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mercredi 8 décembre 2010

De l'eau de plus en plus écolo ?

Depuis le début de l'année, une drôle de petite camionnette rose sillonne les rues du XVe arrondissement de Paris. Evian, géant mondial de l'eau en bouteille, y teste sa nouvelle stratégie marketing : la livraison gratuite à domicile.
La campagne de promotion Evian chez vous arrive au moment où l'entreprise tente de retrouver le terrain perdu au moment de la crise. Et pour cause : les Français, grands consommateurs d'eau en bouteille (plus de 100 litres par personne et par an), modèrent leur consommation.
Avec la baisse du pouvoir d'achat, l'or bleu en bouteille a perdu de son lustre. La chute des ventes -près de 20% entre 2006 et 2009- a fait mal aux grands joueurs de cette industrie comme Danone (Evian, Badoit, Volvic), Neptune (Cristaline, Saint-Yorre, Thonon) et Nestlé Waters (Vittel, Perrier).
Ce n'est pas d'hier que les embouteilleurs se drapent de vert. Mais cette fois, ils en remettent une couche. Le nouveau service d'Evian ne veut pas seulement vous faciliter la vie. Il se veut aussi « plus écologique ».
L'entreprise fait valoir que l'eau, acheminée en train jusqu'à Paris, est ensuite transportée vers l'entrepôt par un camion hybride ou fonctionnant au gaz. De petits véhicules électriques prennent ensuite le relais, jusqu'à chez vous.
Si ce service se limite pour l'instant au seul arrondissement parisien, Evian compte étendre ce service au reste de la capitale, puis à la France entière.
Cette nouvelle initiative « verte » ne convainc pas du tout les écologistes, dont Nathalie Villermet de France nature environnement, qui souligne que l'eau du robinet est déjà acheminée jusqu'au domicile :
« Même si c'est transporté par camion ou par train, c'est évident que l'absence de transport est plus écologique. »

Elle applique cette même logique à la production des bouteilles :
« Une bouteille qui n'est pas produite aura toujours moins d'impact. Le recyclage, c'est intéressant parce que l'on récupère de la matière, mais cela a un coût pour l'environnement, car ça consomme de l'énergie.
Nous, ce que nous demandons, c'est de réduire la production de déchets. Et pour cela, le mieux c'est de boire de l'eau du robinet. »

Pour des raisons similaires, le gouvernement milite aussi pour une plus grande consommation d'eau du robinet. Dans l'une de ses brochures de prévention de la pollution, le ministère de l'Ecologie note :
« L'eau du robinet est disponible sans emballage. Par rapport à l'eau embouteillée, cela permet d'économiser environ 10 kg de déchets par an et par personne. »

La carte de la santé
Les embouteilleurs jouent aussi la carte de la santé. Depuis un an, Evian et Vittel ont lancé des campagnes publicitaires vantant les saines propriétés de leur produit.
Avec son slogan « Evian. Vivons jeune », l'entreprise associe son produit à la jeunesse éternelle, véritable fontaine de Jouvence.

« On agit sur tout ce que l'on peut agir pour consolider notre légitimité dans l'esprit des consommateurs », explique M. Manichon. « Il s'agit de remettre l'église au centre du village et de dire ce qu'on est ».
Pour Vittel, cela veut dire une eau de source naturelle aux propriétés médicales reconnues et qui ne subit aucun traitement chimique. Un liquide, presque magique.

France nature environnement, qui a porté plainte contre Cristaline (Neptune) devant l'Autorité de régulation professionnelle de la publicité (ARPP) pour qu'elle cesse de « dénigrer » l'eau du robinet dans un jeu pour enfant, estime que l'eau des villes est de bonne qualité :
« C'est vrai que nos cours d'eau sont mis à mal à cause de l'activité agricole et industrielle. Par contre, des sommes gigantesques sont dépensées pour avoir de l'eau potable au robinet. Une eau qui est beaucoup plus contrôlée que l'eau en bouteille. »

En plus des écologistes, des grandes villes comme Paris et Lyon font campagne pour l'eau municipale. Une eau publique qui coûte de « 100 à 300 fois moins cher que l'eau en bouteille », rappelle le ministère de l'Ecologie.

