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mardi 7 décembre 2010

Nouveau procédé pour une usine de dessalement en Tunisie

La nouvelle usine de dessalement de Djederia, qui doit approvisionner le dispensaire de ce petit village, va fonctionner selon une technique jamais vue encore, élaborée par le professeur Joachim Koschikiwdki. Il s’agit d’utiliser l’énergie solaire pour filtrer l’eau de mer à travers une membrane de distillation en décomposant la molécule d’eau.
Ce projet de 7 millions d’euros, appelé Mediras (Membrane Distillation In Reote Areas) qui permettra de fournir plus de 200 litres d’eau par jour a mis en lien de très nombreux acteurs financiers et universitaires.
C’est ainsi que se côtoient côté finances : l’important soutien logistique du Ministère de la Santé Publique, l’aide financière de la communauté européenne, le Rotary Club Les Berges du Lac, ainsi que des sociétés tunisiennes : Sines et Solar23, spécialisées dans l’énergie solaire. De plus, pour réussir une telle prouesse technologique, de nombreux chercheurs et universités ont mis leurs compétences en commun : l’université de Palerme, l’institut technologique des Canaries, l’université de Calabre, sans oublier des chercheurs industriels allemands.
L’innovation de ce procédé donne l’occasion d’organiser des journées d’études autour des énergies renouvelables en compagnie des plus grands chercheurs de la planète.
Les énergies renouvelables ont déjà été utilisées pour dessaler l’eau de mer, notamment l’énergie éolienne.

Source : Tunisiait

mercredi 24 novembre 2010

Tunisie : Mobilisation de 95% des ressources hydriques disponibles à l’horizon 2014

Les pas franchis quant à la mise en oeuvre des composantes du 12e Plan de développement (2010-2014) en matière de mobilisation des ressources hydriques, d’économie de l'eau potable et d'irrigation, ainsi que d’élaboration de l'étude technique ordonnée par le Chef de l'Etat pour assurer les équilibres du pays en eaux en 2050, ont été passés sous la loupe, lundi 18 octobre à Tunis, lors d’une entrevue tuniso-européenne.

En présence d'experts représentant la Banque mondiale (BM), la Banque africaine de développement (BAD) et l'Agence française de développement (AFD), la rencontre a regroupé M. Abdessalem Mansour, ministre de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche et une délégation européenne conduite par l'Ambassadeur de l'Union européenne (UE) à Tunis.

Passant en revue les réalisations et les ambitions de la politique tunisienne, en matière de l’eau, au cours des deux dernières décennies, le ministre a mis en lumière les efforts déployés en Tunisie sur la voie de la préservation des ressources naturelles et la mobilisation des ressources hydriques.

Une mobilisation qui devrait toucher, à l’horizon 2014, les 95% des ressources hydriques disponibles.

Force est de savoir dans ce sens que la prochaine étape sera marquée par le déclenchement d’un plan de transfert des eaux du nord vers le centre du pays. Un plan qui fait partie intégrante des composantes à court terme de l’étude sur la sécurité hydrique à l'horizon 2050.

Laquelle porte également sur l’amélioration de la qualité de l'eau potable du sud à travers la réalisation de stations de dessalement de l'eau de mer à Djerba, Gabès et Sfax d'une capacité de dessalement journalière de 50 000 m3 chacune.

En effet, l’expérience tunisienne en matière de gestion et de valorisation des ressources hydriques, ne cesse de jouir – comme l’a confirmé l’Ambassadeur de l'Union Européenne – d’une attention privilégiée des pays européens, qui reconnaissent l’avant-garde de cette expérience notamment dans le domaine agricole, à la lumière de l’intensification de l'utilisation de l'irrigation goutte à goutte dans les périmètres irrigués du pays.

source : Info-Tunisie

mercredi 30 juin 2010

Gestion de l'eau en Tunisie


La Tunisie reçoit en moyenne un volume d’eau de 36 Milliards de m3 de précipitations annuelles alors que le potentiel en eau est de 4,570 Milliards de m3 : 2,700 Milliards de m3/an représentent les eaux de ruissellement et 1,870 Milliards de m3/an vont alimenter tous les ans les nappes qui constituent les ressources renouvelables en eaux souterraines. La confrontation entre les ressources et les besoins, qui croissent d’une année à l’autre, fait apparaître un déficit. Pour combler ce déficit, une stratégie s'articulant sur la recherche de ressources non conventionnelles et l'économie de l'eau a été adoptée. Cette stratégie comporte essentiellement la réutilisation des eaux usées et traitées, la réutilisation des eaux de drainage, le développement des techniques d'économie d'eau (eau potable et irrigation) et le transfert de l'eau.

La Tunisie demeure un pays aride à semi-aride sur les ¾ de son territoire. Elle se caractérise par la rareté de ses ressources en eau et par une variabilité accentuée du climat dans l’espace et dans le temps. L’eau est un facteur essentiel pour le développement du secteur agricole, industriel et touristique et vital pour l’alimentation en eau potable. Le maintien de la croissance économique reste tributaire du facteur eau qui est cependant un facteur limitant et limité.

Le régime des pluies en Tunisie est le régime méditerranéen, mais il est loin de présenter un caractère uniforme. La Tunisie comme toute l’Afrique du nord est placée sur une zone de discontinuité climatologique sur laquelle des faibles causes peuvent produire des effets excentriques très importants par rapport aux normes (exemples des pluies de Septembre-Octobre de 1969, de Mars 1973 et de Janvier 1990). La Tunisie reçoit en moyenne un volume d’eau de 36 Milliards de m3 de précipitations annuelles (avec une moyenne de 230 mm/an). A cette mauvaise répartition spatiale de la pluviométrie vient s’ajouter une répartition temporelle très irrégulière .

Le potentiel des ressources en eau en Tunisie a subi une évolution considérable depuis les années 70 Les ressources en eau mobilisable sont passées de 2,6 Milliards de m3 en 1990 (soit 57% des ressources) à 3,6 Milliards de m3 en 1999 (soit 79% des ressources), 3,85 Milliards de m3 en 2001 (soit 84% des ressources) et 4,1 Milliards de m3 en 2004 (soit 90% des ressources). Plusieurs nouvelles infrastructures hydrauliques ont vu le jour au cours de la dernière décennie : 11 grands barrages, 50 barrages ou lacs collinaires… autant d'infrastructures devant couvrir des besoins croissants.

