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vendredi 2 avril 2010

L’Irlande : fin de la gratuité de l’eau… mais fin du gaspillage !

L’Irlande était la dernière exception européenne concernant sa tarification de l’eau, en effet,
depuis 1997, l’eau à usage domestique est gratuite en Irlande, en vertu d’une exception prévue par la directive cadre sur l’eau.

Mais l’Irlande à côté de cela, s’est régulièrement fait tapé sur les doigts par la Commission européenne en raison de la mauvaise qualité de ses eaux : condamnée en 2002 par la Cour de justice de l’Union européenne, rappelée à l’ordre en 2007 et condamnée en 2008. La dernière en date, à l’automne 2009, la Commission européenne a de nouveau mené l’Irlande devant la CJUE à propos de la qualité de ses eaux.

L’Irlande a également été montrée du doigt par le monde, à la suite d’un rapport de l’OCDE en novembre dernier qui lui demande de mettre fin à la gratuité de l’eau, cette dernière empêchant le « développement d’un secteur des services de l’eau performant aux plans économiques, environnemental et social. »

En décembre 2009, le gouvernement irlandais la fin de la gratuité de l’eau à usage domestique. Les consommateurs devront payer l’eau consommée dès que les compteurs seront installés dans les 1,1 millions de foyers du pays. Le gouvernement compte commencer cette opération en 2011 et estime sa durée à trois ans. Les modalités de déploiement, ainsi que les coûts associés et la répartition des efforts financiers n’ont pas encore été dévoilés.

Sineád O’Brien, coordinatrice du Swan (Sustainable Water Network), un réseau d’organisations de protection de l’environnement sur le thème de l’eau, indique que la plupart des membres sont favorables à ce que les consommateurs paient directement l’eau qu’ils utilisent car « les gens n’accordent pas de valeur à l’eau en tant que ressource jusqu’à ce qu’ils la paient, à moins d’organiser une campagne d’information importante », indique-t-elle. « D’un point de vue pragmatique, c’est aussi le seul moyen de faire rentrer de l’argent pour déployer les mesures nécessaires de protection » de l’eau. Le ministre de l’environnement a déjà annoncé qu’il comptait obtenir un milliard d’euros par an grâce à cette mesure.

Une somme non négligeable car l’Irlande, comme de nombreux pays européens a besoin d’investir : les précipitations baissent, la population s’accroît et le réseau de distribution vieillissant montre des signes de faiblesse inquiétants, avec dans certaines parties du pays jusqu’à 58% de l’eau traitée perdue dans le réseau par fuites diffuses.

Source : Le Journal de l’Environnement

samedi 30 août 2008

L'eau que nous buvons et l'air que nous respirons...

La question de la délégation du service public de l’eau ou de la gestion directe par la collectivité de ce service déchaîne, comme on l'a vu encore dernièrement à Paris, des passions surprenantes et des discours frisant parfois l'irrationnel, symptômes d'enjeux symboliques forts et rarement nommés. L'eau, que l'usage associe souvent à l'air comme un autre élément nécessaire à la vie, est par là-même investie d'une trompeuse image d'abondance et de gratuité, comme s'il nous restait de lointains et bien fictifs ancêtres la nostalgie d'un état de nature où toutes les ressources auraient été immédiatement et largement disponibles : notre imaginaire n'a pas intégré que le transport de l'eau, son conditionnement pour l'usage humain, l'assainissement de nos rejets nécessitent une infrastructure considérable, génèrent des coûts, et que la ressource se raréfiant, il faudra à terme mettre en oeuvre des procédés de traitement de plus en plus complexes. Pour l'heure, il est encore possible, avec beaucoup d'irréalisme, de se réfugier dans des mythes collectivistes et d'attribuer les difficultés à quelques boucs émissaires (le Grand Capital, le Chinois, le Réchauffement, voire la collusion maligne des trois...) Mais l'heure vient où il faudra, selon un vocable cher aux apôtres de la socialisation tous azimuts, « faire l'analyse concrète de la situation concrète » (Lénine). Il n'est pas à exclure qu'une telle prise de conscience, à laquelle certains de nos compatriotes répugnent violemment, suscite des réactions dont les paniques ayant suivi les chocs pétroliers dans les années 70 ne donnent qu'une faible idée. Quelques repères me semblent alors devoir être gardés à l'esprit lorsqu'on aborde la question de l'eau, tant d'un point de vue quantitatif que qualitatif :

- Les tensions, du plan international au niveau local, proviennent principalement d'une raréfaction attendue de la ressource ; d'un point de vue macro-économique, si l'on admet le rapport basique de corrélation inverse entre le facteur prix et la consommation, c'est la hausse du prix de l'eau qui est la plus à même d'en garantir la préservation et la disponibilité. Partant, l'augmentation substantielle de la facture des usagers, contre laquelle se cristallisent pourtant nombre de revendications, apparaît comme la nécessité première d'une gestion éco-responsable (nous attendons toujours de voir un mouvement écologiste réclamer le passage à un tarif de 5 euros le mètre-cube, comme ce fut le cas pour le litre d'essence). Bien entendu, tout un système de solidarité entre les usagers démunis et les usagers aisés reste à penser pour que ce tarif reste socialement acceptable : là-dessus, l'exemple de nombreux pays en voie de développement, qui ont mis en place une politique de tarification favorable aux petits consommateurs, pourrait être suivi. Reste qu'une eau chère (qui n'est pas, contrairement à l'idée reçue, l'apanage d'un système de délégation de service public plus que d'une régie) devient pour tous ce qu'elle doit être, ce qu'elle est dans la nature, c'est-à-dire un bien précieux.

- La qualité de l'eau doit être, partout, la priorité non négociable de toute organisation régissant l'accès à la ressource. La question politique n'est donc pas de savoir s'il faut remettre les clés de la gestion de l'eau à des entreprises privées, ou s'il faut collectiviser telle ou telle partie de l'activité. L'enjeu est de mettre en place un système de gouvernance permettant la transparence et l'audit extérieur nécessaires à une gestion parfaitement fiable, ce qui implique la distinction entre l'opérateur et le contrôleur d'une part, la possibilité de mettre en concurrence l'opérateur d'autre part.

Nous ne sommes pas, on l'aura compris, de ceux qui promeuvent une gestion purement libérale de l'eau (il y aurait d'ailleurs à dire sur le mésusage du terme de privatisation, qui ne correspond à aucune réalité dans la distribution d'eau en France) : en tant que cette question s'articule aux préoccupations de santé publique, elle demeure ordonnée de plein droit au politique. Mais il importe de reconnaître, au sein d'un débat dépassionné, les avantages objectifs des différents modèles économiques, en renonçant à agiter les fantoches éculés d'une extrême gauche qui se cherchent de nouveaux spéculateurs empoisonneurs, et à motiver des comportements de consommation irresponsables.

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