mardi 7 juillet 2009

Tensions sur les ressources hydriques en Inde


A Calcutta le 15 juin et à New Delhi le 16 juin, ont eu lieu des manifestations contre les carences de l’approvisionnement en eau.

A New Delhi, des militants du Parti Bharatiya Janata (BJP) ont organisé une manifestation devant l’Assemblée de Delhi pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité dans la capitale. Le parti se plaint de « l’inefficacité du gouvernement à agir pendant que 40 % de la population endure la situation. »

A Calcutta, Indian Express.com rapporte la manifestation qui s’est déroulée devant le conseil municipal. La crise de l’approvisionnement en eau constitue le motif de ce mouvement. Certains des manifestants auraient été réprimés par les autorités. Javed Ahmed Khan, le leader de cette manifestation explique : « il y a plein de gens dans le Sud de Kolkata qui subissent la crise de l’eau. Bahala et Tollygunj n’ont pas d’eau. Nous avons mené un mouvement d’opposition pacifique jusqu’à ce que la police se mobilise. »

La veille, à Chandigarh, se déroulait justement un séminaire sur la crise de l’eau et le rôle des médias, durant lequel les experts ont avancé que la rareté en eau était davantage due à une mauvaise gestion qu'à la sécheresse.

R.K. Srinivasan, du Centre pour la science et l’environnement estime qu’« il y a d’abondantes sources d'eau disponibles, mais la mauvaise gestion, l’inertie des bureaucrates et l’indifférence de la société sont les causes de la pénurie. » Selon Bajinder Pal Singh, journaliste et chercheur environnementaliste à l’Université de Panjab, le Nord-ouest de l'Inde exporte des milliards de litre d’eau virtuelle, ce qui est « surprenant » étant donné que la région est considérée comme une des régions les plus touchées par le manque d’eau. Les participants se sont quittés en recommandant vivement aux médias d'informer, d’instruire et de motiver la population de manière à utiliser les ressources de manière à ce que l’eau nécessaire pour les générations futures ne soit pas épuisée.

Le dessalement explose aux Emirats


Lors de la conférence biannuelle de l’Association internationale du dessalement (IDA), les autorités émiraties ont annoncé l’investissement de près de 40 milliards de dollars dans le pays afin d’augmenter la productivité des usines de dessalement.

Le pays envisagerait de tripler la capacité de sa production d’eau dessalée dans les 10 ans à venir. Rashid Ahmad Bin Fahd, ministre de l’Environnement, estime que « l'eau est le premier défi des Emirats Arabes Unis (EAU) et la demande devrait être gérée soigneusement. » Il ajoute qu’« aucune conséquence du processus de dessalement n'est sans impact mais avant que des évaluations environnementales ne puissent être faites, il doit être mis en évidence qu’il s’agit de la seule alternative que nous avons. »


Une chaîne d'info dédiée à l'eau !

On en rêvait, elle est arrivée : la chaîne de télévision en ligne dédiée à la gestion de l’eau The Water Channel.tv vient d’être lancée.

Cette chaîne propose plus de 190 vidéos et de nouveaux contenus sont mis en ligne tous les jours, certaines fort instructives, à l'exemple de celle ci-dessous, "I want to be a water expert", tournée à l'occasion du Children World Water forum dont nous nous sommes fait l'écho ici. The Water Channel est un partenariat entre le consultant en gestion de l’eau MetaMeta Communication, l’Unesco-IHE, le réseau international pour la gestion des ressources d’eau Cap-Net, le Fonds international pour le développement de l’agriculture (IFAD), l’Union internationale pour la protection de la nature et l’entreprise en communication numérique Nymphea.

Plus d'infos sur http://www.thewaterchannel.tv


lundi 6 juillet 2009

Une chaire "Eau pour Tous" inaugurée à l'institut de France


ParisTech et la Fondation Suez Environnement - Eau pour Tous, abritée à l'Institut de France, ont noué un partenariat long terme sur le thème du développement de l'accès à l'eau et de l'assainissement dans les pays en développement à travers la chaire Eau Pour Tous, portée par AgroParisTech et MINES ParisTech.

