vendredi 31 juillet 2009
Grenelle de la mer : un plan pour l'énergie « bleue »
jeudi 30 juillet 2009
Matt Damon s'engage pour l'accès à l'eau

mardi 28 juillet 2009
Les guerres pour l'eau, un mythe ?
Selon Wendy Barnaby - présidente de l’Association des écrivains scientifiques britanniques et auteur du livre « Do nations go to war over water? », l’idée de futurs conflits concernant les ressources d’eau serait un « mythe. »
Elle rapporte la thèse de Tony Allan, professeur à l’Université Kings College London, selon lequel il s’agit plutôt d’un conflit sur « l’eau virtuelle. » Selon lui, « l'eau virtuelle coule plus dans le Moyen-Orient que le fleuve du Nil en Egypte. » Les conflits qui opposeraient l'Egypte, l’Israël et la Jordanie ne seraient pas en rapport avec l’eau. Wendy Barnaby estime que « bien que la gestion de l'eau doive s'adapter au changement climatique, les mécanismes de base d'accords commerciaux, internationaux et le développement économique, qui font diminuer les pénuries d’eau, persisteront. »
lundi 27 juillet 2009
dimanche 26 juillet 2009
Enquête sur la gestion de l’eau et l’assainissement
samedi 25 juillet 2009
Le combat de Ma Jun contre la pollution de l'eau en Chine
Quand il a lancé en 2006 à Pékin l'Institute for Public & Environmental Affairs (Institut pour les affaires publiques et environnementales ou IPE), Ma Jun s'attelait à une entreprise titanesque : dresser une carte de la pollution de l'eau en Chine et identifier les entreprises fautives.
Ancien assistant à Pékin du journal hongkongais South Post, Ma Jun s'est fait connaître en 1999, avec son ouvrage La Crise de l'eau en Chine. Aujourd'hui, trois ans après son lancement, le site de l'IPE répertorie près de 32 000 contrevenants à la législation sur la pollution de l'eau, et plus de 13 000 dans le domaine de la pollution atmosphérique. 1,7 million de visiteurs ont été comptabilisés depuis juin 2008. Le moteur de recherche de l'IPE, qui permet, en indiquant le nom d'une usine, d'avoir accès à son "casier judiciaire" écologique, est en train de devenir une référence : "Nos informations sont de source publique. Elles viennent soit des bureaux locaux de protection de l'environnement, soit des médias. Le renforcement en Chine, l'année dernière, des mesures sur la transparence des informations relatives à l'environnement a eu un effet de catalyseur, la quantité d'information disponible sur la pollution s'est accrue de manière exponentielle", explique Ma Jun.
Certains des contrevenants épinglés par l'IPE se décident à contacter l'ONG, qui leur suggère la réalisation d'un audit par un cabinet spécialisé dans l'environnement. Si l'entreprise s'amende et met en oeuvre des mesures antipollution, elle peut être rayée de la liste noire. "Les pollueurs ne se sentent pas menacés par les amendes, souvent trop faibles, mais ils craignent de plus en plus la mauvaise publicité", estime Ma Jun. La trentaine de sociétés, qui ont entrepris de corriger leurs pratiques, y ont été poussées par les multinationales dont elles sont les fournisseurs ou les partenaires. Ce qui a conduit l'IPE à lancer un "pacte pour une chaîne d'approvisionnement verte ", selon lequel une multinationale s'engage à s'assurer que ses partenaires chinois sont "propres" : Wal-Mart ou Nike, s'y sont engagés, mais aucun de leurs concurrents français.
Pour agir simultanément auprès des gouvernements locaux, l'IPE a lancé en juin un classement des villes chinoises, selon une batterie de critères environnementaux, comme la transparence des données. "On demande les informations que la loi désigne comme ouvertes au public. Certaines municipalités répondent qu'elles ne sont pas prêtes, d'autres que leur chef n'est pas d'accord. C'est un premier test", dit-il. "Le travail de Ma Jun est très important, estime Alex Wang, l'un des juristes travaillant à Pékin pour l'ONG américaine NRDC (Natural Resource Defense Council), car depuis le temps que la Chine est l'usine du monde, il permet enfin de faire comprendre aux sociétés chinoises et étrangères que violer les lois de protection de l'environnement n'est plus acceptable."
Ma Jun et ses équipes font face à des résistances : les gouvernements locaux soucieux d'attirer les investisseurs mettent régulièrement au pas les bureaux locaux du ministère de l'environnement et la presse. Collusion et corruption - notamment quand il s'agit de groupes publics - protègent les pollueurs qui se passent donc de lobbyistes.
Les barrages géants prévus sur le cours supérieur du Yangzi, en amont du barrage des Trois-Gorges, construits par des consortiums de sociétés d'électricité et de géants du BTP et financés par les grandes banques et les gouvernements provinciaux, reflètent ces difficultés. Dans plusieurs cas, les travaux ont avancé sans que les maîtres d'oeuvre n'aient procédé à la moindre étude d'impact sur l'environnement, pourtant obligatoire. Mis devant le fait accompli, le ministère de l'environnement vient d'ordonner la suspension des travaux de deux des barrages. Mais les écologistes n'ont pas eu voix au chapitre.
Les promoteurs d'un barrage, celui d'Ahai dans le Yunnan, ont publié en 2007 une étude succincte d'impact sur l'environnement. Fin 2008, l'IPE et d'autres ONG ont donc été invités - pour la première fois dans le cas d'un projet hydroélectrique en Chine - à participer à une consultation organisée par le ministère avec les constructeurs du barrage dont l'édification est déjà bien avancée : "On a dit qu'on ne viendrait que si nous obtenions auparavant les réponses aux questions que nous avions posées en 2007, lors de la publication de l'étude. Cela a été le cas, ce qui nous a permis de consulter des experts et pointer du doigt toutes sortes de risques sur l'écosystème. C'est très positif, mais il y a encore beaucoup de travail à faire !".
jeudi 23 juillet 2009
Les nouveaux défis de l'eau, « Pour une culture de la responsabilité », Antoine Frérot

La publication d’ouvrages sur l’eau et ses problématiques a été particulièrement importante cette année. Ainsi je ne suis arrivée à la lecture du livre intitulé « Pour une culture de la responsabilité » que cet été. Son auteur, Antoine Frérot, ancien élève de l'École Polytechnique et Docteur de l'École Nationale des Ponts et Chaussées, est actuellement directeur général de Veolia Eau. Ma tentative d’avoir une connaissance exhaustive de tous les ouvrages qui paraissent sur le sujet me permet de souligner que ce livre s’illustre par son approche concrète et réaliste, me semble t-il des grands enjeux liés à l’eau.
En effet, cet ouvrage fait le point sur les grands enjeux actuels de l’eau dans le monde dans l’objectif « de démontrer qu’il est possible d’avoir, face à la question de l‘eau, une réflexion qui privilégie l’action tout en allant dans le sens de l’intérêt général ». De plus, ’auteur partage l’opinion de son préfacier, Ángel Gurría, secrétaire général de l’OCDE et membre du conseil consultatif pour l’eau et l’assainissement auprès du secrétariat de l’ONU, selon lequel « l’irresponsabilité des hommes a fait de l’eau un des principaux problèmes pour les hommes de ce siècle ».
En visant à « dépassionner » les débats et les amener sur le terrain de l’objectivité, il trace de nouvelles perspectives sur les questions de ressources, de modèles financiers, de solidarité et de gouvernance. Les propositions, enrichies d’exemples concrets, s’appuient sur une double conviction : les réponses ne peuvent pas être globaalisantes ni idéologiques, et les progrès ne verront pas le jour sans logique de coopération et de dialogue entre les acteurs.
La première partie détaille le problème de l’eau dans le monde contemporain. Selon l’auteur, afin de ne pas « polluer » le débat autour des solutions, ce problème doit être pris de façon à la fois sérieuse et calme, c’est-à-dire en évitant à la fois l’indifférence et le catastrophisme.
Quelques idées fortes de cette partie, essentiellement pédagogique :
- Il ne faut pas se tromper de responsable. C’est bien la croissance démographique qui génère le problème de l’eau et non pas une évolution naturelle, car la quantité d’eau sur notre planète, comme on le sait bien, reste stable. Nous sommes responsables du problème de l’eau. « A Jakarta, les systèmes d’approvisionnement en eau et d’évacuation des eaux usées ont été conçus à l’origine pour une population de 500 000 personnes. Aujourd’hui, la capitale indonésienne dépasse les 15 millions d’habitants et subit une pénurie d’eau permanente »
- La demande a augmenté avec la démographie, mais elle a augmenté d’une façon irraisonnée : surexploitation agricole, réseaux d’adduction et d’assainissement inadaptés et insuffisamment entretenus, pompage excessif de nappes phréatiques…
- La conséquence est une diminution de la qualité de l’eau, qui entraîne notamment la pollution durable des nappes phréatiques et des crises sanitaires (notamment les épidémies de choléra). « Dans les pays en développement, 90 % des eaux usées sont rejetées sans traitement. Le potentiel destructeur des eaux usées ni collectées ni traitées est explosif. Les bombes sanitaires sont amorcées, prêtes à exploser en série »
- Or, le problème de l’eau est central pour le développement des pays : l’eau détermine en grande partie la santé des individus, mais aussi le développement économique ou scolaire. La question est au cœur des objectifs du millénaire. Selon l’auteur, si l’on veut les respecter, il faudra apporter « l’eau potable à 900 millions d’individus et l’assainissement à 1,3 milliards d’ici 2015 » (soit dans sept ans).
