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dimanche 9 novembre 2008

Le recyclage des eaux de pluie sous haute surveillance

Dans un communiqué du 14 octobre, la Direction Général de la Santé (DGS) a rappelé « les précautions sanitaires qui doivent nécessairement entourer la récupération des eaux de pluies pour des usages domestiques à l'intérieur de l'habitat. » Nous en avons déjà parlé dans notre blog ici, car l’enjeu de santé publique nous semble également être important.
La DGS met en garde particuliers et professionnels sur le fait que ces installations doivent être réalisées dans les règles de l'art.De plus, elle rappelle qu'en aucun cas l'eau de pluie ne doit être bue. Sa contamination microbiologique et chimique dépasse en effet les limites autorisées pour l'eau potable et son absorption pourrait avoir des effets indésirables sur la santé. Sur chaque robinet relié au récupérateur d'eau de pluie doit donc impérativement être clairement indiqué que l'eau n'est pas potable. Par ailleurs, la DGS précise qu'en cas d'utilisation à l'intérieur des bâtiments, le réseau d'eau de pluie doit être parfaitement séparé de celui d'eau potable. Si l'eau de pluie venait à se mélanger à l'eau potable, non seulement le risque serait grand que quelqu'un boive de l'eau de pluie (à partir du robinet de la cuisine ou de celui de la salle de bains, notamment), mais surtout, il suffirait d'une chute de pression sur le réseau public pour que toutes les maisons du quartier soient contaminées. »
La DGS encourage la « création d'un réseau spécifique de canalisations en étant très attentif à la séparation de ces réseaux » et précise qu’il existe un double risque. Le « risque qu'une personne puisse boire l'eau de pluie et, plus grave, que le réseau public d'eau potable soit contaminé par l'eau de pluie à l'occasion d'une chute de pression. »

mercredi 15 octobre 2008

Un plan pour les ressources d'eau du Yémen

Selon Hussein al-Junaid, adjoint au ministre de l'Eau et de l'Environnement, un plan vient d'être élaboré afin de renforcer les ressources en eau du pays et de rendre l'eau potable et l'eau d'irrigation plus accessibles. Ce plan a été conçu pour garantir une gestion efficace des ressources en eau et permettre la récupération des eaux de pluie grâce à la construction d'arrêts-barrages à eau, de petits barrages, de réservoirs en béton dans les vallées et de systèmes de récupération de l'eau à l'intérieur ou au-dessus des maisons.

Le plan ciblerait en premier lieu la ville de Sanaa et l'objectif est la récupération d'ici 2012 de 70% des eaux de pluie à Sanaa afin d'approvisionner le bassin et d'alimenter la ville en eau potable et en eau d'irrigation.

dimanche 28 septembre 2008

La question de la rentabilité de la récupération de l’eau de pluie


Le coût de la récupération des eaux de pluie est variable, en fonction du taux de pluviométrie de la région d’installation, du climat, de l’exposition de la maison, du type de toit, etc. Il est d’environ 1.500 euros pour un dispositif minimal. Pour un dispositif complet, posé par un pro, il faut compter entre 6.000 et 9.000 euros.

Compte tenu du prix modéré de l’eau en France, il n’est pas toujours certain que l’on s’y retrouve. Patrick Philipon, dans son petit livre pédagogique La crise de l’eau ? (Perrin) propose le calcul du tableau ci-dessous :


D’après Joël Graindorge, ingénieur diplômé de l'Institut agronomique Paris-Grignon et spécialiste des problématiques de l’eau sur le site internet de l’administration territoriale, « dans toutes ces conditions, il n'est pas certain que l'usager y retrouve une rentabilité. En effet, l'OIEau a fait une étude économique à ce sujet. Sachant que l'ensemble des usages dans une habitation est d'environ 150 litres par jour et par habitant, les usages autorisés correspondraient à 40 à 70 litres/j/habitant. En prenant en compte la pluviométrie, en optimisant le dimensionnement, en estimant les coûts d'exploitation à 100 €/an, le retour sur investissement serait de 50 à 80 ans selon les volumes ! Si les usages ne sont pas étendus (lave-linge par exemple), il apparaît donc que le plus souvent, l'économie du projet ne soit pas avérée. »

En comparaison, selon les agences de l’eau, le prix moyen de l’eau en France s’élève aux alentours de 2 euros par mètre cube, variable suivant les lieux (type de captage, degré de pollution des eaux captées, taux de fuite, etc.).

Pour ceux qui surveillent leur pouvoir d’achat, il y aurait, toujours selon Patrick Philipon, d’autres moyens plus efficaces : chasse d’eau deux temps, vigilance contre le gaspillage et les fuites, réducteur de pression, etc.