Pour un climat méditerranéen (type pays du nord de la Méditerranée), les besoins par habitant se répartissent comme suit :
• besoins domestiques : 30 m3/an
• besoins industriels : 20 m3/an
• besoins agricoles : 400 m3/an
Total 450 m3/an

Actuellement la population de la Tunisie est de 10 Millions d'habitants. Deux scénarii quant à l’évolution des besoins en eau par habitant sont envisageables :

a) Scénario 1 : Un niveau de vie d'un européen actuel (besoin de 510 m3/an/habitant pour une agriculture de pays tempéré)
Besoin de 10 Millions d'habitants*510m3/an/habitant : 5,1 Milliards de m3
Ressources : 4,570 Milliards de m3
Déficit : 0,53 Milliards de m3

b) Scénario 2 : Un niveau de vie d'un européen actuel (besoin de 1200 m3/an/habitant pour une agriculture intensive et en tenant compte de l'aridité)
Besoin de 10 Millions d'habitants*510m3/an/habitant : 12 Milliards de m3
Ressources : 4,570 Milliards de m3
Déficit : 7,43 Milliards de m3

En ce qui concerne la Tunisie, la réalité se situe dans un scénario intermédiaire. Donc, d'un déficit qui peut être important. C'est pour cette raison qu' a été adoptée une stratégie qui s'articulera sur la recherche de ressources non conventionnelles et l'économie de l'eau.

Le développement de l'urbanisation, du tourisme et de l'industrie ont poussé les autorités tunisiennes à entreprendre les mesures adéquates afin de protéger les sites de rejet des eaux usées d'une pollution certaine à plus ou moins longue échéance. La création des stations d'épuration autour des principales concentrations urbaines et touristiques est devenue impérative comme mesure de prévention et de réduction du risque. Avec la réalisation des stations d'épuration dans les diverses régions du pays, le volume des eaux épurées rejetées devient de plus en plus important. Ces eaux constituent actuellement des ressources non négligeables pour la création des périmètres irrigués. Les rejets des eaux usées des stations d'épuration dépassent 170 Millions de m3/an en 2006. Cette eau de "seconde main" est toujours disponible indépendamment des saisons. Le recyclage de ces importantes quantités d'eau en agriculture (culture fourragère et certaines cultures fruitières) est une solution judicieuse. La réutilisation de ces eaux traitées débouchera sur deux profits capitaux pour l'agriculture (en tenant profit des éléments fertilisants que l'eau usée peut apporter à la plante) et pour l'environnement (en éliminant une eau traitée présumée encore dangereuse pour certains milieux récepteurs).

Les eaux de drainage constituent une ressource non négligeable. Les superficies irriguées sont estimées à 345000 ha qui représentent 7% de la superficie agricole utile, tout en mobilisant presque 1500 Millions de m3/an d'eau d'irrigation. Approximativement, nous pourrons récupérer de ces eaux d'irrigation 150 Millions de m3/an qui pourront être surveillés (sur le plan qualité) et réutilisés.

L'économie de l'eau demeure une composante principale de la gestion des ressources en eau. L'ensemble des pertes entre la production de la ressource et son utilisation est estimé à 25% en 1998. Si on ajoute les différents gaspillages afférents à une mauvaise ou sous-utilisation de la ressource, on peut estimer à 35% du volume global de la ressource, les quantités d'eau qui sont actuellement perdues. Plusieurs tentatives d'économie d'eau ont été utilisées en Tunisie.

Pour le secteur agricole :
• la modernisation des conduites d'adduction et des réseaux d'irrigation,
• l'amélioration de la gestion de l'eau à la parcelle: techniques d'irrigation, par exemple l'utilisation de l'irrigation au goutte à goutte; actuellement l'Etat finance entre 40 à 60 % du prix du matériel utilisé pour l'irrigation dans le but d'une économie de l'eau,
• l'introduction des techniques nouvelles de contrôle de l'irrigation (irrigation déclenchée par mesure automatique du stock d'eau dans le sol, ferti-irrigation permettant de valoriser au mieux les intrants, contrôle de fertilisants dans le sol,…),
• l'encouragement des associations d'agriculteurs ayant pour tâche le partage et la gestion de l'eau.

Pour l'eau potable :
• la modernisation des conduites d'adduction et des réseaux de distribution d'eau ainsi que l'instauration des systèmes de détection et de contrôle de fuites. Par rapport aux volumes d'eau distribués, le pourcentage des volumes d'eau perdus est passé de 30% en 1990 à 17% en 2008, malgré l'augmentation des volumes d'eau distribués qui sont passés de 180 Millions de m3 en 1987 à 365 Millions de m3 en 2008.
• L'amélioration des caractéristiques des accessoires sanitaires (robinetterie, chasses d'eau)
• la sensibilisation des utilisateurs en commençant par les gros consommateurs (hôteliers, administration, usines,…)
• la révision de la tarification des eaux : taux progressifs en fonction du volume consommé. Uneét ude faite par la Société Nationale de Distribution de l'Eau a permis de constater qu'entre 1984 et 1994, une bonne partie des gros consommateurs (> 150 m3/trimestre) a été répartie en moyens et faibles consommateurs (<70m3/trimestre).


La Tunisie se trouve enfin confrontée au problème de non coïncidence des secteurs de consommation de l'eau avec sa production. Le développement agricole est soutenu dans les diverses régions du pays et une concentration urbaine est accélérée dans les zones côtières. Le transfert de l'eau est destiné à corriger les écarts de distribution spatiale et à réduire les inadéquations ressources/besoin en accordant la priorité à la satisfaction en eau potable et au rendement maximum du m3 d'eau. Pour permettre une gestion souple de l'ensemble des ouvrages, deux grands axes ont guidé leur conception : possibilité d'interconnexion entre les barrages (situés dans un même bassin versant) et possibilité du transfert d'un bassin versant à un autre. Cette conception a permis d'optimiser la gestion en évitant le plus possible les déversées de barrages rejetés vers la mer et de stocker ainsi le maximum d'eau, et en améliorant la qualité d'eau utilisée par la possibilité de mélange entre les apports des affluents de différentes qualités.