Cette chaire d'enseignement et de recherche a pour objectifs de :

- renforcer les compétences des futurs managers du service d'eau et d'assainissement dans les pays en développement, émergents ou en transition,
- lancer des programmes de recherche appliqués à partir des problématiques rencontrées dans ces pays,
- contribuer à la diffusion des connaissances, des savoir-faire et des pratiques opérationnelles de gestion des services urbains d'eau potable et d'assainissement en réseau dans les pays.

Le Mastère Spécialisé "OpT", "Eau Pour Tous" - "International executive master" - créé dans le cadre de la chaire, relève ce défi. D'une durée de 12 mois, dispensé au centre AgroParisTech de Montpellier, il forme les futurs dirigeants à l'élaboration du plan stratégique de leur unité et aux outils de management. Sa première promotion démarrera en septembre 2009 avec le soutien de l'AFD (Agence Française de Développement).

Cette formation a pour ambition de renforcer le partage de connaissances et le transfert de savoir-faire, désignés cette année encore lors du Forum Mondial de l'eau d'Istanbul, comme un axe prioritaire pour les services d'eau et d'assainissement dans les pays émergents et en développement.

Pour améliorer les pratiques opérationnelles des services, la chaire propose un couplage innovant entre une formation à la gestion de ces services et des programmes de recherche-action au plus près des questionnements issus du terrain dans les pays cibles.

Les chercheurs de ParisTech, au sein des laboratoires de recherche, répondent aux problématiques posées par les opérateurs dans ces pays ; ils proposent et transfèrent vers les acteurs opérationnels de nouveaux outils, méthodes ou technologies sur des axes tels que :

  • améliorer la gouvernance et la régulation des services pour mieux servir les usagers,
    - faciliter les conditions de l'accès à l'eau et à l'assainissement pour toutes les populations, jusqu'au plus défavorisées,
    -
    optimiser la qualité des services rendus et leurs performances,
    - proposer des schémas durables de gestion
    économique et patrimoniale et les outils de financement
    adaptés.

Le fondateur du Cirque du Soleil luttera en orbite contre le manque d'eau sur Terre


Le Canadien Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil et de la fondation One Drop, partira pour la Station spatiale internationale (ISS) le 30 septembre, a annoncé jeudi à Moscou Alexeï Krasnov, chef du programme des vols habités de l'Agence fédérale spatiale russe (Roskosmos).

"Nous considérons que la mission sociale de M. Laliberté consiste à sensibiliser la communauté internationale au problème de l'eau potable, cela représente une partie nécessaire des recherches spatiales. Nous le saluons en tant que membre d'équipage et sommes prêts à soutenir sa mission. Le slogan "L'eau pour tous, tous pour l'eau" de la fondation One Drop cherche à attirer l'attention au problème du déficit d'eau potable", a indiqué M.Krasnov.

Guy Laliberté se rendra à l'ISS avec les astronautes professionnels Maksim Souraïev (Russie) et Jeffrey Williams (États-Unis) à bord du Soyouz TMA-16 qui sera lancé par la fusée-porteuse Soyouz-FG le 30 septembre depuis le cosmodrome de Baïkonour.

M.Laliberté passera 12 jours sur orbite. Il sera le premier explorateur spatial privé de l'histoire du Canada et la première personne à exécuter une Mission sociale poétique dans l'espace, indiqué la fondation One Drop sur son site internet.

Guy Laliberté est né à Québec (Canada) en 1959. Accordéoniste, échassier et cracheur de feu, il a fondé le Cirque du Soleil, un cirque sans animaux, en 1984.

L’AFD engagée dans un beau partenariat avec le Cambodge


Le Mensuel de l’Université donne sur son site l’interview de Martha Stein-Sochas, directrice opérationnelle pour l’Asie à l’AFD, et Céline Gilquin, chef de projet à la division Eau et assainissement de l’agence. Elles s’expliquent sur la réussite du développement de l’accès à l’eau à Phnom Penh au Cambodge.

LMU : Quelle est la nature de l’aide apportée par l’AFD pour l’amélioration du réseau de distribution d’eau à Phnom Penh ? Est-elle technique ou essentiellement financière, et quel suivi faites vous de l’amélioration de ce réseau ?