Afin d’inciter les particuliers à installer des dispositifs de récupération d’eau de pluie, le gouvernement a mis en place une réduction d’impôts en mai 2007 pour l'achat d'un système de récupération d’eau de pluie pour usages extérieurs :

  • Une TVA à 5,5% sur les équipements (si l'habitation a plus de deux ans) ;

  • Une crédit d'impôts égal à 25% des dépenses en équipements (dans la limite de 8000€ pour une personne seule, 16000€ pour un couple).

Encore faut-il payer suffisament d'impôts...

Certaines collectivités locales encouragent aussi l'installation de système de récupération des eaux de pluie. La Lorraine subventionne ces installations jusqu'à 750€. A Lille, on attribue une prime à l'installation d'équipements de récupération d'eau pluviale de 100 € par m3 d'installation.


samedi 27 septembre 2008

La récupération des eaux de pluie : attention à bien respecter les enjeux sanitaires !


L’arrêté ministériel du 21 Aout 2008, apporte des précisions sur l’usage interne de la récupération des eaux de pluies. Cet arrêté « relatif à la récupération des eaux de pluie et à leur usage à l'intérieur et à l'extérieur des bâtiments », attendu depuis plusieurs mois, vient d'être publié au JO du 29 août 2008. Il fixe un cadre assez strict pour les installations et limite les usages autorisés.

Si la récupération des eaux de pluie est une mesure utile parmi d’autres dans le cadre d’une stratégie d’optimisation de la ressource, il convient de mettre en place les dispositifs de façon prudente, compte tenu de risques potentiels pour la santé publique.


L’arrêté est l’un des textes d’application de la loi sur l’eau du 30 décembre 2006. Un autre texte va suivre : l’arrêté relatif au crédit d’impôt. Le texte définit « les conditions d’usage de l’eau de pluie récupérée en aval de toitures inaccessibles, dans les bâtiments et leurs dépendances, ainsi que les conditions d’utilisation, d’entretien et de surveillance des équipements nécessaires à leur récupération et utilisation. » Par toitures inaccessibles, il faut entendre les couvertures ne recevant aucun public.

Des règles relatives à l’utilisation des eaux de pluie

Le texte autorise la collecte des eaux de pluie, mais en limite l’usage. L’eau de pluie collectée à l’aval de toitures inaccessibles peut être utilisée pour des usages domestiques extérieurs au bâtiment : arrosage, fontaines, etc. L’arrosage des espaces verts accessibles au public ne pourra l’être qu’en dehors des périodes de fréquentation du public.

En ce qui concerne les usages domestiques intérieurs, les limites sont importantes : d’une part les toitures ne doivent pas être en amiante-ciment ou en plomb ; d’autre part, l’eau collectée ne peut être utilisée que pour les sanitaires et le lavage des sols. Pas question de la boire ou de s’en servir pour se laver !

Autre autorisation : ceux qui souhaiteraient laver leur linge avec de l’eau de pluie doivent le déclarer auprès du ministère en charge de la santé, et doivent mettre en œuvre des dispositifs de traitement de l’eau adaptés, à titre expérimental.

Certains établissements n’ont pas le droit de mettre en place ce genre de dispositif : les établissements de santé et établissements, sociaux et médicaux (sociaux, hébergement de personnes âgées), les cabinets médicaux, cabinets dentaires, laboratoires d’analyses de biologie médicale et des établissements de transfusion sanguine ou les crèches, écoles maternelles et élémentaires.

Enfin, les usages professionnels et industriels de l’eau de pluie sont autorisés à l’exception de ceux qui requièrent l’emploi d’eau destinée à la consommation humaine telle que définie au Code de la santé publique.

Des règles relatives à la mise en place des dispositifs de récupération

L’arrêté précise un certain nombre d’obligations relatives aux dispositifs à mettre en place pour récupérer et conserver l’eau, ainsi que pour la mettre à disposition des individus. Les prescriptions générales, quelle que soit l'utilisation, sont détaillées dans l'article 2 : stockage à la pression atmosphérique, matériaux inertes à l'eau de pluie, grille antimoustique de mailles de 1 millimètre au maximum, disconnexion avec le réseau public d'eau potable par surverse totale avec garde d'air, trop plein calibré avec clapet anti-retour si raccordement avec les égouts, affichage « eau non potable ».

Tout d’abord, il est interdit de raccorder le réseau d’eau de pluie avec le réseau de distribution d’eau destinée à la consommation humain. Les points de soutirage d’eau de pluie doivent présenter une plaque de signalisation qui comporte la mention "eau non potable" et un pictogramme explicite. Bien évidemment, des dispositifs de filtration doivent être mis en place pour l’usage domestique à l’intérieur. Il faut aussi installer des mécanismes pour éviter les élévations de température (développement des bactéries) et afficher clairement sur les canalisations que l’eau n’est pas potable (pour éviter les branchements erronés sur le réseau public).