mardi 22 juin 2010

La gouvernance de l’eau au Moyen-Orient et en Afrique du Nord

Le 5e Forum des partenaires internationaux a eu lieu, au début du mois de juin, à Gammarth, ville au nord de Tunis, sur le thème "Gouvernance de l'eau au Moyen-Orient et Afrique du Nord: le partage des avantages, coûts et des responsabilités".
Ce forum de cinq jours est organisé par le ministère de l'Agriculture, des ressources en eau et de la Pêche, en liaison avec l’Agence allemande de coopération technique "GTZ", et le Conseil arabe de l'eau.
Lancé en 2005, le projet de gouvernance de l'eau dans ces régions du Moyen Orient et d’Afrique du Nord (MENA) vise à renforcer la coopération régionale en termes de ressources en eau et à jeter les bases d'une stratégie participative pour permettre la sécurité alimentaire et hydrique.
Il cherche également à mettre en place un réseau de partenaires pour sensibiliser toutes les couches sociales sur les problèmes liés à la question de l'eau.
Le forum offre ainsi l’occasion pour tous les partenaires des différents pays : Égypte, Maroc, Tunisie, Jordanie, Palestine, Syrie et Yémen, d'échanger leurs expertises et de renforcer leur coopération en matière de gouvernance de l'eau.
Inaugurant la rencontre, M. Abdessalem Mansour ministre tunisien de l'Agriculture, des Ressources en Eau et de la Pêche a appelé les pays de la région à établir un guide sur la gouvernance de l'eau et de mettre en place une stratégie visant à garantir l'autosuffisance de l'eau. Il a fait remarquer que, malgré le déficit hydrique qui caractérisent la région, la quantité d'eau consommée en Tunisie est estimée à 480 mètres cubes annuels par habitant, comparativement à une moyenne internationale de 500 mètres cubes.
Les ressources en eau en Tunisie dépend des aléas climatiques, y compris la succession des périodes de sécheresse, des bassins de collecte d'eau, des barrages et de l'exploitation des réserves d'eau souterraines.
Lors de son allocution, Abdessalem Mansour a rappelé les objectifs fixés par le programme présidentiel portant principalement sur l'élaboration d'études prospectives d’ici 2050 et la mobilisation de 95% des ressources en eau d'ici 2016.
Source : Zawya

samedi 12 juin 2010

8 millions d’euros pour aider la Tunisie dans le dessalement

Le 18 mars dernier, la Tunisie et le Japon on signé un accord qui s’inscrit dans le cadre de la coopération financière des programmes pour l’environnement et le changement climatique.

Il s’agit d’une aide de 1 milliard de yens (environ 8 millions d’euros) qui servira à financer le grand projet de dessalement des eaux de Ben Guerdane.

Cette opération de grande envergure permettra outre de garantir les apports en eau pour les dizaines d’années à venir, d’améliorer la qualité et l’accès à l’eau potable de plus de 60 000 personnes.

Source : Webmanager

mardi 8 juin 2010

La Tunisie appelle les pays de la région à une meilleure gouvernance de l’eau

Cette semaine, à l’occasion de la 5ème édition du Forum international des partenaires sur la gouvernance de l’eau, organisée à Gammarth (banlieue nord de Tunis), Andessalem Mansour, ministre tunisien de l'Agriculture, des Ressources hydrauliques et de la Pêche, a appelé à mettre en place une stratégie propre à garantir l'autosuffisance en eau pour la région du Moyen-Orient et du Nord de l'Afrique (MENA). Il a aussi appelé les pays de la région à élaborer un guide sur la gouvernance de l'eau.
Le ministre tunisien a fait savoir que l'objectif principal consiste à faire face au déficit hydrique dans la région, à gérer de manière durable les ressources disponibles, et à réaliser les objectifs de développement durable dans la région MENA.
Dans cette perspective, il y a lieu de mettre en œuvre un système d'information cohérent devant regrouper l'ensemble des données relatives au secteur de l'eau dans la région, de développer la recherche scientifique dans ce domaine, de favoriser le transfert des TIC, de lutter contre les changements climatiques et d'améliorer la compétitivité de tous les secteurs liés à l'eau.
Les travaux de la 5e édition du forum international des partenaires ont démarré sur le thème "la gouvernance de l'eau dans la région du Moyen-Orient et du Nord de l'Afrique (MENA): partage des bénéfices, des coûts et des responsabilités".
Lancé en 2005, ce projet de gouvernance de l'eau dans la région MENA a pour objectif de renforcer la coopération régionale en matière de gestion des ressources en eau et de jeter les bases d'une stratégie participative devant aider à la réalisation de la sécurité alimentaire et hydrique.
Le forum constitue une occasion pour l'ensemble des partenaires de ce projet (Egypte, Maroc, Tunisie, Jordanie, Palestine, Syrie et Yémen) d'échanger les expertises et de renforcer la coopération en matière de gouvernance de l'eau dans la région.