Dans un deuxième chapitre, qu’il nomme « les faux amis de l’eau », l’auteur s’attache à dénoncer de fausses vérités ou lieux communs, qui à force de focaliser les attentions détournent des vrais problèmes :
- Même si le réchauffement climatique aura des conséquences sur la ressource en eau, il ne faut pas surestimer son impact, car on risque d’oublier que la cause principale est essentiellement un manque d’engagement et d’organisation collectif. « Avec le martèlement médiatique généralisé sur le réchauffement climatique, on tend à oublier que les problèmes actuels d’eau dans le monde proviennent de l’homme, et non de la nature. Leur origine se trouve bien plus dans l’augmentation de la population et de la demande en eau par habitant que dans les évolutions climatiques en cours » Il ne faut pas surestimer le risque de « guerres de l’eau ». Au contraire, on voit se développer une « hydrosolidarité » à l’échelle mondiale ainsi que de nouvelles attitudes. Les pays développés prennent en compte la question climatique dans leur gestion de l’eau à long terme.
- En ce qui concerne le financement du service d’eau, deux solutions mises en avant sont, selon l’auteur, impraticables : la gratuité totale et le recouvrement total par l’usager. Elles ne sont pas praticables dans les pays en développement : la gratuité ne permet pas d’entretenir les réseaux d’eau et le recouvrement par l’usager empêche l’accès des plus pauvres. Elles ne prennent pas en compte toutes les dimensions du service dans les pays développés : le consommateur paye certains services qui profitent à la collectivité, et qui devraient donc être plutôt financés par l’impôt. Il propose une solution mixte, qu’il nomme « recouvrement socialement acceptable ». « L’application du principe « l’eau paie l’eau », en vigueur dans les pays développés est irréaliste dans les pays en développement. Les investissements à réaliser y sont beaucoup trop lourds pour être supportés uniquement par les abonnés du service. Dans les pays en développement, la notion de ‘recouvrement acceptable des coûts’ doit se substituer au principe de ‘recouvrement intégral des coûts’ »
- Selon l’auteur, le secteur privé, souvent dénoncé comme hégémonique ou responsable de tous les maux, serait insuffisamment représenté dans le secteur de l’eau (moins de 10 % à l’échelle mondiale). Cela serait essentiellement dû à des contrats mal conçus dans le passé et à un manque d’expérience. L’auteur cite la dernière étude de la Banque mondiale selon laquelle « seuls 8% des partenariats public-privé mis en œuvre depuis 1990 ont été annulés avant la fin des contrats ».
- Antoine Frérot refuse la critique selon laquelle l’eau serait chère. « Dressant un parallèle hâtif avec l’or noir, on assimile parfois l’eau à l’or bleu. Il n’en est rien : l’eau n’est pas le pétrole. Le pétrole est une ressource fossile, exploitée de façon minière ; l’eau, une ressource renouvelable ». De la même façon, il dénonce un autre amalgame « l’eau n’est pas non plus l’électricité. C’est un produit facile à stocker, mais cher à transporter sur de longues distances. En somme, elle est l’inverse exact de l’électricité dont le transport est simple et peu couteux, mais dont le stockage est très difficile ». Pour pousser la comparaison il nous confronte à la réalité des couts de l’eau dans nos pays développés. Ainsi , « L’eau n’est pas un poste de dépense important dans les pays développés : En 2006, « en France, la facture d’eau représente en moyenne 1 euro par jour et par famille, pour 330 litres délivrés puis épurés quotidiennement. Les ménages consacrent à l’eau et l’assainissement 0,8 % de leur budget moyen, c’est à dire trois fois moins que pour les télécommunications (2,4 %) et quatre fois moins que pour l’électricité (3,8 %). En d’autres termes, l’eau est un des services publics les moins chers ». Dans les pays en développement, le prix serait trop faible, ce qui revient finalement à un entretien et à un raccordement insuffisants des réseaux, d’où une exclusion des populations les plus pauvres.
- Enfin, il constate que le financement des Objectifs du Millénaire est insuffisant. « L’eau et l’assainissement bénéficient chaque année d’environ 3 milliards de dollars d’aide publique au développement. Or les investissements supplémentaires pour atteindre les Objectifs du millénaire dans l’eau et l’assainissement ont été chiffrés de 10 à 30 milliards de dollars par an. Le seuil minimum de 10 milliards correspond à l’emploi de techniques « durables et bon marché ». Même si la totalité de cette somme ne saurait provenir de l’aide publique au développement, on reste loin du compte » L’aide publique est indispensable et trop faible. Les nouvelles formes d’aide au développement (aides conditionnées aux résultats, associations bailleurs de fonds internationaux - opérateurs privés) permettent de débloquer des fonds.
Dans une troisième partie, l’auteur cherche à présenter des solutions et de nouveaux modèles de gestion de la ressource.
- Antoine Frérot, considère que le droit à l’eau doit être inscrit dans les faits.
- Il faut accroître la ressource en réduisant le gaspillage, en utilisant davantage le recyclage de l’eau et le dessalement de l’eau de mer (par exemple l’usine d’Ashkelon en Israël fournit 15% de l’eau potable du pays, dans une zone qui souffre de grave pénurie d’eau). De même, l’utilisation plus importante des eaux de pluie à des fins industrielles serait utile.
- Dans les pays développés, les modèles de financement devraient évoluer. Deux pistes sont évoquées : le recours à l’impôt et la rémunération aux performances des opérateurs, comme cela est réalisé à Indianapolis. « A Indianapolis, ville de 1,1 millions d’habitants, dont Veolia Eau gère le service d’eau et d’assainissement, notre rémunération comprend une partie fixe et une partie variable. Le montant de cette dernière dépend du respect des performances exigées. Par exemple : respecter à 99,9% les standards de qualité d’eau établis par l’Environmental Protection Agency, ou encore, obtenir un taux de satisfaction des clients de 90%. Ce système d’indicateurs et de rémunération variable incite l’opérateur à améliorer ses performances »
- Dans les pays en développement, l’enjeu est d’accroître la solidarité et de développer des formes innovantes de « social business ». L’auteur cite une joint-venture créée avec Muhamad Yunus (inventeur du microcrédit et prix Nobel de la Paix 2006). Une unité de production a été installée pour alimenter en eau potable une ville de 25 000 habitants. L’investissement est remboursé par les ventes d’eau, de façon progressive . La Grameen Bank a calculé un prix de vente de l’eau en fonction des capacités financières des habitants, soit 1.5 centimes les 10 litres. « Social business », car la joint venture fonctionne sur la règle : « pas de perte, pas de dividendes ».
- Pour finir, le problème de l’eau ne peut être résolu qu’avec une amélioration de la gouvernance mondiale, qui implique une bonne volonté de chacun.
L’intérêt du livre est de dresser un tableau assez complet des problématiques de l’eau, mais de proposer aussi des idées nouvelles. L’auteur a cherché à sortir des débats classiques public/privé, prix/gratuité, etc.
On ne peut que partager le constat de l’importance du problème de l’eau, et sa volonté de renoncer au catastrophisme et à l’idéologie pour chercher (et trouver) collectivement des solutions concrètes.
Cameroun : nouveau prêt de l'AFD pour financer des infrastructures

mercredi 22 juillet 2009
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lundi 20 juillet 2009
Le secrétariat du Conseil des ministres africains sur l'eau sera inauguré fin juillet à Abuja
vendredi 17 juillet 2009
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Partenariat renforcé entre le G8 et l'Afrique pour améliorer l'accès à l'eau
mardi 14 juillet 2009
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dimanche 12 juillet 2009
Conférence : génie civil et traitement des eaux usées industrielles
vendredi 10 juillet 2009
La Banque Mondiale félicite la Tunisie pour sa gestion de l'eau
jeudi 9 juillet 2009
Appel à contribution : Risques et inégalités face à la gestion de l’eau en Méditerranée - colloque de Djerba, 24-27 septembre
La problématique de l'eau revêt un caractère stratégique à l’échelle planétaire et cristallise des enjeux multiples, environnementaux, économiques, sociaux et territoriaux. Les risques liés notamment à la raréfaction et à la contamination de la ressource en eau prennent une dimension particulière en Méditerranée où les aléas climatiques et l'inégale répartition des ressources contribuent à accroître la concurrence entre l'irrigation agricole et les besoins domestiques et urbains en constante augmentation. L’eau fait également l’objet d’une nouvelle rhétorique politique et gestionnaire où sont mis en avant des enjeux éthiques, d’équité sociale et de lutte contre la pauvreté, autant de dimensions qui font partie intégrante du développement durable. En effet, avec la notion de justice environnementale, la question de l’inégalité s’élargit à l’inégalité face au risque et la question de l’eau se voit posée non seulement en termes de répartition de la ressource, mais aussi d’accès à une eau propre, considéré comme un droit fondamental à garantir.