Martha Stein-Sochas : L’AFD a accordé deux prêts, de 11 et 16 millions d’euros, à la régie des eaux de Phnom Penh, des prêts consentis sans la garantie de l’Etat cambodgien.

Le premier prêt, accordé en 2006, est maintenant presque entièrement décaissé, et l’extension du premier centre de traitement qu’il a financé a été inauguré le 27 avril. Il s’agissait de financer l’extension d’une usine de traitement d’eau et la construction d’une deuxième prise d’eau dans le Mékong pour augmenter la capacité de production de la régie des eaux de Phnom Penh.

Nous venons de signer, le 8 mai dernier, le deuxième prêt pour la construction d’une nouvelle usine de traitement, pour une capacité de 130 000 mètres cube par jour, capacité qui sera à terme doublée. Il s’agit d’étendre le réseau de distribution au-delà du centre-ville de Phnom Penh vers la périphérie, composée de populations qui n’ont à ce jour pas accès à l’eau. En effet, si 85% des districts centraux sont à ce jour raccordés, le taux de raccordement de l’ensemble de l’agglomération ne dépasse pas 37%.

LMU : Le coût du raccordement n’est il pas prohibitif pour ces populations ?

Céline Gilquin : Il y a une tarification par tranches, c’est à dire que pour les premiers mètres cube d’eau vendus, le tarif est nettement moins élevé que les mètres cube consommés au-delà d’un certain seuil. C’est un système qui permet de favoriser les populations pauvres, mais qui incite également à l’économie. En moyenne, le tarif est donc de 0,25 dollars par mètre cube, ce qui représente pour un foyer pauvre environ 4% de ses revenus.

Nous souhaitons aussi véhiculer le message suivant : l’eau n’est pas gratuite, elle a un coût, et cela participe d’une démarche de responsabilisation des usagers.

LMU : Au-delà du rôle de bailleur de fonds qu’endosse l’AFD, y a-t-il un suivi ou un rôle de conseil quant à la gestion de ce réseau d’eau ?

Martha Stein-Sochas : Dans le cadre du projet, l’AFD a financé le « dur », c’est-à-dire la construction de l’usine de traitement, mais aussi un consultant français qui assiste la régie des eaux de Phnom Penh dans la construction de ces équipements.

S’ajoutent à cela des clauses spécifiques dans notre convention de financement qui exigent de la régie des eaux une gestion rigoureuse de nos fonds. Il s’agit de faire en sorte que le bilan de la régie soit équilibré et qu’elle maîtrise son endettement.

Cependant, la régie des eaux de Phnom Penh et son directeur Ek Sonn Chan ont toujours été particulièrement responsables à cet égard.

Céline Gilquin : Nous incitons en outre la régie, par l’intermédiaire de prêts à taux très inférieurs à ceux du marché, à investir dans le raccordement des quartiers périphériques où se concentrent les populations que nous ciblons.

LMU : La régie municipale, plutôt que la délégation à une société privée, est-elle donc un système à encourager dans le contexte des pays en développement ?

Martha Stein-Sochas : Nous n’avons pas de livre de recettes à l’AFD. Nous sommes toujours à l’écoute de partenaires, et nous faisons en fonction du contexte local du moment que nous approchons nos objectifs, savoir l’accès du plus grand nombre à la ressource. Et pour cela, nous pouvons en effet, et heureusement, avoir recours à une panoplie de choix.

Céline Gilquin : Au Sénégal par exemple, qui est souvent cité en exemple avec le Cambodge, un affermage a été concédé à une société locale filiale de Bouygues. C’est un système de concession qui marche très bien et que l’on soutient.

LMU : Peut-on imaginer que la régie des eaux de Phnom Penh endosse un rôle de conseil en Asie du Sud-est, c’est-à-dire qu’il y ait une sorte de transfert d’expertise en matière de développement du Nord vers le Sud ?

Céline Gilquin : Je crois en effet qu’il faut mener une réflexion sur la façon de reproduire le modèle, qui est un succès. Cependant, le premier défi reste l’élargissement aux quartiers périphériques. Il est également envisagé de confier la responsabilité du traitement des eaux usées à la régie des eaux de Phnom Penh, ce qui serait une autre évolution.