vendredi 10 juillet 2009

La Banque Mondiale félicite la Tunisie pour sa gestion de l'eau

La Tunisie est retenue comme un exemple et modèle à suivre, au double plan régional et international dans le domaine de la gestion efficace des ressources hydrauliques. C’est ce qui ressort des résultats d’une étude réalisée récemment par la Banque mondiale sur «l’eau dans le monde arabe : perspectives de gestion et innovations», dont nous avons déjà parlé ici.
Cette distinction, qui couronne la démarche volontariste adoptée par la Tunisie dans le domaine de la gestion des ressources hydrauliques et l’ensemble de leurs dimensions politique, économique, sociale, scientifique et technologique, reflète aussi les traditions du pays dans ce domaine, partant des aqueducs romains en passant par Ibn Chabbat, il y sept siècles, avec son fameux plan de partage des eaux dans les oasis du Jerid, jusqu’aux récentes politiques instituées par le pays en matière de gestion des eaux.
La Tunisie, consciente du rôle vital de l’eau en tant que facteur à même de déterminer l’essor des peuples, a accordé une attention particulière à la préservation des ressources hydrauliques et naturelles, en vue de réaliser le développement durable. Il s’agit pour l’essentiel de garantir une eau potable pour tous et d’améliorer les services d’assainissement en général.
Cette même étude montre que la Tunisie, compte tenu de ses ressources hydrauliques limitées, a placé la question de la préservation de l’eau au centre de ses priorités, en vue de garantir le droit des futures générations à l’eau et de faire face aux changements climatiques et autres.
Le rapport fait ressortir également les principales composantes de la stratégie adoptée par la Tunisie dans le domaine de la gestion des ressources hydrauliques, plus particulièrement en matière de mobilisation des eaux. Il en ressort que la Tunisie est parvenue à mobiliser jusqu’à ce jour environ 88% des ressources hydrauliques, contre 60% en 1990.
A rappeler qu’actuellement, le volume des ressources en eau en Tunisie ne dépasse pas les 4,8 milliards de mètres cubes par an, dont 610 millions m3 peu renouvelables, 1,5 million m3 renouvelables chaque année à partir des nappes souterraines et 2,1 milliard m3 qui ruissellent chaque année au niveau des oueds.
La répartition géographique des différentes sources d’eau en Tunisie indique que 81% de ces eaux sont disponibles au Nord, 11% au centre et 8% au sud du pays. Ces résultats sont le fruit de l’ensemble des chantiers mis en route par le pays en la matière. Il s’agit pour l’essentiel des stratégies décennales de mobilisation des ressources hydrauliques dont la première, qui couvre la période (1990-200) a permis la mise en place d’un réseau cohérent d’ouvrages hydrauliques.
Cette stratégie a été renforcée par une deuxième couvrant la période (2001-2011) et qui concerne la création de 29 grands barrages, 223 barrages collinaires, 825 lacs collinaires, outre la réalisation d’un ensemble d’ouvrages pour l’épandage des eaux, l’alimentation des nappes souterraines et le forage de puits d’exploration.
Il s’agit également de raccorder les barrages entre eux en vue d’assurer un meilleur transfert des eaux, de répondre aux besoins des régions qui accusent un déficit hydraulique et d’améliorer la qualité des eaux.
Selon M. Habib Echaib, directeur des ressources hydrauliques au ministère de l’agriculture et des ressources hydrauliques, cette infrastructure de base a permis à la Tunisie de répondre à la demande en eau des grandes zones urbaines du pays notamment au cours des périodes de sécheresse et de poursuivre la réalisation du programme national de dessalement des eaux ainsi que la stratégie nationale d’économie des eaux d’irrigation.
Le programme « Pour la Tunisie de demain » se propose en outre de réaliser un saut qualitatif et d’entamer une nouvelle phase en matière de mobilisation des ressources hydrauliques pour atteindre un taux de mobilisation de 95% à l’horizon de 2011. L’objectif est d’assurer les besoins du pays à moyen et long termes et ceux des secteurs économiques en cas d’années successives de sécheresse, tout en oeuvrant à améliorer la qualité de l’eau potable.
La Tunisie est parvenue, à la faveur des politiques, programmes et plans adoptés au cours des deux dernières décennies à réaliser un équilibre entre l’offre et la demande, moyennant la mobilisation des eaux tant profondes que de surface, et a pu approvisionner régulièrement en eau potable toutes les zones urbaines, les agglomérations rurales et les quartiers populaires, notamment au cours des périodes de sécheresse.
L’étude précise, par ailleurs, que la Tunisie a préservé l’équilibre régional aux plans de la planification, de la gestion et de la distribution des eaux sur tout le territoire de la République. Le taux d’approvisionnement en eau potable est de l’ordre de 100% en milieu urbain et s’élève à 90% en milieu rural.
Le pays a également assuré les besoins des différents secteurs économiques et les demandes ciblées essentiellement dans les domaines industriels, touristiques et agricoles. Près de 420 mille hectares de périmètres irrigués ont ainsi été approvisionnés en eau d’irrigation à travers la mise en place d’un système d’irrigation disposant en grande partie d’équipements d’économie d’eau, contre 450 mille hectares programmés.
L’étude de la Banque mondiale met en exergue, sur un autre plan, l’efficience de la politique hydraulique en Tunisie concernant tant l’économie en eaux, que le traitement des eaux usées ou encore le dessalement de l’eau de mer et son exploitation au profit des secteurs de l’agriculture, de l’environnement et du tourisme.
Mme Raqya Laatiri, directrice de l’économie des eaux au ministère de l’Agriculture et des ressources hydrauliques, a affirmé que les primes affectées à l’économie d’eau s’élèvent, depuis le démarrage du programme en 1995, à près de 400 millions de dinars.
La Tunisie a veillé, dans ce domaine, à exploiter les nouvelles technologies et à promouvoir la recherche scientifique afin de maitriser les ressources hydrauliques non conventionnelles, notamment les eaux usées retraitées pouvant être utilisées dans plusieurs secteurs industriels, touristiques et agricoles ainsi que pour l’alimentation de la nappe phréatique.
Mme Laatiri a expliqué, dans ce contexte, que la Tunisie dispose de 100 stations d’assainissement produisant 225 millions de mètres cubes par an d’eaux usées retraitées dont 40 millions de mètres cubes sont consacrés à l’irrigation des périmètres irrigués. Il y a lieu de signaler que la superficie des périmètres irrigués par les eaux usées retraitées est estimée actuellement à près de 8 mille hectares.
Les réseaux d’assainissement ont également été développés à travers tout le pays. Le taux de raccordement au réseau public de l’assainissement a atteint 82% dans le milieu urbain, ce qui a permis une nette amélioration en matière de traitement des eaux, de services et par conséquent de qualité de la vie.
L’Etat a programmé le démarrage de la mise en œuvre du dessalement de l’eau de mer à l’ile de Djerba pour 2011, outre la programmation de 3 stations à Sfax et d’une autre à Zarrat (Gouvernorat de Gabès).
Mme Laatiri a enfin mis en relief le rôle des groupements d’intérêt collectif de gestion des systèmes hydraulique, sachant que la Tunisie compte aujourd’hui 2400 groupements dont 1400 s’intéressent aux systèmes hydrauliques (eau potable) et 1000 groupements ayant pour tache principale l’approvisionnement des périmètres irrigués publics en eau.
L’étude de la Banque Mondiale affirme donc que « la Tunisie n’épargne aucun effort en vue d’assurer une meilleure gestion de ses ressources hydrauliques. »
Ce souci constant se traduit par l’intérêt qu’accorde le pays à la gestion des ressources hydrauliques en commun avec l’Algérie et la Libye.
Dans cette perspective, des actions d’évaluation de ces réserves hydrauliques communes ont été menées et une stratégie commune en vue d’optimiser la gestion de ces ressources a été mise au point.
La même étude s’intéresse également à l’ensemble des défis que la Tunisie est appelée à relever en vue de répondre à ses besoins en eau à l’horizon 2030.
Il s’agit de la rareté des ressources hydrauliques, de la diminution de la qualité des eaux en raison de l’impact des changements climatiques sur les écosystèmes (augmentation des températures, diminution des quantités de pluies, apparition de phénomènes extrêmes tels que les sécheresses et les inondations).
M.Echaib a fait savoir que la stratégie mise au point par la Tunisie sur le moyen terme ( horizon 2030) et long terme (2050) vise à atteindre un taux d’économie d’eau de l’ordre de 30%, à accroître la contribution des sources d’eau non conventionnelles à 7% et à adapter l’agriculture et les écosystèmes aux changements climatiques.
Cette distinction de la Tunisie consacre, au total, des efforts déployés par le pays en matière de mobilisation et de préservation des ressources hydrauliques, d’une part, et de promotion des sources d’eau non conventionnelles (réutilisation des eaux traitées et autres..), d’autre part.