La remise en cause de la place prépondérante du secteur agricole dans l’utilisation des ressources hydriques, la nécessité de mieux répartir ces dernières entre différents usages et l’accentuation des risques environnementaux liés à l’irrigation (pollution, salinisation des eaux et des sols notamment) ont conduit partout à une réforme des politiques de l’eau et une réorganisation de ses systèmes de gestion. Au Sud, il s’agit du passage à une politique de gestion par la demande, visant à « rationaliser » l’usage de l’eau, notamment à travers des mesures tarifaires et des techniques d’économies d’eau, mais aussi des réformes institutionnelles visant à une prise en charge de la gestion de l’eau par ses usagers. Au Nord, sur fond de concurrences et parfois de conflits d’usage, l’intégration des questions environnementales conduit à la fois à la mise en place de nouvelles formes de coordination hydraulique et de nouveaux référentiels de gestion. Ce contexte modifie fortement les conditions d’accès à la ressource, génèrent de nouveaux risques dans la pratique de l’agriculture irriguée (coûts accrus, dépendance vis-à-vis des systèmes de gestion collective de l’eau, légitimité sociale de la pratique) et conduit à de nouvelles tensions dans le gouvernement des territoires.
Bien que de nombreux travaux aient déjà été effectués sur la question de la gestion hydraulique dans les pays de la Méditerranée, peu d’entre eux ont porté sur la perception du risque lié à la pratique de l’irrigation agricole, dans sa dimension sociale locale. C’est dans ce contexte que s’inscrit ce colloque proposé par le LADYSS, en lien avec le projet de recherche « Risques et inégalités face à la gestion durable de la ressource hydraulique en Méditerranée» (RHYM). Concernant six pays de la rive nord et de la rive sud de la Méditerranée, le projet RHYM s’est fixé comme objectifs de :
1. comprendre comment les agriculteurs irrigants identifient et hiérarchisent les problèmes que font surgir la crise hydraulique et l’expérience croissante d’un risque environnemental,
2. proposer une évaluation critique des expériences de gestion dite participative des ressources en eau, notamment de leur rôle dans la minimisation ou l’aggravation des risques et des inégalités liés à l’irrigation.
S’appuyant en partie sur les résultats du projet RHYM, le colloque de Djerba, ouvert à la communauté scientifique, permettra de rassembler des chercheurs et des doctorants de différentes disciplines qui abordent les questions du risque et des inégalités liés à la gestion des ressources hydriques. L’objectif scientifique de ce colloque est de confronter différentes démarches de recherche permettant d’analyser dans différents contextes nationaux les diagnostics faits aux échelles nationale, régionale et locale d’une « configuration hydraulique » confrontée à la gestion des risques.
Le colloque s’articule autour de quatre grands axes dans lesquels pourront s’inscrire les réponses à cet appel à contributions.
Les agriculteurs irrigants sont soumis à une multitude de risques liés à la production et à la commercialisation et sont confrontés à des choix difficiles qui conditionnent leurs comportements vis-à-vis de la ressource eau. Les risques relatifs à la production sont essentiellement d'ordre économique et environnemental. Alors que les irrigants intègrent le premier type de risques (économique) et élaborent des stratégies pour le minimiser, ils tendent à être moins conscients des risques environnementaux et à moins prendre en compte ces derniers dans leur processus décisionnel. Ils perçoivent les risques environnementaux comme peu susceptibles d’être réduits par des décisions individuelles – du fait qu’ils touchent l’ensemble des irrigants - ou comme non susceptibles d’affecter leurs résultats dans le court terme.
Les systèmes de production (choix des cultures, niveaux d'intensification, décalage des cycles de production, etc.) sont conditionnés par les opportunités commerciales et par les rapports de forces qui s’établissent entre les multiples acteurs opérant sur les marchés. La relation marché-système de production exprime fondamentalement un rapport au risque économique et des stratégies visant à le minimiser. Cette relation reflète aussi les tensions dans les processus de décision et les stratégies de valorisation de la ressource eau qui doivent prendre en compte, outre les aspects techniques de la gestion (plus ou moins maitrisés), les déterminants du marché (prix, offre, demande, circuits de distribution, saisonnalité, etc.).
L’axe thématique « Marché, échanges et systèmes de production » apportera des éclairages sur les risques liés au marché, et plus particulièrement à la commercialisation, en liaison avec les systèmes de production (y compris dans leurs aspects techniques) et contribuera à mieux comprendre les stratégies d'adaptation des agriculteurs des différents contextes nationaux et locaux. Il s’agit notamment de répondre aux questions suivantes :
1. Un système de commercialisation performant (eg. une faible marge commerciale) et des systèmes de production adaptés aux attributs des ressources et des marchés peuvent-ils réduire le risque lié à l'irrigation?
2. La complexité des marchés, la diversité des circuits de commercialisation et les difficultés des prévisions de l'offre et de la demande (et par conséquent des prix) sont-elles de nature à accroitre la perception des risques chez les irrigants ?
La notion d’inégalité environnementale est définie le plus souvent comme une forme spécifique d’inégalité sociale qui concerne soit l’exposition aux pollutions ou aux risques, soit l’accès à la nature ou aux aménités urbaines ou rurales. Une définition plus large de cette notion prend également en compte, au-delà des inégalités d’exposition aux risques et aux nuisances, les inégalités de production des maux environnementaux et la distribution inégale des « droits » à polluer et à dégrader l’environnement (inégalités écologiques). Les champs d’application de la notion d’inégalités environnementales sont nombreux : santé, habitat, rapports Nord/Sud, etc. Dans le domaine de l’eau, la question de l’accès à la ressource hydrique symbolise les plus grandes inégalités au niveau de la planète et figure au tout premier plan de l’agenda international. Les débats internationaux mettent de plus en plus en avant les enjeux éthiques, d’équité sociale et de lutte contre la pauvreté liés à l’eau (droit à l’eau). Cet axe thématique propose d’explorer la notion d’inégalités environnementales (écologiques) et d’inégalités face au risque dans le champ des recherches sur l’eau. Il s’interroge également sur les liens entre inégalités écologiques et inégalités sociales. Quatre dimensions de ces inégalités écologiques liées à l’eau sont retenues:
1. Les inégalités d’accès à l’eau, 2. les inégalités d’exposition aux nuisances et de perception des risques liés à l’usage de l’eau, 3. les inégalités de production de nuisances et de maux environnementaux liés à l’eau, 4. les inégalités dans la capacité d’action des usagers de l’eau, plus particulièrement celles résultant de l’organisation et du fonctionnement des dispositifs de gestion de l’eau.
La construction sociale et technique du risque est affaire de confrontation à l'incertitude : celle du marché, celle de la complexité technologique, celle des aléas de la nature, celle du comportement d'autrui. Chaque individu est plus ou moins perméable à ces différentes incertitudes, propose une hiérarchie entre elles et compose avec elles pour les réduire quand il n'en fait pas un appui pour orienter son comportement. L'objectif de cet axe est de comprendre en quoi ces expériences, ces choix, ces stratégies au niveau individuel répondent à des logiques sociales et techniques et d'analyser la place qu'y occupent les dispositifs sociotechniques liés à l'irrigation. En effet, une piste de réflexion est à mener à l'échelle des pays méditerranéens pour comprendre comment la construction du risque s'inscrit dans une logique, soit de prise de risque pouvant être liée à l’innovation, soit assurantielle révélant au contraire une aversion pour le risque. Les dispositifs techniques comme le rapport à la technique seront examinés sous l'angle de leur capacité à permettre une maîtrise ou au contraire une dépendance des individus dans différents contextes sociotechniques. Cet axe thématique propose donc d'explorer l'articulation entre dispositifs sociotechniques de la gestion de l'eau et vulnérabilités. Trois angles d'approche seront privilégiés:
1. y-a-t-il un lien entre la configuration des dispositifs sociotechniques et l'expression des vulnérabilités ?
2. le rapport aux autres groupes sociaux comme le rapport aux institutions sont-ils des facteurs de réduction ou d'aggravation de ces vulnérabilités ?
3. quelles sont les modalités de réponses (technique, adaptation ou innovation) et quels comportements d'anticipation génèrent ces situations vulnérables (adhésion à des modèles ou rejet, logiques techniques de dépendance ou de maîtrise, …) ?
La gestion de l’eau offre un terrain concret d’observation de la transformation des cadres institutionnels et territoriaux de la gestion des ressources naturelles et de l’émergence de nouvelles formes de gouvernance territoriale, réorganisant les rapports entre acteurs publics, privés et associatifs. Elle constitue un lieu d’investigation particulièrement intéressant des interactions, et de la manière dont sont négociées les tensions, entre logiques individuelles et exigences de l’action collective. Générant des dispositifs de gestion plus complexes, les nouvelles approches participatives et intégrées de la question hydraulique conduisent à s’interroger sur :
1. les conditions du passage d’une gestion étatique à une gestion par les usagers ou d’une refondation du partenariat public/privé,
2. les conditions du passage d’une gestion de l’eau conçue comme ressource pour la production à une gestion concertée multi-fonctions,
3. les modalités d’articulation entre anciens et nouveaux dispositifs de gestion,
4. les échelles territoriales pertinentes pour la gestion de l’eau (territoire institutionnel, territoire de la ressource, territoire technique).