Au plan national, il y a évidemment des échanges entre la régie de la capitale et les villes secondaires. J’ajouterai aussi qu’Ek Sonn Chan, qui bénéficie d’une reconnaissance croissante dans le monde pour son action, participe lui-même à la propagation de ses idées…

Pour ce qui est de partenariats resserrés en Asie du Sud-est, je crois qu’il est encore un peu tôt. La régie des eaux de Phnom Penh, malgré tout, a encore beaucoup de défis à relever en interne pour ce qui est de l’élargissement de son périmètre d’activité en particulier.

dimanche 5 juillet 2009

Bernard Barraqué sur le droit à l’eau


Voici un papier trouvé sur goodplanet.info, dans lequel Bernard Barraqué, Directeur de recherches au CNRS, parle du droit à l’eau, sujet passionnant à l’origine de nombreuses discussions et contreverses entre les acteurs qui composent la communauté de l’eau.

"Une problématique commune finit par réunir pays développés et pays en développement dans la question du droit à l’eau : certains voudraient que l’accès à l’eau fasse partie des droits de l’homme les plus fondamentaux, et qu’on complète la déclaration des Nations Unies de 1948 dans ce sens. Mais ce dossier avance lentement.

Citons Sylvie Paquerot : « En premier lieu, le droit d'accès à l'eau potable ne figure pas dans les instruments généraux du droit (la DUDH et les Pactes internationaux). Récemment, la Commission des droits de l'homme s'est emparée du thème de l'eau à travers son rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation. Celui-ci a réalisé un rapport en 1998 sur le droit d'accès à l'eau potable et l'assainissement. Par la suite (2001) ce sujet est devenu l'un de ses mandats. Jean Ziegler a également présenté à l'ONU un rapport sur le lien entre privatisation, intervention des multinationales et mise en œuvre du droit d'accès à l'eau.

Tout ceci constitue un travail interne à la Commission des droits de l'homme. Au niveau juridique, par contre, on retrouve des allusions au droit à l'eau dans trois textes :

Eaux municipales

Le droit à une eau potable est reconnu dans de nombreuses conventions internationales (voir fiche). En France, la desserte en eau potable est un service public dont la compétence revient aux municipalités, ces dernières peuvent l’assurer elles-mêmes ou le déléguer à un prestataire. La continuité du service, l’égalité de traitement des usagers, la transparence et l’équilibre financier font partie des exigences de ce service. De plus, des lois successives ont reconnu le droit à l’eau comme un service nécessaire pour les plus démunis, ces textes ont mis en place des mesures d’aide comme la prise en charge d’une part de la facture d’eau.

• Convention sur l'élimination de toute discrimination à l'égard des femmes (79), art.14 ;

• Convention relative aux droits de l'enfant (89), art.24 ;
La référence plus ou moins explicite à un droit d'accès à l'eau dans ces deux textes n'en fait pas, pour les États, un droit universel. Les États considèrent que l'on ne peut partir d'un corpus particulier pour en déduire qu'il est partie du corpus universel.
• Protocole de Genève (Droit humanitaire) qui oblige à une protection du droit d'accès à l'eau en cas de guerre. On peut considérer que ce devrait être le cas, a fortiori, en temps de paix ! »

En pratique : quelles formules d’aide aux plus démunis ?

Si, au niveau international, le droit à l’eau n’est pas reconnu comme un droit de l’homme, certains pays ont été plus loin. En France, par exemple, suite au travail de réflexion conduite par l’Académie de l’Eau, et notamment par l’un de ses membres, Henry Smets , la Commission Consultative des Droits de l’Homme en a adopté le principe. Et la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006 reconnaît explicitement le droit à l’eau pour tous. Cette même organisation a fait adopter une déclaration sur le droit à l’eau au Forum Mondial de l’Eau de Mexico en 2006.