vendredi 12 juin 2009

La Banque Mondiale débloque 31 M $ pour l’eau en Tunisie

La Banque mondiale (BM) a octroyé un prêt de 31 millions de dollars US à la Tunisie pour financer un projet dans le secteur de l'eau, a indiqué le 30 mai l'agence tunisienne TAP.

Afin de parer aux importants problèmes d’eau, découlant d’une demande grandissante et d’une diminution de l’approvisionnement, la Tunisie a mis au point un programme de dix ans (2001-2011) pour le soutien au secteur de l’eau.

Le projet est axé sur la gestion et la conservation intégrée de l’eau, l’efficience économique de l’utilisation de l’eau dans le domaine agricole ainsi que la restructuration des institutions et le renforcement des capacités dans le secteur de l’eau.

Ce projet est également financé par la Banque africaine de développement (BAD) et l’Agence française de développement (AFD). Le coût total du projet est équivalent à 163 millions de dollars EU. Il devrait également "accroître la qualité et la disponibilité de données techniques" en matière de gestion des ressources en eau, précise la TAP.

Cette information est certainement à rapprocher du post que nous vous proposions le 17 mai et qui reprenait l’interview de Lebdi Fethi, directeur de l’institut national agronomique de Tunis (INAT) et spécialiste de l’eau en Tunisie, dont l’analyse sur les problématiques de l’eau en Tunisie est résolument optimiste mais sur le réalisme de laquelle on peut s’interroger….

dimanche 17 mai 2009

Pr. Lebdi Fethi : « il y a une «école tunisienne» en matière de gestion de l’eau.. »

Voici une interview très intéressante de Lebdi Fethi, directeur de l’institut national agronomique de Tunis (INAT) et spécialiste de l’eau en Tunisie. Selon le Professeur Fethi, la Tunisie est dans une situation relativement confortable, car elle a mis en place dans les dernières années un vaste programme d’aménagement de la ressource, notamment par barrage. Elle est aujourd’hui en train de développer un programme de technologies en matière d’eau, en s’appuyant notamment sur une gouvernance mixte, publique et privée. L’un des axes intéressants est la conception de l’effort humain pour l’accès à l’eau que défend le professeur : « le coût (de l’eau) est absolument relatif. Les Espagnols ont choisi le dessalement à coût élevé mais c’est rentable. L’Espagne n’est pas un pays pétrolier et il faut aussi oser, quelquefois. Dans l’univers de l’eau, il n’y a ni tabous ni limites. C’est le génie de la nature et celui de l’homme qui s’adaptent à la nature. Il faut garder espoir et croire en l’avenir. ». Le point de vue du Professeur Fethi, bien qu’en totale contradiction avec les prévisions alarmistes émises par les instances internationales, démontre cependant que la persistance et l’assimilation des technologies nouvelles en matière de gestion de l’eau pourraient à l’épreuve du temps faire mentir les conclusions les plus négatives.

Propos recueillis par Amel DJAIT :


J’ai récemment lu que la Tunisie n’aurait pas soif jusqu’en 2030. Faut-il s’en réjouir ou en pleurer ? 2030, n’est-ce pas déjà demain ? Où en est réellement la situation de l’eau en Tunisie ?

Lebdi Fethi: S’il y a véritablement une personne qui se hasarde à prévoir que la Tunisie aura soif d’ici une date précise, alors permettez-moi de déclarer qu’elle n’a rien compris à l’eau et à son histoire en Tunisie. Avant de spéculer sur l’avenir, il faut lire et comprendre l’histoire. L’Histoire dans le domaine de l’eau a prouvé que notre pays n’a jamais eu soif. A moins d’un changement climatique «miraculeux» et tant que nous avons les eaux de surface ou de pluie -eaux qui se régénèrent-, nous n’aurons pas soif. Nous serons confrontés probablement à des situations de pénurie plus sévères au vu des changements climatiques et d’un déséquilibre entre l’offre et la demande, qui augmente considérablent au gré de l’évolution économique du pays et du bien-être du citoyen.

Sachez qu’ avec un système de l’eau qui s’appuie sur les eaux de surface, le stockage, la mobilisation et le transfert qui fonctionne en termes de complémentarité entre les systèmes hydrauliques et les régions, nous n’aurons pas soif en Tunisie.

Avec les avancées technologiques dans le domaine du dessalement, la Tunisie regorge de suffisamment d’eau saumâtre, que nous avons les moyens d’exploiter, grâce aux technologies appropriées, pour affronter des situations difficiles. Nous avons les compétences humaines pour exploiter ces eaux. Cela coûterait cher, mais face à des situations critiques ou extrêmes, tout devient relatif.

Vous savez, pour nous qui travaillons en amont, 2025 c’est déjà aujourd’hui. Les ressources de l’eau disponibles au stockage aujourd’hui sont estimées à plus 2 milliards de m3 de capacité. A l’avenir, les ressources de surface peuvent atteindre les 300 millions d’eaux usées traitées. Cela permet de bénéficier des ressources additionnelles.


La Tunisie a tout de même été déclarée vivant dans un état de «stress hydrique» par la Banque mondiale


Absolument, selon la norme de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La Banque mondiale estime que lorsqu’on vit en dessous de 500 m3/an/habitant, alors on vit en état de «stress hydrique». Ce stress hydrique a alors un impact direct sur le niveau de vie, de l’hygiène et le fonctionnement social et économique d’un pays.

Je vous retourne la question : Est-ce qu’en Tunisie, où l’on vit avec moins de 500 m3 par an et par habitant, nous sommes confrontés à de problèmes sérieux d’hygiène par exemple ? L’état de santé en Tunisie est-il à ce point préoccupant ?