* L’UMR Ladyss « Dynamiques sociales et recomposition des espaces » est un laboratoire pluridisciplinaire associant deux disciplines principales, la géographie et la sociologie et quatre sites. Elle est contractualisée avec quatre universités – Paris 1, Paris 7, Paris 8 et Paris X Nanterre (université de tutelle), et rattachée à deux sections du Comité national de la recherche scientifique, la section 39, « Espaces, Territoires, Sociétés » (section principale), et la section 36 « Normes et Règles ». Sa direction est assurée par un sociologue, Jean-Paul Billaud. Le laboratoire consacre ses travaux à l’étude des processus et formes actuels de recompositions sociales et spatiales en rapport avec la mondialisation et les problèmes d’environnement. Mieux relier ces processus et leurs différentes composantes, en combinant les approches et les points de vue disciplinaires et à travers la confrontation d’analyses menées à différents niveaux et différentes échelles et dans des contextes territoriaux diversifiés, représente l’objectif d’un projet qui s’inscrit d’emblée dans le mouvement de décloisonnement sémantique et thématique qui traverse les sciences sociales.
Lieu et dates du colloque
Djerba, 24-27 septembre 2009
Responsables scientifiques
Jean-Paul Billaud, Alia Gana
Envoyer un résumé de votre communication d’une page avant le 05 septembre 2009 aux responsables scientifiques
Alia Gana : agana@u-paris10.fr
Jean-Paul Billaud : billaud@u-paris10.fr
http://calenda.revues.org/nouvelle14212.html
mercredi 8 juillet 2009
Le Cemagref en pointe pour réduire la consommation hydrique agricole

A Montpellier, des chercheurs consacrent leurs travaux à la réduction de la consommation d'eau dans l'agriculture, qui absorbe dans le monde 70% de l'eau douce consommée annuellement, avec l'objectif de "valoriser chaque goutte" de cette ressource vitale.
Les travaux de ces chercheurs du Cemagref (institut de recherche pour l'ingénierie d'agriculture et de l'environnement) suivent deux axes principaux: expérimenter un nouveau mode d'irrigation basé sur "un goutte à goutte enterré" et promouvoir, notamment au Maghreb, une reconversion de l'irrigation classique, par rigole, vers le goutte à goutte de surface.
Le récent Forum mondial de l'eau, à Istanbul, a mis en évidence que le temps de l'eau facile était révolu sur cette planète soumise à la double pression de la croissance démographique - la population devrait passer de 6,5 milliards d'humains aujourd'hui à 9 milliards en 2050 - et du réchauffement climatique.
Réduire la consommation d'eau dans l'agriculture tout en augmentant la production alimentaire, "c'est le grand challenge", analyse Sami Bouarfa, chercheur au Cemagref.
Dans l'arboriculture et le maraîchage, le "goutte à goutte de surface", avec des tuyaux à même le sol, a déjà fait ses preuves. En limitant l'évaporation, cette technique "permet de réaliser une économie de 50% d'eau par rapport à l'irrigation par rigoles, et de 15% par rapport à l'irrigation par aspersion (jets), couramment pratiquée en France", souligne Sami Bouarfa.
Mais elle est incompatible avec le passage d'engins de labours ou de récolte sur les terres semées de céréales, qui représentent en France environ 50% des cultures sur les terres arables.
Il est donc indispensable d'enterrer les tuyaux, ce qu'expérimente depuis deux ans le Cemagref à Montpellier, où des parcelles de blé, d'orge et de maïs sont cultivées avec les trois techniques d'irrigation: aspersion, goutte à goutte de surface et enterré. Objectif: analyser et comparer la croissance de la plante, les quantités d'eau utilisées, les rendements de la céréale, et enfin modéliser sur ordinateur les données recueillies.
Avec le goutte à goutte enterré, 10% d'eau pourraient encore être économisés par rapport au goutte à goutte de surface, assure Pierre Ruelle, agronome au Cemagref.
"Ce n'est pas négligeable mais cela risque de ne pas suffire", souligne Sami Bouarfa.
Car dans le monde, l'irrigation gravitaire - par rigoles - est de loin la technique la plus utilisée. Mais elle est souvent à l'origine d'un grand gaspillage.
Participer à la conversion des agriculteurs au goutte à goutte est donc une autre mission que mènent, notamment au Maroc, avec les autorités et les chercheurs marocains, les équipes du Cemagref et du CIRAD.
Dans ce pays, un million d'hectares sont irrigués en gravitaire et l'enjeu est d'en convertir plus de la moitié au goutte à goutte classique, d'ici 2020.
Un défi dans la mesure où les agriculteurs sont habitués à submerger leurs cultures, note Sami Bouarfa. Par ailleurs, pour les petits exploitants, le passage au goutte à goutte représente un risque économique, même si le Maroc accorde jusqu'à 60% de subventions pour l'équipement.
Mais ce sont eux qu'il faut convaincre, car ce sont les plus nombreux et ils occupent les plus grandes surfaces. C'est là un vrai enjeu, dit Sami Bouarfa.
H2O mon amour

H2O mon Amour est une association toulousaine qui organise chaque année un colloque scientifique transversal : cette année, ce sera les 11 et 12 septembre. En proposant ce colloque, l’association H20 souhaite apporter une perspective transversale, avec des sujets très divers permettant aux participants d’acquérir un savoir pluridisciplinaire.
Parmi les interventions proposées :
Eau virtuelle : le mensonge est dans les chiffres, l’équation réelle est bien plus complexe … par Yann Olivaux, biophysicien, L’eau et le fœtus : action de l’environnement sur le liquide amniotique. Pathologies fœtales et précautions pour un développement optimal par Georges Dussert, médecin, Couleurs de l’eau : tout savoir sur les arcs en ciel et les phénomènes optiques liés à l’eau du ciel par Roger Raynal, professeur de biologie, Eaux informées et horticulture. Rendements quantitatifs et qualitatifs après l’action d’une eau traitée. Mais qu’est ce que l’eau informée ? par Patrice Godart , checheur indépendant, L’eau dans l’air, le plasma virtuel, ses effets réels. Du gaz de Brown aux générateurs actuels, une piste passionnante pour une énergie à profusion par Gérard Froussart, chercheur indépendant, Physique de la goutte d’eau. La forme, comme la dynamique d’une goutte d’eau statique ou en mouvement, sont régies par des lois physiques simples …mais difficiles à appliquer par Marc Henry, Prof. Fac de Strasbourg, Micro centrales et biodiversité. Les microturbines respectent désormais la faune , elles ont néanmoins un rendement étonnant par Pierre Lefevre, cabinet Hydo-M, Dégazage des lacs hyperbiotiques. Catastrophe annoncée ou opportunité énergétique ? Des considérations politiques bloquent actuellement les recherches par Pierre Lefevre, cabinet Hydo-M, Réseaux haute tension et élevages. Nuisances sanitaires et courants collatéraux, l’avis d’une vétérinaire de terrain par Françoise Heitz, docteur vétérinaire, Rôle de l’eau liée dans les transferts énergétiques cellulaires Influence de la structure de l’eau interfaciale sur les activations enzymatiques. Exemples et conséquences biologiques par André Moulin, biologiste 13190 Allauch, Action d’ondes électromagnétiques ( téléphone portable) sur des échantillons d’eau déstrucurée, puis restructurée ( procédé Dileka) par Joseph Ligné, ingénieur, chercheur indépendant. L’imaginaire de l’eau : présence dans les mythes humains, mais aussi dans des situations extrèmes ( états de conscience modifiée), d’une réalité éthérique dont le support physique est l’eau par Roger Durand, professeur à L'Université de Clermont-Ferrand.
plus d'infos sur http://h2omonamour.blog.fr/
mardi 7 juillet 2009
Tensions sur les ressources hydriques en Inde

A Calcutta le 15 juin et à New Delhi le 16 juin, ont eu lieu des manifestations contre les carences de l’approvisionnement en eau.
A New Delhi, des militants du Parti Bharatiya Janata (BJP) ont organisé une manifestation devant l’Assemblée de Delhi pour protester contre les coupures d’eau et d’électricité dans la capitale. Le parti se plaint de « l’inefficacité du gouvernement à agir pendant que 40 % de la population endure la situation. »
A Calcutta, Indian Express.com rapporte la manifestation qui s’est déroulée devant le conseil municipal. La crise de l’approvisionnement en eau constitue le motif de ce mouvement. Certains des manifestants auraient été réprimés par les autorités. Javed Ahmed Khan, le leader de cette manifestation explique : « il y a plein de gens dans le Sud de Kolkata qui subissent la crise de l’eau. Bahala et Tollygunj n’ont pas d’eau. Nous avons mené un mouvement d’opposition pacifique jusqu’à ce que la police se mobilise. »
La veille, à Chandigarh, se déroulait justement un séminaire sur la crise de l’eau et le rôle des médias, durant lequel les experts ont avancé que la rareté en eau était davantage due à une mauvaise gestion qu'à la sécheresse.