L’Afrique du Sud a été plus loin encore, non seulement en inscrivant ce droit dans la Constitution, mais en le matérialisant dans l’offre d’un volume gratuit d’eau pour chaque abonné (6 m3/mois, soit 200 litres par jour). On rentre là dans la question de la mise en œuvre pratique du droit à l’eau. Dans de nombreux pays en développement ainsi que dans les pays méditerranéens d’Europe, on pratique couramment la tarification par blocs croissants dont le volume initial gratuit est une des formes possibles. L’idée c’est que tout citoyen doit payer l’eau mais que les plus démunis doivent être systématiquement aidés (et non pas seulement ceux qui demandent explicitement de ne pas payer). En Afrique du Sud, du temps de l’apartheid, l’eau potable arrivait gratuitement aux bornes fontaines dans les townships. L’ANC au pouvoir a voulu généraliser la desserte par immeuble mais en demandant une contribution à tous. D’où la compensation par les volumes gratuits. Dans cet exemple comme dans beaucoup d’autres, on a pensé que la tarification par blocs croissants permettait d’atteindre à la fois un objectif d’efficacité économique (encourager un usage optimal de l’eau), et un objectif de justice sociale.

Dans ces conditions, le débat sur la mise en œuvre du droit à l’eau est tout aussi riche que celui sur le droit lui-même et il manque encore beaucoup d’études sociologiques pour pouvoir le trancher. En attendant, certains pensent qu’aider directement les plus démunis à payer leur eau est trop onéreux et qu’il vaut mieux les aider en général. D’autres pensent que si l’on continuait à financer le développement des services publics à partir des impôts locaux ou nationaux, cela aurait un effet redistributif (les riches payant des taxes d’habitation plus élevées), tout en abaissant le prix de l’eau en général. Mais il est assez évident que les mesures les plus appropriées seront différentes entre pays où les raccordements sont achevés et les autres, mais aussi presque au cas par cas, en fonction de la démographie, de la densité de population, des ressources disponibles, etc."

(Texte Bernard Barraqué - Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED) – Nogent sur Marne (CNRS))


Voir ici quelques papiers sur le droit à l’eau

Et les compte rendus du forum mondial de l’eau


L'eau et l'agriculture dans les pays riches


On pense souvent que les pays développés sont riches en eau, et que les agriculteurs s’y préoccupent peu de questions de gestion ou de qualité de l’eau. Si seulement cela pouvait être vrai ! Partout, l’accroissement de cultures et d’élevages exigeants en eau appauvrit les ressources en eau, y compris dans les pays les plus riches.

Aux États-Unis, l’un des plus gros producteurs agricoles du monde, l’irrigation agricole est supérieure au taux de recharge des nappes souterraines depuis plusieurs années dans certaines régions. Par exemple, l’aquifère d’Ogallala, qui irrigue plus de 20 % des terres cultivables, a vu son niveau d’eau diminuer, et est presque tari dans certaines parties du Kansas. Dans la partie septentrionale du Texas, la diminution des ressources en eau menace sérieusement la pérennité de l’économie agricole et rurale.

Les États-Unis sont loin d’être la seule économie développée à affronter ce problème. En France, également l’un des plus gros exportateurs mondiaux de produits agricoles, la part de l’agriculture dans l’utilisation des nappes souterraines est passée de 10 % au milieu des années 80 à 17 % dix ans plus tard. Dans la zone OCDE, la consommation d’eau à usage agricole, soit 45 % de la consommation totale, a progressé plus rapidement sur cette période que pour les autres utilisations. Ceci reflète l’expansion de 6 % des surfaces irriguées, notamment pour les céréales, les récoltes horticoles comme la vigne et de meilleurs pâturages.

Les projections à 10 ans montrent que la demande d’eau émanant des irrigants va encore progresser, notamment dans des pays où l’essentiel de la production agricole provient déjà des cultures irriguées, comme l’Australie, le Mexique, l’Espagne et les États-Unis. Cela entraînera également une intensification de la concurrence avec les autres usagers. De plus, la multiplication et la gravité croissante des sécheresses ces dix dernières années, peut-être liées au changement climatique, touchent gravement l’agriculture irriguée dans de nombreuses zones arides et semi-arides.