Il me semble que vous contestez complètement cette appréciation...


Bien sûr ! Pour comprendre, il faut se référer aux données et méthodes à l’origine de ces prévisions et constations. Un stress hydrique est soit physique (moins de 500 mètres cubes par an/ha) et vérifiable par rapport à l’impact social et économique du manque de l’eau. Dans notre cas, cette thèse ne se vérifie pas. Le Tunisien moyen possède sa douche et n’a jamais eu de rationnement d’eau potable. Nous n’avons jamais effectué de coupure ou de rationnement d’eau. L’irrigation se fait normalement et le pays possède des eaux en stockage interannuel.

Il n’existe pas un véritable stress hydrique sauf physique selon la norme OMS, mais nous gérons pour l’irrigation les événements secs, qui sont structurels pour la Tunisie et non conjoncturels, grâce à une régularisation interannuelle des réserves d’eau.


L’eau est au cœur de la machine économique. Certains secteurs ne mettent-ils pas en danger nos ressources en eau ?


L’eau est considéré en Tunisie comme un facteur de production assez important, notamment dans les produits d’exportation et d’importation. A titre indicatif, le prix de l’eau est compris dans le prix de vente de la tomate. L’argent obtenu, à travers l’usage de l’eau, permet à une entreprise d’importer ce qu’elle ne peut produire aujourd’hui en Tunisie. Et cela crée un effet compensatoire.

Nous avons réalisé une étude, il y a quelques années sur cette question. L’enseignement principal qui se dégage de cette étude est que nous sommes en mesure d’importer deux fois ce que l’on exporte en termes de quantités d’eau. Par exemple, quand vous importez une banane, vous importez aussi de l’eau. C’est même mieux, en termes de valeur cela peut atteindre jusqu’à 7 fois la valeur de l’eau.

Donc, le Tunisien ne vit pas avec à peine 500 m3, il vit avec le double. C'est cela la vérité du terrain. Cela imbrique l’existence d’une machine complexe qui repose sur un système de services derrière l’agriculture et l’eau. Grâce à cette machine, on considère qu’il y a une augmentation des ressources hydriques. Cette eau existe de manière virtuelle à travers les produits des activités économiques et commerciales.


Mais au-delà du rôle valeur, l’eau est un droit fondamental, un élément de stabilité et de paix.


L’eau est tentaculaire. C’est une ressource qui touche à plusieurs domaines. C’est certes une question technique mais il faut en comprendre toutes les autres facettes : sociales, juridiques et législatives, financières, économiques, politiques, etc. La réussite et l’efficacité de la gestion dépendent de la prise en considération de toutes ces facettes. Quand nous parviendrons à en mesurer et répondre à toutes ces facettes, nous arriverons au stade de la bonne gouvernance et à initier -ce n’est pas encore le cas- une véritable gestion intégrée des ressources en eau.


Sommes-nous justement arrivés à ce fameux stade de bonne gouvernance en matière d’eau ?


On va vers la bonne gouvernance, mais actuellement, il faut mettre sur la table les questions d’efficience de l’usage de l’eau, de durabilité des ressources et d’équité d’allocation, pour réussir ce challenge.


Pourriez-vous résumer les différentes étapes que nous avons réalisées et quels sont les objectifs à venir ?


Durant les années 1990, la Tunisie a engagé un programme colossal dans le domaine de l’eau, d’où actuellement découle une certaine confortable position. Cependant, il convient de faire attention. La première décennie a été caractérisée par la mobilisation et l’évaluation des ressources hydriques qui s’est traduite par une politique de construction de barrages que nous continuons, par ailleurs. Je fréquente les instances internationales et analyse les autres politiques de l’eau dans le monde. Mon objectif est de contribuer à savoir s’il y a éventuellement d’autres projets à engager et des technologies nouvelles ou des modèles en cours de promotion.

Nous avons choisi une stratégie qui nous est propre et elle fonctionne mais elle est à renforcer. Je n’exagère rien en vous demandant d’aller voir chez les autres, ne serait-ce que sur le même continent, pour saisir l’intérêt de la démarche tunisienne. Nous n’avons pas transféré de l’eau sur des centaines de kilomètres sans objectif d’efficience. Nous l’avons trouvé et procuré là où elle ne se trouvait pas. Le cas du sud de la Tunisie est édifiant à plus d’un titre.

Grace à cette politique, nous avons pu fixer les habitants et convertir cela en richesses et développement. La Tunisie a réussi à garantir ses frontières et son espace vital. Vous rendez-vous compte seulement du travail colossal qui a été fait par une génération d’hydrauliciens tunisiens pionniers? Nous avons puisé certaines expériences dans l’Histoire pour la conservation des eaux et du sol et la gestion participative et continuons à tirer profit des technologies pour l’économie de l’eau et la réutilisation des eaux usées traitées. Pour la nouvelle décennie, l’objectif consiste à engager d’importants investissements et augmenter les ressources par d’autres moyens, notamment par des ressources non conventionnelles (eaux usées traitées, dessalement d’eau saumâtre et d’eau de mer).

L’Espagne a adopté une stratégie qui consiste à faire du dessalement de l’eau de mer au profit de l’agriculture sous serres. A Alicante, il y a des centaines d’hectares irriguées par ce type d’eau. L’eau y coûte près de 1$ mais la production agricole y est impressionnante et arrive à justifier ce coût de l’eau.


Le coût de l’eau est donc relatif selon vous ?


C’est ce que je dis souvent : le coût est absolument relatif. Les Espagnols ont choisi le dessalement à coût élevé mais c’est rentable. L’Espagne n’est pas un pays pétrolier et il faut aussi oser, quelquefois. Dans l’univers de l’eau, il n’y a ni tabous ni limites. C’est le génie de la nature et celui de l’homme qui s’adaptent à la nature. Il faut garder espoir et croire en l’avenir. Il suffit de mettre les outils et les moyens pour l’assurer. Par nature, je suis optimiste. Nous sommes en plein cœur du sujet, l’eau c’est la vie.


Vous êtes conforté par la nature ou par le savoir-faire des hommes ?


Par les deux. Vous savez, l’homme oublie vite, très vite. Il y a 30 ans, vous auriez demandé à un agriculteur ou un consommateur s’il pouvait trouver des tomates au marché en plein mois de décembre, il vous aurait rit au nez. Il faut aller par étape, se mettre des objectifs et y travailler.