R.K. Srinivasan, du Centre pour la science et l’environnement estime qu’« il y a d’abondantes sources d'eau disponibles, mais la mauvaise gestion, l’inertie des bureaucrates et l’indifférence de la société sont les causes de la pénurie. » Selon Bajinder Pal Singh, journaliste et chercheur environnementaliste à l’Université de Panjab, le Nord-ouest de l'Inde exporte des milliards de litre d’eau virtuelle, ce qui est « surprenant » étant donné que la région est considérée comme une des régions les plus touchées par le manque d’eau. Les participants se sont quittés en recommandant vivement aux médias d'informer, d’instruire et de motiver la population de manière à utiliser les ressources de manière à ce que l’eau nécessaire pour les générations futures ne soit pas épuisée.
Le dessalement explose aux Emirats

Lors de la conférence biannuelle de l’Association internationale du dessalement (IDA), les autorités émiraties ont annoncé l’investissement de près de 40 milliards de dollars dans le pays afin d’augmenter la productivité des usines de dessalement.
Le pays envisagerait de tripler la capacité de sa production d’eau dessalée dans les 10 ans à venir. Rashid Ahmad Bin Fahd, ministre de l’Environnement, estime que « l'eau est le premier défi des Emirats Arabes Unis (EAU) et la demande devrait être gérée soigneusement. » Il ajoute qu’« aucune conséquence du processus de dessalement n'est sans impact mais avant que des évaluations environnementales ne puissent être faites, il doit être mis en évidence qu’il s’agit de la seule alternative que nous avons. »
Une chaîne d'info dédiée à l'eau !
On en rêvait, elle est arrivée : la chaîne de télévision en ligne dédiée à la gestion de l’eau The Water Channel.tv vient d’être lancée.
Cette chaîne propose plus de 190 vidéos et de nouveaux contenus sont mis en ligne tous les jours, certaines fort instructives, à l'exemple de celle ci-dessous, "I want to be a water expert", tournée à l'occasion du Children World Water forum dont nous nous sommes fait l'écho ici. The Water Channel est un partenariat entre le consultant en gestion de l’eau MetaMeta Communication, l’Unesco-IHE, le réseau international pour la gestion des ressources d’eau Cap-Net, le Fonds international pour le développement de l’agriculture (IFAD), l’Union internationale pour la protection de la nature et l’entreprise en communication numérique Nymphea.
Plus d'infos sur http://www.thewaterchannel.tv
lundi 6 juillet 2009
Une chaire "Eau pour Tous" inaugurée à l'institut de France

ParisTech et la Fondation Suez Environnement - Eau pour Tous, abritée à l'Institut de France, ont noué un partenariat long terme sur le thème du développement de l'accès à l'eau et de l'assainissement dans les pays en développement à travers la chaire Eau Pour Tous, portée par AgroParisTech et MINES ParisTech.
Cette chaire d'enseignement et de recherche a pour objectifs de :
- renforcer les compétences des futurs managers du service d'eau et d'assainissement dans les pays en développement, émergents ou en transition,
- lancer des programmes de recherche appliqués à partir des problématiques rencontrées dans ces pays,
- contribuer à la diffusion des connaissances, des savoir-faire et des pratiques opérationnelles de gestion des services urbains d'eau potable et d'assainissement en réseau dans les pays.
Le Mastère Spécialisé "OpT", "Eau Pour Tous" - "International executive master" - créé dans le cadre de la chaire, relève ce défi. D'une durée de 12 mois, dispensé au centre AgroParisTech de Montpellier, il forme les futurs dirigeants à l'élaboration du plan stratégique de leur unité et aux outils de management. Sa première promotion démarrera en septembre 2009 avec le soutien de l'AFD (Agence Française de Développement).
Cette formation a pour ambition de renforcer le partage de connaissances et le transfert de savoir-faire, désignés cette année encore lors du Forum Mondial de l'eau d'Istanbul, comme un axe prioritaire pour les services d'eau et d'assainissement dans les pays émergents et en développement.
Pour améliorer les pratiques opérationnelles des services, la chaire propose un couplage innovant entre une formation à la gestion de ces services et des programmes de recherche-action au plus près des questionnements issus du terrain dans les pays cibles.
Les chercheurs de ParisTech, au sein des laboratoires de recherche, répondent aux problématiques posées par les opérateurs dans ces pays ; ils proposent et transfèrent vers les acteurs opérationnels de nouveaux outils, méthodes ou technologies sur des axes tels que :
améliorer la gouvernance et la régulation des services pour mieux servir les usagers,
- faciliter les conditions de l'accès à l'eau et à l'assainissement pour toutes les populations, jusqu'au plus défavorisées,
- optimiser la qualité des services rendus et leurs performances,
- proposer des schémas durables de gestion économique et patrimoniale et les outils de financement
adaptés.
Le fondateur du Cirque du Soleil luttera en orbite contre le manque d'eau sur Terre

Le Canadien Guy Laliberté, fondateur du Cirque du Soleil et de la fondation One Drop, partira pour la Station spatiale internationale (ISS) le 30 septembre, a annoncé jeudi à Moscou Alexeï Krasnov, chef du programme des vols habités de l'Agence fédérale spatiale russe (Roskosmos).
"Nous considérons que la mission sociale de M. Laliberté consiste à sensibiliser la communauté internationale au problème de l'eau potable, cela représente une partie nécessaire des recherches spatiales. Nous le saluons en tant que membre d'équipage et sommes prêts à soutenir sa mission. Le slogan "L'eau pour tous, tous pour l'eau" de la fondation One Drop cherche à attirer l'attention au problème du déficit d'eau potable", a indiqué M.Krasnov.
Guy Laliberté se rendra à l'ISS avec les astronautes professionnels Maksim Souraïev (Russie) et Jeffrey Williams (États-Unis) à bord du Soyouz TMA-16 qui sera lancé par la fusée-porteuse Soyouz-FG le 30 septembre depuis le cosmodrome de Baïkonour.
M.Laliberté passera 12 jours sur orbite. Il sera le premier explorateur spatial privé de l'histoire du Canada et la première personne à exécuter une Mission sociale poétique dans l'espace, indiqué la fondation One Drop sur son site internet.
Guy Laliberté est né à Québec (Canada) en 1959. Accordéoniste, échassier et cracheur de feu, il a fondé le Cirque du Soleil, un cirque sans animaux, en 1984.
L’AFD engagée dans un beau partenariat avec le Cambodge

Le Mensuel de l’Université donne sur son site l’interview de Martha Stein-Sochas, directrice opérationnelle pour l’Asie à l’AFD, et Céline Gilquin, chef de projet à la division Eau et assainissement de l’agence. Elles s’expliquent sur la réussite du développement de l’accès à l’eau à Phnom Penh au Cambodge.
LMU : Quelle est la nature de l’aide apportée par l’AFD pour l’amélioration du réseau de distribution d’eau à Phnom Penh ? Est-elle technique ou essentiellement financière, et quel suivi faites vous de l’amélioration de ce réseau ?
Martha Stein-Sochas : L’AFD a accordé deux prêts, de 11 et 16 millions d’euros, à la régie des eaux de Phnom Penh, des prêts consentis sans la garantie de l’Etat cambodgien.
Le premier prêt, accordé en 2006, est maintenant presque entièrement décaissé, et l’extension du premier centre de traitement qu’il a financé a été inauguré le 27 avril. Il s’agissait de financer l’extension d’une usine de traitement d’eau et la construction d’une deuxième prise d’eau dans le Mékong pour augmenter la capacité de production de la régie des eaux de Phnom Penh.
Nous venons de signer, le 8 mai dernier, le deuxième prêt pour la construction d’une nouvelle usine de traitement, pour une capacité de 130 000 mètres cube par jour, capacité qui sera à terme doublée. Il s’agit d’étendre le réseau de distribution au-delà du centre-ville de Phnom Penh vers la périphérie, composée de populations qui n’ont à ce jour pas accès à l’eau. En effet, si 85% des districts centraux sont à ce jour raccordés, le taux de raccordement de l’ensemble de l’agglomération ne dépasse pas 37%.
LMU : Le coût du raccordement n’est il pas prohibitif pour ces populations ?
Céline Gilquin : Il y a une tarification par tranches, c’est à dire que pour les premiers mètres cube d’eau vendus, le tarif est nettement moins élevé que les mètres cube consommés au-delà d’un certain seuil. C’est un système qui permet de favoriser les populations pauvres, mais qui incite également à l’économie. En moyenne, le tarif est donc de 0,25 dollars par mètre cube, ce qui représente pour un foyer pauvre environ 4% de ses revenus.
Nous souhaitons aussi véhiculer le message suivant : l’eau n’est pas gratuite, elle a un coût, et cela participe d’une démarche de responsabilisation des usagers.
LMU : Au-delà du rôle de bailleur de fonds qu’endosse l’AFD, y a-t-il un suivi ou un rôle de conseil quant à la gestion de ce réseau d’eau ?