La part de l’agriculture dans l’utilisation totale des eaux souterraines dépasse 30 % dans certains pays de l’OCDE, et l’eau alimentant le secteur est de plus en plus prélevée sur les aquifères souterrains. Dans certaines régions, la consommation des irrigants est très largement supérieure aux taux de recharge des nappes souterraines, ce qui menace la viabilité économique de l’agriculture dans les zones concernées.

Le dilemme est que l’agriculture peut aussi bien être une aubaine qu’un fléau pour l’environnement. La surexploitation des ressources en eau a dégradé certains écosystèmes aquatiques, nuisant ainsi aux activités de pêche de loisir ou commerciale. Mais il existe cependant des systèmes de production agricole bénéfiques pour les bassins hydrographiques car ils fournissent des habitats favorables à la faune aquatique, reconstituent les réserves et contribuent à lutter contre les inondations.

Bien que les exploitations agricoles puissent protéger l’environnement, c’est trop souvent le contraire qui se produit. Dans certains pays, la faible utilisation de techniques d’irrigation performantes, comme le goutte à goutte, et la médiocrité de l’entretien des infrastructures mènent à un manque d’efficacité dans l’utilisation de l’eau, d’où des pertes et un plus grand volume d’eau par hectare irrigué. Il est néanmoins encourageant de voir que dans d’autres pays, comme l’Australie, ces volumes ont chuté grâce à l’amélioration des pratiques de gestion de l’eau. En bref, avec les techniques appropriées et des incitations à adopter les bonnes technologies, les pressions sur les ressources souterraines en eau peuvent diminuer.

Mais l’utilisation n’est qu’une partie du problème. L’agriculture est aussi une source principale de pollution des eaux souterraines dans de nombreux pays. Plus d’un cinquième des sites de contrôle des nappes souterraines dans les zones agricoles du Danemark, des Pays-Bas et des États-Unis indiquent des taux de nitrate trop élevés pour l’eau potable. Ceci est particulièrement problématique lorsque ces nappes fournissent la majeure partie des approvisionnements destinés à la consommation humaine et animale. De plus, la situation va probablement se détériorer car, à cause de propriétés physiques particulières, les phosphates utilisés il y a quelques années mettront encore de nombreuses années à filtrer jusqu’aux nappes souterraines.

L’impact de l’agriculture sur la qualité de l’eau s’est légèrement amélioré au cours des dix dernières années grâce à la réduction du ruissellement des déchets d’élevage, des engrais et des pesticides, en réponse aux politiques et préoccupations publiques. Pourtant, les niveaux absolus de pollution d’origine agricole restent élevés dans de nombreuses régions. Les sources d’azote et de phosphore responsables de la pollution des eaux ont relativement augmenté, alors que les sources de pollution industrielles et urbaines ont diminué.

Il reste à savoir comment aborder ces problèmes. Les coûts des polluants agricoles, comme les fertilisants et pesticides rejetés dans les cours d’eau, sont élevés. Selon l’Agence britannique de l’environnement, la pollution agricole de l’eau coûte environ 345 millions d’euros par an, et affecte l’eau potable et les écosystèmes aquatiques. Cela représente environ 40 % des coûts totaux de pollution de l’eau en Grande-Bretagne.

Dans de nombreux pays, les coûts pour ramener la qualité de l’eau dans les zones agricoles aux seuils fixés seraient bien plus élevés pour les usages environnementaux et récréatifs que pour l’eau potable. Ceci est dû à l’eutrophisation générale des cours d’eau et des lacs dans les régions impliquées, ainsi qu’aux dommages causés par les pesticides aux organismes aquatiques. La pollution des estuaires et des côtes par les fertilisants agricoles devient elle aussi problématique car elle provoque des proliférations d’algues préjudiciables à la faune marine.

Des réglementations peuvent limiter la pollution des eaux, mais elles ne suffisent pas. Les politiques de subvention à la production faussent les incitations offertes aux agriculteurs, et aggravent la surconsommation d’eau et sa pollution dans de nombreux pays riches. Même si l’eau destinée à l’agriculture est d’une moindre qualité, les agriculteurs bénéficient souvent de tarifs très faibles pour leur approvisionnement et leur consommation en eau, par rapport aux ménages et aux entreprises. Aux États-Unis par exemple, les agriculteurs paient en moyenne environ 0,05 USD/m3, contre 0,50 USD/m3 pour les entreprises. En France, ces chiffres respectifs sont de 0,08 USD/m3 et 0,95 USD/m3. En Espagne, les prix sont de 0,05 USD/m3 pour les agriculteurs et 1,08 USD/m3 pour les entreprises. Les agriculteurs n’ont donc que peu, voire pas d’incitation du tout à mieux gérer leur utilisation d’eau.