Nous avons fait de la disponibilité globale, mais avons encore des problèmes en termes de disponibilité locale. Il ne faut pas se le cacher. Nous avons accompli en grande partie les grands aménagements et la mobilisation, les grands transferts, les grands ouvrages, mais nous avons encore des questions à résoudre au niveau local et des corrections d’orientation dans la politique de l’eau, eu égard à l’actualité climatique et du marché et aux prévisions des changements climatiques.

Les questions de durabilité commencent aussi à apparaître dans les systèmes de l’eau, surexploités.


En ayant un coût, l’eau a forcément un prix. Les agriculteurs grognent par rapport à un prix qu’ils estiment élevé. Qu’en pensez-vous ?


Si aujourd’hui certains disent 150, 160 ou 180 millimes, c’est cher, permettez-moi de demander : est-ce cher par rapport à la manière de valoriser l’eau ? Cela peut choquer, mais réellement le barrage a coûté 100 millions de dinars et plus. Un barrage a une durée de vie, il faut l’entretenir et faire en sorte qu’il ne soit pas envasé de sitôt… Dans notre pays, certains barrages ont 50 ans comme celui de «Mellegue». Les barrages ont une durée limitée dans le temps, à cause de l’envasement et de la sédimentation. Désormais, nous avons un important défi à affronter. Qu’est-ce qui peut remplacer un système de mobilisation d’eau à partir des barrages dans un siècle ou dans 50 ans ? Les sites de barrages ne sont pas infinis.

Pour revenir à votre question, l’eau coûte cher pour sa mobilisation, sa disponibilité et son accessibilité, très cher même. Réalisez-vous qu’elle nous coûte près de 500 et jusqu'à 800 millimes parfois ? Aujourd’hui, si je vous la vends à plus du coût actuel, êtes-vous capables de produire et de gagner de l’argent ? D’autres le font. Pourquoi pas nous ? Ceci est le véritable challenge de la gestion de l’eau pour l’avenir, dans un souci de valorisation économique, ayant à l’esprit bien entendu un équilibre social à sauvegarder.

C’est une question de compromis entre objectifs, parfois conflictuels, de l’usage de l’eau. Les secteurs usagers de l’eau vont pouvoir se mettre à table pour départager la ressource en cas de pénurie, même conjoncturelle. Les instances d’arbitrage doivent évoluer avec ce concept, où le risque de non satisfaction de la demande est très probable. Le code des eaux lui-même va devoir être repris, en intégrant les objectifs de satisfaction de la quantité mais aussi de la qualité. Le service de l’eau fourni à l’usager regroupe les deux paramètres de qualité et de quantité.

L’agriculture prend environ 80% des ressources hydriques du pays. Des questions aussi capitales que l’autosuffisance alimentaire se posent. Les céréales constituent une part belle de l’équation. Aujourd’hui, nous concevons des céréales autour des périmètres irrigués. Nous cherchons l’eau et installons autour d'un système de production. Désormais, au lieu de faire des céréales autour de la source d’eau, il faut «créer» l’eau pour les zones céréalières, rapprocher l’eau des zones de production et non l’inverse.


Concrètement, cela reviendrait à faire de Kairouan ou de Siliana une zone céréalière ?


Kairouan, Siliana, Jendouba, Le Kef, Béja, Bizerte, etc. Il faut réfléchir à des autoroutes de l’eau qui absorbent le surplus d’eau en cas de crues et desservent des zones potentielles en cas de crise. Les céréales sont un domaine important qu’on ne peut négocier. C’est une question de souveraineté. Il y a un grand polymorphisme en Tunisie. Vous êtes à 1.000 mm par an en moyenne à Sejnane et descendez à 600, 400 ou 200 mm à quelques centaines de kilomètres. Vous passez d’une forêt à Aïn Draham et en quelques heures, vous vous retrouvez dans le désert. Cela se traduit par une dégradation hydrologique rapide.

La Tunisie est très riche en termes d’approche de l’eau. C’est vraiment une école de l’eau. Cette diversité hydrologique se traduit sur les cultures et les comportements des individus. La société oasienne ne se comporte pas comme celles des grandes cultures.

Aujourd’hui la tâche est de travailler en termes de complémentarités. Nous devons penser aux transferts. Ils doivent être travaillés dans le sens de l’équité, de l’efficience et de la durabilité.


Pour revenir à la question des barrages, existe-il d’ores et déjà des éléments de réponse ?


Sur décision présidentielle, le versement des eaux usées dans la mer a été interdit. Ceci oblige à traiter les eaux usées selon des normes très rigoureuses. Valoriser ces eaux par leurs réutilisations, en particulier pour les terrains de golf et pour l’agriculture, est à l’ordre du jour. Nous aurons environ 200 mille mètres cubes d’eaux traitées par jour et il faut réfléchir à établir une adéquation entre la production des eaux usées traitées et nos besoins de réutilisation. S’il n’y a pas cette adéquation, nous serons obligés de stocker quelque part. Les barrages sont des espaces de cols naturellement propices et si la technologie peut nous aider à faire des grands stocks sur des plaines, là où les problématiques des barrages se poseront en d’autres termes.

Aujourd’hui, le nombre de sites propices à mettre en place un barrage dans notre pays est limité. Cette optimisation se posera à nous rapidement. Je rappelle qu’il y a déjà une deuxième génération de barrages souterrains en place qui sont des barrages imperméables créés à partir de digues souterraines. L’avenir est à la création d’une troisième génération de barrages.

S’agissant des eaux usées traitées, il faut tenir compte des mégaprojets dans le Grand-Tunis comme le projet de «Sama Dubaï», «Bled El Ward», le port de plaisance, le pôle financier, etc. Nous allons avoir de grandes quantités d’eaux usées, à cela s’ajoutera une contrainte de non pollution. C’est là que les barrages de troisième génération répondront à cette question, pour stocker les millions de m3 d’eaux usées traitées, en attente d’exploitation ultérieure (réservoirs de surface, barrages souterrains ou nappes rechargées).


Elle est où la différence entre les barrages?


La différence entre barrages courants et ceux pour les eaux usées est simple. Le barrage recueille par ruissellement l’eau de pluie qui est tout à fait aléatoire. Dans le cas des eaux usées, il s’agit de 300 millions de mètres cubes d’eaux traitées par an qui sont certaines (il n’y a pas d’aléa comme la pluviométrie), qui seront réutilisées ou stockées selon l’inadéquation entre la demande et le besoin. C’est un travail énorme à faire. Certaines études sont en cours pour étudier le transfert de ces eaux vers les zones de production céréalières ou fourragères.


