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samedi 7 février 2009

Les rejets de l'industrie pharmaceutique empoisonnent les eaux en Inde

«Il y a dans ces eaux de quoi traiter chaque jour 90 000 personnes avec un puissant antibiotique.» Joakim Larsson, un scientifique suédois et son équipe, ont fait sensation en novembre, lors d’un important colloque aux Etats-Unis. Ses recherches menées en Inde – 4e producteur de médicaments avec 8% du marché mondial et 22% de celui des génériques – ont montré que les hôpitaux et les particuliers ne sont pas partout les principaux vecteurs de pollution médicamenteuse des eaux.  

Dans les faubourgs d’Hyderabad, une métropole de plus de six millions d’habitants, au sud de l’Inde, a grandi un des principaux centres mondiaux de fabrication de médicaments génériques. C’est à Patancheru que sont fabriqués les génériques à destination de l’Asie, de l’Afrique, mais aussi du Brésil ou de Turquie. A la sortie de l’usine de traitement des eaux de ce complexe biotechnologique fort de 90 usines, le chercheur suédois est allé tremper ses éprouvettes pour analyser l’eau « traitée » avant d’être rejetée dans la nature.

Dans une «soupe» riche de 21 principes actifs pharmaceutiques, il a trouvé «des concentrations inédites de l’antibiotique Cirpofloxacin, un million de fois plus élevées que celles retrouvées dans les effluents des usines pharmaceutiques en Europe». Ce cocktail de médicaments se retrouve dans l’eau que les populations tirent de leurs puits pour la boire, dans les rivières où ils pêchent, dans les trous où s’abreuvent leurs troupeaux.

Joakim Larsson a révélé il y a quelques semaines que l’antibiotique mais aussi l’antihistaminique Cetirizine sont présents à haute dose dans les puits de six villages testés. «Nous n’avons pas accès à d’autres sources d’eau, alors nous buvons», témoigne Mme Durgamma, une mère de quatre enfants qui habite en aval de la station de traitement des effluents.

Avec quelles conséquences pour la santé humaine? Joakim Larsson, dont le programme de recherche sur ce thème court jusqu’en 2013, est prudent.

Il est établi que ces pollutions «sont hautement toxiques pour la vie aquatique et particulièrement pour les micro-organismes comme les bactéries», explique-t-il.

Elles ont déjà entraîné une féminisation des populations de poissons, voire des changements de sexe des populations piscicoles. Mais ce qui le préoccupe, ce sont «les risques d’une augmentation de la résistance aux antibiotiques». La santé humaine serait alors affectée.


Selon le Bureau central de contrôle des pollutions en Inde, Patancheru fait partie des 22 sites dont la situation est jugée très critique. L’organisation écologiste Greenpeace y a mené des actions avec des groupes locaux depuis 2005. «Il y a eu quelques mesures prises depuis pour fournir une eau de meilleure qualité aux villageois et informer la population», relève ­Sanjeev, de Greenpeace Inde. Mais, «les eaux qui sortent de la station de traitement sont toujours contaminées». Joakim Larsson estime également qu’«aucun progrès significatif n’a été enregistré dans la manière dont on s’occupe de ces pollutions là-bas».

vendredi 24 octobre 2008

Les poissons du Saint-Laurent gavés d'œstrogènes et d'antidépresseurs


Où l'on comprend l'urgence d'un traitement de l'eau à la pointe...

Le site http://nouvelles.umontreal.ca/content/view/1715/221/, rapporte qu'un seul nanogramme (ng) d'hormones stéroïdes dans un litre d'eau est suffisant pour perturber le système endocrinien des poissons et diminuer leur fertilité, voire causer l'hermaphrodisme ou la féminisation des mâles. Les eaux que l'usine d'épuration de Montréal rejette dans le fleuve Saint-Laurent contiennent jusqu'à 90 ng/l de certains composés d'œstrogène. C'est dire dans quelle soupe hormonale nagent les poissons!

Une étude réalisée par Liza Viglino, chercheuse postdoctorale au Département de chimie et à la Chaire industrielle CRSNG en eau potable de l'École polytechnique, sous la direction de Sébastien Sauvé et de Michelle Provost, démontre la présence de résidus d'œstrogène dans l'eau du fleuve et ses effets sur les espèces aquatiques. Liza Viglino a pris en considération non seulement les hormones naturelles et celles entrant dans les contraceptifs oraux mais, pour la première fois, des produits utilisés dans l'hormonothérapie de remplacement, prescrite aux femmes ménopausées.

On doit se rassurer quant à l'eau potable; elle ne contient pas autant d'œstrogènes que les taux mesurés dans le fleuve puisque, selon Sébastien Sauvé, une bonne part des molécules concernées est dégradée par les procédés de purification comme la chloration.

Une autre étude du même genre portant cette fois sur six antidépresseurs et quatre dérivés métaboliques a été menée par André Lajeunesse, doctorant du professeur Sauvé, et Christian Gagnon, d'Environnement Canada.

L'étude a montré que les antidépresseurs, contrairement aux œstrogènes, ne sont presque pas retenus à l'usine d'épuration. Par exemple, un dérivé métabolique de la venlafaxine (inhibiteur de la recapture de la sérotonine), dont le taux était de 274 ng/l à l'entrée de l'usine, affichait encore un taux de 225 ng/l à la sortie.

«À cause de leur composition chimique, de 80 à 90 % des antidépresseurs demeurent dans l'eau après l'épuration», affirme Sébastien Sauvé.

Ces molécules miment l'effet de la sérotonine et peuvent, entre autres, influer sur la vasoconstriction chez les poissons, la reproduction chez les mollusques et le battement des cils chez les protozoaires. Selon les chercheurs, seul un traitement par ozonation pourrait vraisemblablement détruire ces molécules.

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