Martha Stein-Sochas : Dans le cadre du projet, l’AFD a financé le « dur », c’est-à-dire la construction de l’usine de traitement, mais aussi un consultant français qui assiste la régie des eaux de Phnom Penh dans la construction de ces équipements.
S’ajoutent à cela des clauses spécifiques dans notre convention de financement qui exigent de la régie des eaux une gestion rigoureuse de nos fonds. Il s’agit de faire en sorte que le bilan de la régie soit équilibré et qu’elle maîtrise son endettement.
Cependant, la régie des eaux de Phnom Penh et son directeur Ek Sonn Chan ont toujours été particulièrement responsables à cet égard.
Céline Gilquin : Nous incitons en outre la régie, par l’intermédiaire de prêts à taux très inférieurs à ceux du marché, à investir dans le raccordement des quartiers périphériques où se concentrent les populations que nous ciblons.
LMU : La régie municipale, plutôt que la délégation à une société privée, est-elle donc un système à encourager dans le contexte des pays en développement ?
Martha Stein-Sochas : Nous n’avons pas de livre de recettes à l’AFD. Nous sommes toujours à l’écoute de partenaires, et nous faisons en fonction du contexte local du moment que nous approchons nos objectifs, savoir l’accès du plus grand nombre à la ressource. Et pour cela, nous pouvons en effet, et heureusement, avoir recours à une panoplie de choix.
Céline Gilquin : Au Sénégal par exemple, qui est souvent cité en exemple avec le Cambodge, un affermage a été concédé à une société locale filiale de Bouygues. C’est un système de concession qui marche très bien et que l’on soutient.
LMU : Peut-on imaginer que la régie des eaux de Phnom Penh endosse un rôle de conseil en Asie du Sud-est, c’est-à-dire qu’il y ait une sorte de transfert d’expertise en matière de développement du Nord vers le Sud ?
Céline Gilquin : Je crois en effet qu’il faut mener une réflexion sur la façon de reproduire le modèle, qui est un succès. Cependant, le premier défi reste l’élargissement aux quartiers périphériques. Il est également envisagé de confier la responsabilité du traitement des eaux usées à la régie des eaux de Phnom Penh, ce qui serait une autre évolution.
Au plan national, il y a évidemment des échanges entre la régie de la capitale et les villes secondaires. J’ajouterai aussi qu’Ek Sonn Chan, qui bénéficie d’une reconnaissance croissante dans le monde pour son action, participe lui-même à la propagation de ses idées…
Pour ce qui est de partenariats resserrés en Asie du Sud-est, je crois qu’il est encore un peu tôt. La régie des eaux de Phnom Penh, malgré tout, a encore beaucoup de défis à relever en interne pour ce qui est de l’élargissement de son périmètre d’activité en particulier.
dimanche 5 juillet 2009
Bernard Barraqué sur le droit à l’eau

Voici un papier trouvé sur goodplanet.info, dans lequel Bernard Barraqué, Directeur de recherches au CNRS, parle du droit à l’eau, sujet passionnant à l’origine de nombreuses discussions et contreverses entre les acteurs qui composent la communauté de l’eau.
"Une problématique commune finit par réunir pays développés et pays en développement dans la question du droit à l’eau : certains voudraient que l’accès à l’eau fasse partie des droits de l’homme les plus fondamentaux, et qu’on complète la déclaration des Nations Unies de 1948 dans ce sens. Mais ce dossier avance lentement.
Citons Sylvie Paquerot : « En premier lieu, le droit d'accès à l'eau potable ne figure pas dans les instruments généraux du droit (la DUDH et les Pactes internationaux). Récemment, la Commission des droits de l'homme s'est emparée du thème de l'eau à travers son rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation. Celui-ci a réalisé un rapport en 1998 sur le droit d'accès à l'eau potable et l'assainissement. Par la suite (2001) ce sujet est devenu l'un de ses mandats. Jean Ziegler a également présenté à l'ONU un rapport sur le lien entre privatisation, intervention des multinationales et mise en œuvre du droit d'accès à l'eau.
Tout ceci constitue un travail interne à la Commission des droits de l'homme. Au niveau juridique, par contre, on retrouve des allusions au droit à l'eau dans trois textes :
Eaux municipales
Le droit à une eau potable est reconnu dans de nombreuses conventions internationales (voir fiche). En France, la desserte en eau potable est un service public dont la compétence revient aux municipalités, ces dernières peuvent l’assurer elles-mêmes ou le déléguer à un prestataire. La continuité du service, l’égalité de traitement des usagers, la transparence et l’équilibre financier font partie des exigences de ce service. De plus, des lois successives ont reconnu le droit à l’eau comme un service nécessaire pour les plus démunis, ces textes ont mis en place des mesures d’aide comme la prise en charge d’une part de la facture d’eau.
• Convention sur l'élimination de toute discrimination à l'égard des femmes (79), art.14 ;
• Convention relative aux droits de l'enfant (89), art.24 ;
La référence plus ou moins explicite à un droit d'accès à l'eau dans ces deux textes n'en fait pas, pour les États, un droit universel. Les États considèrent que l'on ne peut partir d'un corpus particulier pour en déduire qu'il est partie du corpus universel.
• Protocole de Genève (Droit humanitaire) qui oblige à une protection du droit d'accès à l'eau en cas de guerre. On peut considérer que ce devrait être le cas, a fortiori, en temps de paix ! »
En pratique : quelles formules d’aide aux plus démunis ?
Si, au niveau international, le droit à l’eau n’est pas reconnu comme un droit de l’homme, certains pays ont été plus loin. En France, par exemple, suite au travail de réflexion conduite par l’Académie de l’Eau, et notamment par l’un de ses membres, Henry Smets , la Commission Consultative des Droits de l’Homme en a adopté le principe. Et la loi sur l’eau et les milieux aquatiques du 30 décembre 2006 reconnaît explicitement le droit à l’eau pour tous. Cette même organisation a fait adopter une déclaration sur le droit à l’eau au Forum Mondial de l’Eau de Mexico en 2006.
L’Afrique du Sud a été plus loin encore, non seulement en inscrivant ce droit dans la Constitution, mais en le matérialisant dans l’offre d’un volume gratuit d’eau pour chaque abonné (6 m3/mois, soit 200 litres par jour). On rentre là dans la question de la mise en œuvre pratique du droit à l’eau. Dans de nombreux pays en développement ainsi que dans les pays méditerranéens d’Europe, on pratique couramment la tarification par blocs croissants dont le volume initial gratuit est une des formes possibles. L’idée c’est que tout citoyen doit payer l’eau mais que les plus démunis doivent être systématiquement aidés (et non pas seulement ceux qui demandent explicitement de ne pas payer). En Afrique du Sud, du temps de l’apartheid, l’eau potable arrivait gratuitement aux bornes fontaines dans les townships. L’ANC au pouvoir a voulu généraliser la desserte par immeuble mais en demandant une contribution à tous. D’où la compensation par les volumes gratuits. Dans cet exemple comme dans beaucoup d’autres, on a pensé que la tarification par blocs croissants permettait d’atteindre à la fois un objectif d’efficacité économique (encourager un usage optimal de l’eau), et un objectif de justice sociale.
Dans ces conditions, le débat sur la mise en œuvre du droit à l’eau est tout aussi riche que celui sur le droit lui-même et il manque encore beaucoup d’études sociologiques pour pouvoir le trancher. En attendant, certains pensent qu’aider directement les plus démunis à payer leur eau est trop onéreux et qu’il vaut mieux les aider en général. D’autres pensent que si l’on continuait à financer le développement des services publics à partir des impôts locaux ou nationaux, cela aurait un effet redistributif (les riches payant des taxes d’habitation plus élevées), tout en abaissant le prix de l’eau en général. Mais il est assez évident que les mesures les plus appropriées seront différentes entre pays où les raccordements sont achevés et les autres, mais aussi presque au cas par cas, en fonction de la démographie, de la densité de population, des ressources disponibles, etc."
(Texte Bernard Barraqué - Centre international de recherche sur l'environnement et le développement (CIRED) – Nogent sur Marne (CNRS))
Voir ici quelques papiers sur le droit à l’eau
Et les compte rendus du forum mondial de l’eau
L'eau et l'agriculture dans les pays riches

On pense souvent que les pays développés sont riches en eau, et que les agriculteurs s’y préoccupent peu de questions de gestion ou de qualité de l’eau. Si seulement cela pouvait être vrai ! Partout, l’accroissement de cultures et d’élevages exigeants en eau appauvrit les ressources en eau, y compris dans les pays les plus riches.
Aux États-Unis, l’un des plus gros producteurs agricoles du monde, l’irrigation agricole est supérieure au taux de recharge des nappes souterraines depuis plusieurs années dans certaines régions. Par exemple, l’aquifère d’Ogallala, qui irrigue plus de 20 % des terres cultivables, a vu son niveau d’eau diminuer, et est presque tari dans certaines parties du Kansas. Dans la partie septentrionale du Texas, la diminution des ressources en eau menace sérieusement la pérennité de l’économie agricole et rurale.