Source : ecorue89

dimanche 14 février 2010

Revivez sur Géoportail la grande crue de la Seine de 1910

Sur le site Géoportail, quelques clics de souris peuvent faire ressortir la Seine de son lit, comme elle l'a fait il y a exactement un siècle, provoquant des dégâts considérables. L'étalement des eaux peut être visualisé sur les cartes d'époque mais aussi sur celles d'aujourd'hui, démontrant combien une telle crue serait autrement plus catastrophique : voir à ce sujet notre article du 21 janvier ici : http://infos-eau.blogspot.com/2010/01/paris-se-protege-contre-les-inondations.html

Source :

jeudi 21 janvier 2010

Paris se protège contre les inondations

Quand Paris sera-t-il sous les eaux comme lors de la crue centennale de janvier 1910, c'est-à dire une crue qui a une chance sur cent de se produire chaque année?
La Seine, un fleuve calme, s'écoule mollement au rythme de 250 m3 par seconde à Paris. Mais, sous l'effet de longs épisodes de pluies, elle se réveille et gonfle en quelques jours. Le débit avait atteint 2 500 m3 au pic de la crue de 1910!
Pour évaluer le risque d'inondations, qui demeure le premier risque naturel en Île-de-France, le suivi du débit est d'ailleurs tout aussi important que celui de la hauteur d'eau. Le débit fait l'objet d'une surveillance sophistiquée, avec un système à ultrasons installé au pied du pont d'Austerlitz depuis trois ans.
« Un jour l'eau reviendra. »
D'ordinaire, le niveau de la Seine est inférieur à un mètre. Lorsque l'eau grimpe à trois mètres, ce qui se produit presque tous les hivers dans la capitale, les voies sur berges commencent à être fermées. À 4,30 m, la navigation est interdite. À par tir de six mètres - ce seuil a été franchi à douze reprises au XXe siècle, la dernière fois remontant au 14 janvier 1982 -, les tunnels du RER C sont inondés et, pour éviter que l'eau n'envahisse les rues, il faut rehausser les murettes des quais.
Au-delà de sept mètres, l'eau commence à gagner certaines rues. À partir de huit mètres, comme en 1910, l'ensemble des zones inondables le long de la Seine - 13 arrondissements sont concernés au moins en partie – se retrouvent sous les eaux par débordement de surface mais aussi via le réseau d'assainissement et la remontée de la nappe d'eau (1).
Alors, quand ce scénario se reproduira-t-il, affectant le million d'habitants vivant en zones inondables en Île-de-France et, plus largement, perturbant la vie de cinq millions de Franciliens?
Les Grands Lacs de Seine se hasardent seulement à répondre qu'« un jour l'eau reviendra». Cet établissement public interdépartemental a pour mission d'atténuer les crues de la Seine et de ses principaux affluents grâce à la gestion de quatre grands lacs réservoirs (2) progressivement mis en service depuis la dernière guerre: le lac de Pannecière sur l'Yonne (1949), le lac de la forêt d'Orient sur la Seine (1966), le lac du Der-Chantecoq sur la Marne (1974) et ceux du Temple et d'Amance sur l'Aube (1990). Au total, ces lacs peuvent stocker en amont de la capitale 830 millions de mètres cubes d'eau.
Leur rôle décisif permet d'écrêter la crue, de limiter les inondations, pas de les supprimer. «En 1910, la crue a représenté un volume de six milliards de mètres cubes d'eau et 2,4 milliards sont passés par-des sus les berges», précise Pascal Popelin, président des Grands Lacs de Seine et auteur du jour où l'eau reviendra (3). D'où le projet d'un cinquième grand aménagement, dit de la Bassée, en Seine-et-Marne, à l'étude depuis 2001, qui devrait faire l'objet d'un débat public fin 2011 en vue d'une réalisation en 2014.