Pour éviter que les gens confondent différents types d’eau, il est interdit de mettre à disposition dans la même pièce (sauf les caves, les sous-sols ou les pièces annexes à l’habitation).

Pour éviter les problèmes en cas de fortes précipitations, un système de trop plein doit permettre d’évacuer l’eau en surplus. On doit vérifier tous les 6 mois la propreté, la signalisation et la déconnexion du réseau d’eau de pluie. De plus, il faut nettoyer les filtres et les cuves de stockages tous les ans.

Un carnet sanitaire doit être tenu à jour, avec le plan des installations, une fiche de mise en service, le listing des opérations d'entretien réalisées et le relevé mensuel du « système d'évaluation des volumes d'eau de pluie utilisés à l'intérieur des bâtiments raccordés au réseau de collecte des eaux usées ».

L'arrêté rappelle également l'obligation de déclaration d'usage en mairie prévue par l'article R.2224-19-4 du CGCT avec l'identification du bâtiment et l'évaluation des volumes utilisés à l'intérieur des bâtiments.

Alors, pourquoi toutes ces contraintes ?

Si l'on peut se féliciter de ce qu'un cadre légal permette désormais d'encadrer des pratiques de recyclage qui avaient déjà cours, il faut maintenant s'assurer que sa mise en œuvre préservera les consommateurs de toute confusion et de tout risque sanitaire.

La récupération de l’eau de pluie est évidemment sympathique. Elle semble participer de ces petits gestes que nous souhaitons tous faire, afin d’améliorer la situation de l’environnement. Elle comporte aussi d’autres avantages : l’eau n’est pas calcaire et l’on peut se constituer des réserves en cas de sécheresse.

Cependant, contrairement aux idées reçues et aux imaginaires bien ancrés, l’eau de pluie n’est ni pure ni potable, même si elle est en théorie très proche de l’eau douce.

En effet, l’eau de pluie, avant de tomber dans nos toits et rues, subit la contamination des gaz, particules, aérosols provenant de l’activité humaine. Elle contient donc outre de la poussière, des ions inorganiques en provenance de la mer (Calcium, Magnésium, Sodium, Potassium, Chlore, SO4, cuivre, zinc, plomb). On y retrouve évidemment toutes les particules et pollutions urbaines issues des industries et des gaz d’échappement des voitures (Dioxyde de carbone, NOx, SOx).

On y trouve aussi des pesticides, parfois en grandes concentrations. Le Dr René Seux, Professeur à l'école nationale de santé publique, explique comment ils peuvent se retrouver dans l’atmosphère : « « Les départs » ont lieu lors de l'application (dérive) puis dans les jours qui suivent l'épandage (transfert sol/air). Les pesticides se trouvent alors sous forme gazeuse ou particulaire, susceptibles d'être entraînés dans l'eau de pluie. » Le docteur cite des résultats pour 1996 et 2000 sur la Bretagne : « les concentrations pour l'atrazine et l'alachlore, qui sont les deux principaux pesticides du maïs, peuvent atteindre 10, 20, voire plus de 200 fois les normes tolérées pour l'eau potable ! »

Il faut aussi savoir que la pollution par pesticides se déplace : « A Paris, les concentrations sont égales à celles constatées à 100 km de la capitale ». Et puis qu’elle dure.

Il faut aussi penser aux pluies acides.

Mais il y a un autre risque, dû aux souillures du toit, par des mousses, des déjections animales, mais aussi au stockage dans des citernes.

Au final, selon un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France, rendu public en septembre 2006, l’eau de pluie doit être utilisée avec précaution.

Il peut être dangereux de la boire, comme chacun sait. Le problème, c’est que l’expérience d’autres pays montre que des bricoleurs finissent toujours par installer une arrivée d’eau polluée sur le réseau. D’autre part, si l’arrêté paraît aussi pointilleux, c’est que des insuffisances d’entretien posent parfois des problèmes de mélange entre les réseaux, l’eau pluviale non traitée contaminant l’eau traitée.

Il va donc être nécessaire, outre les recommandations techniques concernant les dispositifs eux-mêmes, de développer la formation et la qualification des professionnels et d’encadrer le contrôle et le suivi de ces installations, en instaurant des systèmes de déclaration et de surveillance par des organismes tiers. En outre un certain nombre de bâtiments n’obtiendront pas l’autorisation d’utiliser de l’eau non potable, qu’il s’agisse des industries agro-alimentaires, des établissements de santé ou des crèches.


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