Les États-Unis sont loin d’être la seule économie développée à affronter ce problème. En France, également l’un des plus gros exportateurs mondiaux de produits agricoles, la part de l’agriculture dans l’utilisation des nappes souterraines est passée de 10 % au milieu des années 80 à 17 % dix ans plus tard. Dans la zone OCDE, la consommation d’eau à usage agricole, soit 45 % de la consommation totale, a progressé plus rapidement sur cette période que pour les autres utilisations. Ceci reflète l’expansion de 6 % des surfaces irriguées, notamment pour les céréales, les récoltes horticoles comme la vigne et de meilleurs pâturages.
Les projections à 10 ans montrent que la demande d’eau émanant des irrigants va encore progresser, notamment dans des pays où l’essentiel de la production agricole provient déjà des cultures irriguées, comme l’Australie, le Mexique, l’Espagne et les États-Unis. Cela entraînera également une intensification de la concurrence avec les autres usagers. De plus, la multiplication et la gravité croissante des sécheresses ces dix dernières années, peut-être liées au changement climatique, touchent gravement l’agriculture irriguée dans de nombreuses zones arides et semi-arides.
La part de l’agriculture dans l’utilisation totale des eaux souterraines dépasse 30 % dans certains pays de l’OCDE, et l’eau alimentant le secteur est de plus en plus prélevée sur les aquifères souterrains. Dans certaines régions, la consommation des irrigants est très largement supérieure aux taux de recharge des nappes souterraines, ce qui menace la viabilité économique de l’agriculture dans les zones concernées.
Le dilemme est que l’agriculture peut aussi bien être une aubaine qu’un fléau pour l’environnement. La surexploitation des ressources en eau a dégradé certains écosystèmes aquatiques, nuisant ainsi aux activités de pêche de loisir ou commerciale. Mais il existe cependant des systèmes de production agricole bénéfiques pour les bassins hydrographiques car ils fournissent des habitats favorables à la faune aquatique, reconstituent les réserves et contribuent à lutter contre les inondations.
Bien que les exploitations agricoles puissent protéger l’environnement, c’est trop souvent le contraire qui se produit. Dans certains pays, la faible utilisation de techniques d’irrigation performantes, comme le goutte à goutte, et la médiocrité de l’entretien des infrastructures mènent à un manque d’efficacité dans l’utilisation de l’eau, d’où des pertes et un plus grand volume d’eau par hectare irrigué. Il est néanmoins encourageant de voir que dans d’autres pays, comme l’Australie, ces volumes ont chuté grâce à l’amélioration des pratiques de gestion de l’eau. En bref, avec les techniques appropriées et des incitations à adopter les bonnes technologies, les pressions sur les ressources souterraines en eau peuvent diminuer.
Mais l’utilisation n’est qu’une partie du problème. L’agriculture est aussi une source principale de pollution des eaux souterraines dans de nombreux pays. Plus d’un cinquième des sites de contrôle des nappes souterraines dans les zones agricoles du Danemark, des Pays-Bas et des États-Unis indiquent des taux de nitrate trop élevés pour l’eau potable. Ceci est particulièrement problématique lorsque ces nappes fournissent la majeure partie des approvisionnements destinés à la consommation humaine et animale. De plus, la situation va probablement se détériorer car, à cause de propriétés physiques particulières, les phosphates utilisés il y a quelques années mettront encore de nombreuses années à filtrer jusqu’aux nappes souterraines.
L’impact de l’agriculture sur la qualité de l’eau s’est légèrement amélioré au cours des dix dernières années grâce à la réduction du ruissellement des déchets d’élevage, des engrais et des pesticides, en réponse aux politiques et préoccupations publiques. Pourtant, les niveaux absolus de pollution d’origine agricole restent élevés dans de nombreuses régions. Les sources d’azote et de phosphore responsables de la pollution des eaux ont relativement augmenté, alors que les sources de pollution industrielles et urbaines ont diminué.
Il reste à savoir comment aborder ces problèmes. Les coûts des polluants agricoles, comme les fertilisants et pesticides rejetés dans les cours d’eau, sont élevés. Selon l’Agence britannique de l’environnement, la pollution agricole de l’eau coûte environ 345 millions d’euros par an, et affecte l’eau potable et les écosystèmes aquatiques. Cela représente environ 40 % des coûts totaux de pollution de l’eau en Grande-Bretagne.
Dans de nombreux pays, les coûts pour ramener la qualité de l’eau dans les zones agricoles aux seuils fixés seraient bien plus élevés pour les usages environnementaux et récréatifs que pour l’eau potable. Ceci est dû à l’eutrophisation générale des cours d’eau et des lacs dans les régions impliquées, ainsi qu’aux dommages causés par les pesticides aux organismes aquatiques. La pollution des estuaires et des côtes par les fertilisants agricoles devient elle aussi problématique car elle provoque des proliférations d’algues préjudiciables à la faune marine.
Des réglementations peuvent limiter la pollution des eaux, mais elles ne suffisent pas. Les politiques de subvention à la production faussent les incitations offertes aux agriculteurs, et aggravent la surconsommation d’eau et sa pollution dans de nombreux pays riches. Même si l’eau destinée à l’agriculture est d’une moindre qualité, les agriculteurs bénéficient souvent de tarifs très faibles pour leur approvisionnement et leur consommation en eau, par rapport aux ménages et aux entreprises. Aux États-Unis par exemple, les agriculteurs paient en moyenne environ 0,05 USD/m3, contre 0,50 USD/m3 pour les entreprises. En France, ces chiffres respectifs sont de 0,08 USD/m3 et 0,95 USD/m3. En Espagne, les prix sont de 0,05 USD/m3 pour les agriculteurs et 1,08 USD/m3 pour les entreprises. Les agriculteurs n’ont donc que peu, voire pas d’incitation du tout à mieux gérer leur utilisation d’eau.
Mais si les incitations existaient, il reste à savoir qui paierait. Les droits de propriété sur l’eau sont souvent mal définis – un puits sur les terres d’un agriculteur peut par exemple appartenir au village. Dans ce cas, le principe du pollueur-payeur est difficile à appliquer.
En bref, dans les pays riches, l’impact de l’agriculture sur les ressources en eau n’est pas viable. L’une des nouvelles priorités de l’action publique consiste donc à favoriser une gestion de l’eau plus durable à travers de meilleures réglementations et des instruments comme un commerce de l’eau basé sur le marché. Il est généralement admis qu’il faut améliorer la structure des prix, qui devrait refléter les coûts et avantages de l’eau à usage agricole. Il est également nécessaire que tous les pays renforcent le suivi et l’évaluation des initiatives de réforme, afin de s’assurer que celles-ci vont dans le bon sens.
Les pays en développement sont confrontés aux mêmes problèmes, bien que les pays arides connaissent le problème de l’approvisionnement minimum en eau pour les cultures et pour les élevages, afin de nourrir des populations croissantes (et de plus en plus riches). De manière générale, la réforme des politiques de l’eau est plus ou moins avancée selon les pays.
Les pays développés commencent enfin à prendre conscience que l’eau, loin d’être abondante, est au contraire une ressource fragile, et qu’ils doivent donc mettre en place les bons signaux, aussi bien en ce qui concerne le marché que les choix publics. Ils commencent à s’atteler à la tâche, mais le chemin qui reste à parcourir est encore bien long pour de nombreux pays.
source : OCDE, 2009, Indicateurs environnementaux pour l’agriculture.
samedi 4 juillet 2009
La Turquie accepte d’augmenter le débit de l’Euphrate

Par le correspondant de RFI à Istanbul, Jérôme Bastion
Le débit des eaux de l’Euphrate va doubler. C’est une bonne nouvelle pour les Irakiens en cette période estivale. La décision a été prise par la Turquie, le pays où le fleuve prend sa source. L’agriculture en Irak commençait par souffrir du manque d’eau et dans certaines régions le problème de la sécheresse se pose réellement.
Ce n’est un secret pour personne, l’Irak manque dramatiquement d’eau. Ce pays dépend essentiellement, pour son agriculture, du débit des fleuves Tigre et surtout Euphrate. Mais manque de chance, la Turquie poursuit, sur ses deux grands cours d’eau, un programme de vingt-et-un barrages qui permettent d’irriguer et de développer le sud-est du pays, lui aussi très aride.
De fait, la Turquie délivre quatre fois moins d’eau à ses voisins en aval, Syrie et Irak, qu’il y a dix ans, ce qui forcément pose problème. Le réchauffement climatique et la diminution des précipitations, qui sont une réalité concrète en Turquie aussi - l’an dernier la production agricole était en baisse de 20% faute de pluie- oblige Ankara à prélever plus d’eau de ses fleuves, ce qui prive les utilisateurs en aval.
Cela fait quelques mois que Bagdad a tiré la sonnette d’alarme parlant de « catastrophe » pour son agriculture. Cet appel a, semble-t-il, été entendu. La Turquie vient de faire un geste et devrait encore accroître le débit du fleuve jusqu’à 715 m3 par seconde les prochains mois alors qu’il n’était que 130 m3 par seconde le mois dernier.
