dans la région d'Hasakeh d'ici à la fin 2010.
En outre, le ministère de l'Agriculture et de la Réforme agraire et la FAO ont signé en janvier un document visant à renforcer la capacité des systèmes d'alerte précoce en collaboration avec la DDC, qui apportera un financement de 476 000 dollars et une assistance technique.
Des centaines de milliers de personnes ont quitté leurs fermes et leurs communautés. Les précipitations de cette année pourraient donc tomber en pure perte, car personne n'est présent pour travailler la terre ni pour faire pousser et cultiver les plantes.
M. Bin Yehia, de la FAO, a dit que son organisation encourageait les habitants à retourner dans leurs villages en offrant gratuitement du blé et d'autres semences aux agriculteurs. Mais il a dit à IRIN : « leur retour dans leurs communautés est entièrement volontaire, mais ces incitations sont importantes pour leur donner espoir et foi en leur terre et leur avenir ».

Obstacle financier
Cependant, le principal obstacle à l'aide aux communautés de l'est et du nord-est de la Syrie reste le financement. En août dernier, 48 millions de dollars d'aide internationale ont été promis pour mettre en œuvre le plan de réponse à la sécheresse en Syrie. Fin janvier, seule une petite partie de cet argent avait été reçue, selon les informations parues dans les médias locaux.

« Nous sommes actuellement dans une période de l'année cruciale pour les agriculteurs. Nous avons eu assez de pluie pour que les graines germent, mais deux situations peuvent encore survenir. S'il n'y a pas davantage de précipitations dans les régions touchées par la sécheresse au cours des six ou sept prochaines semaines, nous pourrions ne pas avoir de récoltes du tout. Et si ces régions connaissent une période de gel, les cultures seront détruites et les agriculteurs n’auront plus rien pendant encore un an », a dit M. Bin Yehia, de la FAO.

Jusqu'à présent, les précipitations enregistrées dans l'ensemble du pays pour cet hiver ont été plus importantes que les années précédentes et beaucoup espèrent que cela continue en mars, lorsque les cultures ont le plus besoin d'eau.

Mais les responsables font preuve de prudence : « Ce n'est qu'à la fin mars ou au début du mois d’avril que nous pourrons dire si les récoltes de cette année seront bonnes ou non. Pour l'instant, nous pouvons seulement dire “jusqu'ici tout va bien” », a dit M. Bin Yehia.

Source : IRIN News

dimanche 11 octobre 2009

Réunion de crise au Moyen-Orient sur le partage des eaux de l’Euphrate

Nous vous en parlions ici, en juillet, l'Irak, qui fait face à une importante sécheresse, avait réclamé une réunion urgente avec la Syrie et la Turquie après la chute de moitié du débit de l'Euphrate. Chose faite : les ministres turc, syrien et irakien chargés du dossier de l'eau se sont retrouvés à Ankara pour discuter notamment du partage des ressources hydrauliques de l'Euphrate et du Tigre. Ankara a d'ores et déjà indiqué qu'elle ne pouvait en principe fournir plus d'eau à ses voisins en raison de ses besoins hydrauliques.
Long de 2.800 km, l'Euphrate prend sa source en Turquie et traverse la Syrie et l'Irak. Depuis des années, Bagdad et surtout Damas demandent un partage plus équitable, accusant Ankara de lui rationner l'eau, surtout pendant l'été, en raison du gigantesque projet GAP d'irrigation et de construction de barrages sur l'Euphrate et le Tigre pour développer le sud-est anatolien.
Aux termes d'un accord, la Turquie accepte de laisser s'écouler une moyenne annuelle de 500 m3 par seconde des eaux de l'Euphrate vers la Syrie. "La Turquie laisse couler actuellement en moyenne un peu plus que ce débit. Nous reconnaissons que l'Irak et la Syrie ont besoin d'eau (...) mais nous ne sommes pas non plus riches en eau. De ce fait, nous ne pouvons dépasser d'une façon considérable ce débit qui est très convenable", a indiqué aux journalistes le ministre turc de l'Energie et des ressources naturelles, Taner Yildiz, avant le début de la réunion.
Le ministre turc de l'Environnement, Veysel Eroglu, le ministre syrien de l'Irrigation, Nader Bounni, et le ministre irakien des Ressources hydrauliques, Latif Rachid, doivent se pencher sur la "supervision saisonnière de l'eau laissée (à la Syrie et l'Irak) depuis l'Euphrate et la sécheresse", selon un communiqué des services de M. Eroglu. Les parties doivent aussi discuter en présence d'experts des trois pays de l'installation sur certains points de ces deux fleuves de stations communes de relevage hydrauliques.

Source : AFP

vendredi 7 août 2009

Eau: l'Irak réclame une réunion urgente avec le Syrie et la Turquie

Le ministère irakien des Ressources hydrauliques a réclamé une réunion avec ses voisins turque et syrien après la chute de moitié du débit de l'Euphrate par rapport au mois de juin dans un pays qui fait déjà face à une importante sécheresse.
Le ministère souhaite "une réunion urgente en présence des ministres et des experts des trois pays concernés en août prochain pour discuter du partage de l'eau et de la fluctuation des débits en Irak", a indiqué un communiqué du ministère.
Le débit de l'Euphrate "dans la région de Hassiba (à la frontière syrienne) est très bas. Depuis 10 jours, il est de 250 m3/s et ces quantités ne sont pas suffisantes pour l'agriculture et les autres besoins", ajoute le ministère.
Fin juin, la Turquie, où l'Euphrate prend sa source, avait toutefois ouvert les vannes de ses barrages sur le fleuve et accru son débit pour le porter à 570 m3/s. Ankara avait promis à l'Irak un débit d'ici juillet à 715 m3/seconde.
Selon le ministère des Ressources hydrauliques, l'Irak a besoin d'un débit dans l'Euphrate d'au moins 500 m3/s pour couvrir 50% des besoins d'eau pour l'irrigation.
La situation en Irak est rendue d'autant plus difficile que la région fait face une grande sécheresse depuis deux ans en raison d'une diminution importante des précipitations en hiver, poussant de nombreux agriculteurs à quitter la campagne pour les villes.
Une autre conséquence de l'assèchement de l'Euphrate est la mise en danger du mode de vie des "Arabes des marais", qui quittent ces zones humides durement frappées par la pénurie d'eau.
"Quatre vingt familles ont récemment quitté le marais de Abou Zark" à l'est de Nassiriyah, dans le sud du pays, a affirmé à l'AFP Ali Radad, un responsable des projets agricoles dans la province de Dhi Qar.

dimanche 29 juin 2008

L’eau et la paix

Le Guardian rappelle dans un article, que l’« ambitieux » projet de création d’un canal, initié par Boaz Wachtel – ancien leader du parti libéral Ale Yarok –, est un « enjeux de paix pour la Syrie et Israël. » Ce canal prendrait sa source au la sud de la Turquie et viendrait traverser et desservir la Syrie, le Liban, Israël, la Jordanie et l’Autorité de Palestine.

On parle tant aujourd’hui de « guerres de l’eau » qu’il fallait rappeler que l’eau peut aussi être porteuse de paix, si on sait la gérer et la partager intelligemment et en bonne entente.
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