Dans la pratique, les agriculteurs tunisiens peuvent-ils résister à des périodes de sécheresse extrêmes ?


L’agriculture paysanne a du bon en ce sens qu’elle permet d’agir avec une culture de gestion de petite exploitation qui lui est propre. Elle est de fait capable de résister à un événement extrême d’une manière beaucoup plus efficace qu’un Européen, car elle maîtrise les petites astuces du système de la paysannerie. Ces petites agricultures font un système cohérent dans lequel il faut introduire des technologies tout en s’appuyant sur des systèmes de collecte d’eau.

C’est un système à petite échelle qui fonctionne sans beaucoup de contraintes technologiques.


Au vu des grandes caractéristiques de l’expérience tunisienne, peut-on exporter le " know how" tunisien ? Existe-t-il une «école tunisienne» de l’eau?


Absolument, il y a une «école tunisienne» en matière de gestion de l’eau, et il convient de l’appuyer. Une génération est déjà partie à la retraite et il faut assurer la continuité sans perdre les acquis de cette école. Tout le challenge consiste à animer et centraliser les débats pour en tirer les meilleures conclusions à mettre au service des décideurs.

La tendance mondiale est à la privatisation de l’eau. Par exemple, pour l’eau potable, il existe des maillons nécessitant l’efficacité et la souplesse du privé. Ces maillons peuvent répondre à bien des exigences. La SONEDE, l’ONAS et les privés dans le domaine de l’eau ont assez d’expertise pour aller chercher des marchés en Afrique subsaharienne par exemple ou ailleurs.


Vous pensez que dans cette phase de privatisation, les opérateurs privés et publics peuvent se mettre en avant à un niveau international ?


Le Code de l’eau a été changé et il sera travaillé dans les prochains jours pour qu’il soit adapté au secteur public-privé. Ne perdons pas de vue que l’eau est un bien public. Sa gestion doit être administrée par la communauté et le secteur public, car ce dernier regarde l’intérêt public collectif, qui n’est pas obligatoirement la somme des intérêts individuels. Il est important qu’au niveau des allocations, le débat et l’arbitrage se réalisent entre les différents secteurs. Le compromis entre ces secteurs doit être arbitré par les pouvoirs publics.

La Tunisie a une spécificité qui lui est propre. L’eau y est gérée par le ministère de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques. Aujourd’hui, la ressource et sa production vont ensemble. Il faut développer le niveau de négociation pour qu’il y ait un compromis. Nous pouvons gagner des parts de marché à l’étranger. C’est même nécessaire. Il faut de la souplesse, de l’efficacité et de la responsabilité.

Le système de l’eau a besoin de financements. Et les ramener à travers le secteur public uniquement n’est plus d’actualité. L’Etat a d’autres engagements et tellement d’urgences. Des sociétés opérant dans l’énergie solaire pour le pompage dans les petites exploitations, des entreprises comme l’ONAS ou la SONEDE, sont capables de ramener de l’argent pour financer le secteur de l’eau en Tunisie. Des villes entières dans des d’autres pays sont totalement prises en charge par les sociétés genre SONEDE qui viennent de l’étranger. Ces sociétés n’ont pas de meilleure expertise que nous. Il suffit de maîtriser les technologies et mettre un cadre de gestion adéquat, responsable, souple et motivant, pour qu’on puisse être au niveau que ces sociétés étrangères.


L’Union pour la Méditerranée (UPM) place l’eau au cœur de ses problématiques. Concrètement, quel serait le projet idéal pour construire la Méditerrané des eaux ?


Pour sortir de l’ordinaire des discours, je vous dirais que si Hannibal a traversé les Alpes avec des éléphants, on peut imaginer le transfert de l’eau de l’Albanie où il y a un problème de drainage via la Sicile. Si on fait des tuyaux de fibres optiques pour les télécommunications et des conduites pour le gaz à travers la Méditerranée, on peut faire cela pour l’eau. Ce n’est pas une fiction, à la différence primordiale que l’eau est une valeur humaine qui n’est pas négociable selon les mêmes termes mercantiles.


La question méditerranéenne est aussi une question d’eau. A supposer que la Tunisie ait demain assez d’eau pour recharger ses nappes souterraines et transférer l’eau vers les grands espaces de production, vous pensez qu’un citoyen tunisien sentira le besoin de partir?


Personnellement, je ne le pense pas. Il restera chez lui, exploitera sa terre et y vivra en paix. La différence entre le Sud et le Nord, c’est aussi l’eau. Le Nord a la maîtrise technologique. L’UPM peut poser la question de développer un système égalitaire de l’eau. Est-ce qu'elle va le faire ? En tout cas, c’est un débat politique passionnant pour le bien-être entre rives nord et sud.

Pour aller plus loin :

Rapport du bureau régional Moyen Orient et Afrique du Nord, « Evaluation du cout de la dégradation de l’eau », juin 2007.

samedi 14 février 2009

La Tunisie est soutenue dans son financement d’infrastructures


Le Conseil d’administration de l’Agence française de développement (AFD) a approuvé le financement pour la Tunisie d’actions d’extension et de réhabilitation des stations d’épuration et des stations de pompage pour un montant de 18,5 millions d’euros et le financement d’un projet d’investissement dans le secteur de l’eau (PISEAU II) de 45 millions d’euros.

Ce financement vise l'amélioration des conditions de vie des citoyens et la protection de l'environnement contre les pollutions hydriques à travers l'amélioration du service de l'assainissement. Il concerne la réhabilitation et l’extension de 19 stations d’épuration et de 130 stations de pompage dans 19 villes tunisiennes de différentes régions du pays.

La Banque africaine de développement a de son côté octroyé un prêt de 22,91 millions d’euros au gouvernement tunisien pour le financement du Projet d’investissement dans le secteur de l’eau – phase 2 (PISEAU II).

Il s’agit du second volet de la Stratégie tunisienne de mobilisation et de gestion de l’eau 2002-2011 qui fait suite au PISEAU I mis en œuvre de 2002 à 2007. Le PISEAU II doit promouvoir une gestion efficiente et intégrée tant des ressources eaux conventionnelles que des ressources en eau non conventionnelles.



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