Fini l'époque des grands barrages. L'ouvrage de la Bassée suit une philosophie différente : il vise à réaménager sur 2 300 hectares en Seine-et-Marne une ancienne zone naturelle d'expansion de crues - une plaine située entre Montereau-Fault-Yonne et Bray- sur-Seine - pour y stocker de manière temporaire 55 millions de mètres cubes d'eau supplémentaires qui seraient pompés dans la Seine et permettraient ainsi de faire baisser le niveau d'une crue à Paris de 30 à 60 cm. Mais pas encore de
totalement supprimer le risque d'inondation. «S'il avait existé au XXe siècle, l'aménagement de la Bassée aurait été utilisé à 18 reprises et aurait évité trois milliards d'euros de dommages», fait valoir Pascal Popelin. Des communes comme celles d'Ivry ou Alfortville seraient mises hors d'eau lors d'une crue type 1910 et la ligne C du RER serait protégée lors des crues dites trentennales et resterait vulnérable uniquement aux crues centennales. De quoi, aux yeux de Pascal Popelin, largement justifier l'investissement des 500 millions d'euros requis pour réaliser l'ouvrage, notamment la construction d'une soixantaine de kilomètres de talus devant border la zone d'inondation temporaire.
La Bassée vise, en cas de concomitance de crue de la Seine et de l'Yonne, à intercepter et retarder
la crue de la Seine pour laisser passer celle de l'Yonne, l'affluent «sauvageon» plus intrépide que le fleuve. «Les crues de la Seine sont d'ordinaire dues à des pluies d'origine océanique, des précipitations de longue durée et d'intensité modérée, le cumul finissant par créer la crue», explique Daniel Duband, président de la division Eau et environnement de la Société hydrotechnique de
France et organisateur du colloque sur les risques d'inondations en Île-de-France, qui se tiendra
les 24 et 25 mars prochains. Mais aujourd'hui, hydrologues et météorologues s'interrogent sur le risque d'un cumul exceptionnel décrues à la fois d'origine océanique et méditerranéenne dû à une alternance rapprochée de circulations météorologiques. « Cela s'est déjà produit par deux fois sur le Rhône et la Loire au XIXe siècle: à des longues pluies régulières venues de l'océan succède un épisode de pluies méditerranéennes plus intenses à un moment où les sols sont déjà gorgés d'eau », explique Daniel Duband. Le résultat est évidemment dévastateur. Ces pluies d'origine méditerranéenne remontent la vallée du Rhône jusqu'au Morvan et à la Loire. L'Yonne, qui prend précisément sa source dans le Morvan, peut donc être exposée à ces pluies et alors aggraver le risque d'inondation en Île-de-France. « Certaines crues records survenues dans l'est de l'Europe, ces dernières années, notamment celle de l'Elbe en Allemagne en 2002, ont eu pour origine des types de précipitations très peu fréquents. D'où cette interrogation sur un risque mal connu pour le bassin de la Seine, poursuit Daniel Duband. Pour éclairer cette question, nous devons poursuivre un gros travail de mémoire et d'analyse scientifique des raisons qui ont conduit aux inondations passées, indispensable pour affiner les modèles de prévision. »
L'autre grande inconnue réside dans l'impact du changement climatique, aussi bien en matière de risque d'étiage et de manque d'eau, l'été - on pouvait traverser la Seine en bottes lors de l'été 1942! – que de risque d'inondation, l'hiver. La France doit se doter d'ici à 2011 d'un plan national d'adaptation au changement climatique, comportant notamment des mesures à adopter face aux inondations. Les premières conclusions d'un groupe de travail sont attendues pour le mois de juin prochain.

MARIE VERDIER

(1) 322 communes sont classées inondables sur les 1 300 de la région Île-de-France.
(2) Ces lacs servent également de soutien d'étiage pendant l'été.
(3) Éditions J.-C. Gawsewitch, 221 p., 17,90 6 (lire La Croix du 15 décembre
2009.
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