Mais si les incitations existaient, il reste à savoir qui paierait. Les droits de propriété sur l’eau sont souvent mal définis – un puits sur les terres d’un agriculteur peut par exemple appartenir au village. Dans ce cas, le principe du pollueur-payeur est difficile à appliquer.

En bref, dans les pays riches, l’impact de l’agriculture sur les ressources en eau n’est pas viable. L’une des nouvelles priorités de l’action publique consiste donc à favoriser une gestion de l’eau plus durable à travers de meilleures réglementations et des instruments comme un commerce de l’eau basé sur le marché. Il est généralement admis qu’il faut améliorer la structure des prix, qui devrait refléter les coûts et avantages de l’eau à usage agricole. Il est également nécessaire que tous les pays renforcent le suivi et l’évaluation des initiatives de réforme, afin de s’assurer que celles-ci vont dans le bon sens.

Les pays en développement sont confrontés aux mêmes problèmes, bien que les pays arides connaissent le problème de l’approvisionnement minimum en eau pour les cultures et pour les élevages, afin de nourrir des populations croissantes (et de plus en plus riches). De manière générale, la réforme des politiques de l’eau est plus ou moins avancée selon les pays.

Les pays développés commencent enfin à prendre conscience que l’eau, loin d’être abondante, est au contraire une ressource fragile, et qu’ils doivent donc mettre en place les bons signaux, aussi bien en ce qui concerne le marché que les choix publics. Ils commencent à s’atteler à la tâche, mais le chemin qui reste à parcourir est encore bien long pour de nombreux pays.


source : OCDE, 2009, Indicateurs environnementaux pour l’agriculture.




samedi 4 juillet 2009

La Turquie accepte d’augmenter le débit de l’Euphrate


Par le correspondant de RFI à Istanbul, Jérôme Bastion

Le débit des eaux de l’Euphrate va doubler. C’est une bonne nouvelle pour les Irakiens en cette période estivale. La décision a été prise par la Turquie, le pays où le fleuve prend sa source. L’agriculture en Irak commençait par souffrir du manque d’eau et dans certaines régions le problème de la sécheresse se pose réellement.

Ce n’est un secret pour personne, l’Irak manque dramatiquement d’eau. Ce pays dépend essentiellement, pour son agriculture, du débit des fleuves Tigre et surtout Euphrate. Mais manque de chance, la Turquie poursuit, sur ses deux grands cours d’eau, un programme de vingt-et-un barrages qui permettent d’irriguer et de développer le sud-est du pays, lui aussi très aride.

De fait, la Turquie délivre quatre fois moins d’eau à ses voisins en aval, Syrie et Irak, qu’il y a dix ans, ce qui forcément pose problème. Le réchauffement climatique et la diminution des précipitations, qui sont une réalité concrète en Turquie aussi - l’an dernier la production agricole était en baisse de 20% faute de pluie- oblige Ankara à prélever plus d’eau de ses fleuves, ce qui prive les utilisateurs en aval.

Cela fait quelques mois que Bagdad a tiré la sonnette d’alarme parlant de « catastrophe » pour son agriculture. Cet appel a, semble-t-il, été entendu. La Turquie vient de faire un geste et devrait encore accroître le débit du fleuve jusqu’à 715 m3 par seconde les prochains mois alors qu’il n’était que 130 m3 par seconde le mois dernier.

Eviter la guerre de l’eau

Le geste de la Turquie, est le signe que ces pays voisins peuvent s’entendre sur ce genre de problème sensible, même sans conclusion préalable d’un accord international. C’est en tout cas l’illustration du renforcement des relations entre la Turquie et ses voisins.

Rappelons que les Turcs ont utilisé durant des décennies l’arme de l’eau contre les Syriens qui abritaient la rébellion kurde sur leur territoire. Grâce aux meilleures relations aujourd’hui, des arrangements sont trouvés, mais ils sont purement conjoncturels, faute de se conformer à un système de partage proposé par les Nations Unies. D’ailleurs, très peu de pays sur la planète l’ont ratifié. Pour ce cas précis, les trois pays, la Turquie, la Syrie et l’Irak s’en tiennent à des arrangements à court terme ainsi.

Lors du forum de l’eau d’Istanbul en mars dernier, l’Irak avait tenté en vain de conclure un accord tripartite avec ses voisins turcs et syriens. Damas mettait en avant son programme de grand barrage sur l’Euphrate qui affectera à terme un peu plus le débit de ce fleuve en Irak. Il est bien connu que les derniers arrivés sont les moins bien servis.En l’occurrence, l’Irak, en bout de chaîne, est mal loti.

Toutefois, malgré quelques incidents de parcours, le programme hydraulique turc continue. Officiellement ! Mais il est vrai qu’il y a des retards et même parfois des petits blocages. Des retards dus à des raisons économiques essentiellement parce que la Turquie finance seule ce vaste ensemble hydraulique et hydroélectrique en raison de son caractère parfois polémique. Il y aussi d’autres blocages comme cette opposition récente au projet. Début juillet, les bailleurs de fonds que sont la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, devraient annoncer qu’ils ne garantiraient pas les crédits pour la construction d’un barrage sur le Tigre à Hasankeyf dans le sud-est, parce qu’il engloutirait un patrimoine archéologique et culturel, jugé important.

Mais en dehors de ces incidents de parcours, le programme de vingt-et-un barrage sur les deux fleuves se poursuit envers et contre tout et malgré l’Irak.

Grameen et Veolia Water coopèrent pour développer l'accès à l'eau potable au Bengladesh


« De la charité au microcrédit » : Muhammad Yunus est l’inventeur d’une voie nouvelle pour le financement d’activités nouvelles, notamment mais pas uniquement dans les pays en développement. Une des applications de son idée phare dans le secteur de l’eau vient de démarrer opérationnellement il y a quelques jours... Détenue à parité par Grameen Healthcare, et Veolia Water AMI, filiale de Veolia Eau, Grameen-Veolia Water Ltd a inauguré le 24 juin à Goalmari sa première usine d'eau potable destinée aux populations des villages du Bangladesh. Cette usine va permettre d'alimenter à terme 40.000 habitants en eau potable, a indiqué Veolia dans un communiqué, selon Enviro2B.


Dans cette région du monde, ce ne sont pas les quantités d’eau disponibles qui font défaut mais la qualité de celle-ci. En effet, la quasi-totalité des nappes phréatiques est contaminée à l’arsenic, dans des proportions souvent dangereuses pour la santé


Dans le cadre de ce projet pilote, qui repose sur le principe économique du ''social business'', l'eau potable sera vendue aux habitants 0,2 centimes d'euro le litre, soit 100 fois moins que l'eau en bouteille disponible localement. L'intégralité des bénéfices étant réinjecté pour permettre le développement, au Bangladesh, d'autres projets liés au domaine de l'eau.



L’alliance du « social business » théorisé par le Professeur Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006, et de l’expertise de Veolia Eau, qui assure déjà l’accès à l’eau potable à près de 6,5 millions de personnes en Afrique et en Inde, vont permettre à Grameen-Veolia Water Ltd d’apporter de l’eau potable à plus de 100 000 habitants pour un investissement total évalué à 500 000 €. Ce programme contribuera à l’intégration des populations dans l’économie réelle en apportant une solution immédiatement opérationnelle et efficace en réponse à un besoin fondamental, dans la perspective des Objectifs du Millénaire.

« J’ai été particulièrement enthousiasmé et convaincu par le modèle du social business développé par le Professeur Muhammad Yunus. Je suis persuadé que c’est précisément ce dont nous avons besoin pour mettre en oeuvre des solutions efficaces permettant de fournir de l’eau potable aux communautés les plus démunies », a déclaré Antoine Frérot, Directeur général de Veolia Eau.

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