Eviter la guerre de l’eau
Le geste de la Turquie, est le signe que ces pays voisins peuvent s’entendre sur ce genre de problème sensible, même sans conclusion préalable d’un accord international. C’est en tout cas l’illustration du renforcement des relations entre la Turquie et ses voisins.
Rappelons que les Turcs ont utilisé durant des décennies l’arme de l’eau contre les Syriens qui abritaient la rébellion kurde sur leur territoire. Grâce aux meilleures relations aujourd’hui, des arrangements sont trouvés, mais ils sont purement conjoncturels, faute de se conformer à un système de partage proposé par les Nations Unies. D’ailleurs, très peu de pays sur la planète l’ont ratifié. Pour ce cas précis, les trois pays, la Turquie, la Syrie et l’Irak s’en tiennent à des arrangements à court terme ainsi.
Lors du forum de l’eau d’Istanbul en mars dernier, l’Irak avait tenté en vain de conclure un accord tripartite avec ses voisins turcs et syriens. Damas mettait en avant son programme de grand barrage sur l’Euphrate qui affectera à terme un peu plus le débit de ce fleuve en Irak. Il est bien connu que les derniers arrivés sont les moins bien servis.En l’occurrence, l’Irak, en bout de chaîne, est mal loti.
Toutefois, malgré quelques incidents de parcours, le programme hydraulique turc continue. Officiellement ! Mais il est vrai qu’il y a des retards et même parfois des petits blocages. Des retards dus à des raisons économiques essentiellement parce que la Turquie finance seule ce vaste ensemble hydraulique et hydroélectrique en raison de son caractère parfois polémique. Il y aussi d’autres blocages comme cette opposition récente au projet. Début juillet, les bailleurs de fonds que sont la Suisse, l’Allemagne et l’Autriche, devraient annoncer qu’ils ne garantiraient pas les crédits pour la construction d’un barrage sur le Tigre à Hasankeyf dans le sud-est, parce qu’il engloutirait un patrimoine archéologique et culturel, jugé important.
Mais en dehors de ces incidents de parcours, le programme de vingt-et-un barrage sur les deux fleuves se poursuit envers et contre tout et malgré l’Irak.
Grameen et Veolia Water coopèrent pour développer l'accès à l'eau potable au Bengladesh

« De la charité au microcrédit » : Muhammad Yunus est l’inventeur d’une voie nouvelle pour le financement d’activités nouvelles, notamment mais pas uniquement dans les pays en développement. Une des applications de son idée phare dans le secteur de l’eau vient de démarrer opérationnellement il y a quelques jours... Détenue à parité par Grameen Healthcare, et Veolia Water AMI, filiale de Veolia Eau, Grameen-Veolia Water Ltd a inauguré le 24 juin à Goalmari sa première usine d'eau potable destinée aux populations des villages du Bangladesh. Cette usine va permettre d'alimenter à terme 40.000 habitants en eau potable, a indiqué Veolia dans un communiqué, selon Enviro2B.
Dans cette région du monde, ce ne sont pas les quantités d’eau disponibles qui font défaut mais la qualité de celle-ci. En effet, la quasi-totalité des nappes phréatiques est contaminée à l’arsenic, dans des proportions souvent dangereuses pour la santé
Dans le cadre de ce projet pilote, qui repose sur le principe économique du ''social business'', l'eau potable sera vendue aux habitants 0,2 centimes d'euro le litre, soit 100 fois moins que l'eau en bouteille disponible localement. L'intégralité des bénéfices étant réinjecté pour permettre le développement, au Bangladesh, d'autres projets liés au domaine de l'eau.
L’alliance du « social business » théorisé par le Professeur Muhammad Yunus, Prix Nobel de la Paix 2006, et de l’expertise de Veolia Eau, qui assure déjà l’accès à l’eau potable à près de 6,5 millions de personnes en Afrique et en Inde, vont permettre à Grameen-Veolia Water Ltd d’apporter de l’eau potable à plus de 100 000 habitants pour un investissement total évalué à 500 000 €. Ce programme contribuera à l’intégration des populations dans l’économie réelle en apportant une solution immédiatement opérationnelle et efficace en réponse à un besoin fondamental, dans la perspective des Objectifs du Millénaire.
« J’ai été particulièrement enthousiasmé et convaincu par le modèle du social business développé par le Professeur Muhammad Yunus. Je suis persuadé que c’est précisément ce dont nous avons besoin pour mettre en oeuvre des solutions efficaces permettant de fournir de l’eau potable aux communautés les plus démunies », a déclaré Antoine Frérot, Directeur général de Veolia Eau.
mercredi 1 juillet 2009
David Servan-Schreiber et la tempête dans un verre d’eau
C’est ce genre de recette que vient de nous servir David Servan-Schreiber et WWF-France.
De quoi s’agit-il ?
Le site du WWF- France nous propose un condensé du communiqué de presse.
L’évidence bien plate : Boire une eau de mauvaise qualité n’est pas bon pour la santé. Or, l’eau est de moins bonne qualité quand les municipalités ont insuffisamment investi ou renoncé à utiliser les dernières technologies de traitement et de filtrage.
Le public fragile : « les personnes malades du cancer ou qui sont passées par la maladie doivent bénéficier d’une eau potable de qualité irréprochable au nom du principe de précaution. De nombreuses études établissent des liens entre cancer et polluants de l’eau. »
Le zeste de risque : « En France, la qualité de l’eau varie selon les régions et selon les périodes de l’année, en raison de l’activité agricole. De fait, des personnes fragilisées peuvent être exposées sans le savoir à des taux de nitrates et de pesticides supérieurs aux normes. De plus, les normes de qualité n’ont pas évolué malgré les nouvelles connaissances sur des polluants à effet hormonal (certains pesticides, certaines hormones, le bisphénol A...) ou sur la présence de dérivés médicamenteux. »
Le sucre de la solution magique : « Il convient donc de prendre des précautions. Nous conseillons aux personnes malades du cancer ou qui sont passées par la maladie de ne boire quotidiennement de l’eau du robinet que si elles sont sûres de sa qualité, et sinon de s’équiper d’un filtre de qualité ou de boire de l’eau en bouteille. Ce sont des solutions de court terme qui demandent à être appliquées de façon précise : il faut respecter le mode d’emploi pour les filtres et recycler les bouteilles. »
La concession à l’égard des experts : « L’eau du robinet est en général de bonne qualité en France si l’on prend comme critères d’évaluation les normes réglementaires. » Globalement, les normes françaises permettent de proposer au consommateur une eau de qualité suffisante partout.
La controverse a pris ; il est probable qu’elle durera peu, car elle est de peu d’intérêt.
Le Journal de l’environnement en fait une bonne synthèse. Le ministère de la santé a rappelé que les contrôles réalisés étaient sérieux et que l’eau en France respecte très largement les normes européennes. Monique Chotard, du Centre d’information sur l’eau, a dit sur LCI : « Il n'est pas vrai de dire que l'eau du robinet n'est bonne que dans les grandes villes (...) On peut boire de l'eau partout, sauf si on vous dit de ne pas en boire. Cela arrive, il ne faut pas être angélique mais l'eau est bonne à 99,5% ». Les écologistes de France Nature Environnement rappellent que la solution miracle est extrêmement discutable : « Or si ces polluants sont en effet relevés dans l’eau du robinet, il est à noter que l’eau de source en bouteille est le plus souvent prélevée dans les mêmes nappes phréatiques, et peut elle aussi contenir un certain nombre de polluants. Deux études scientifiques de mars 2006 et de novembre 2008 soulèvent également la question de la migration du plastique de la bouteille vers l’eau, de substances nocives comme l’antimoine (un métal toxique retrouvé à des concentrations 95 à 165 fois plus élevées que dans l’eau du robinet) ou de perturbateurs endocriniens. Par ailleurs, la composition précise de l’emballage alimentaire de l’eau en bouteille n’est pas connue du fait du secret industriel : ni les consommateurs, ni l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments qui autorise pourtant la mise sur le marché des produits, n’ont l’information requise pour une consommation en toute transparence. ». On retrouve aussi des militants hostiles à la marchandisation de l’eau par les sociétés d’eau en bouteille, comme l’ACME.
On a déjà longuement traité ici de cette polémique entre eau en bouteille et eau du robinet :
Bien entendu, l’eau du robinet peut ne pas être parfaite. On imagine bien que si les équipements sont insuffisants, il peut arriver que l’eau ne soit pas aux meilleurs standards. Mais il y a des contrôles réalisés régulièrement par le ministère de la santé et ils sont sérieux.
Bien entendu, l’eau en bouteille est soumise aux mêmes risques que l’eau du robinet. Les nappes phréatiques peuvent être tout autant contaminées pour l’eau en bouteille que pour l’eau du robinet. Le moyen de distribuer l’eau, la bouteille en plastique, peut la souiller. Les contrôles ne sont pas complètement transparents.
Bien entendu, les filtres à eau ne sont pas à la hauteur pour gérer les questions de résidus médicamenteux ou de micro-particules évoqués par David Servan-Schreiber. Si les remèdes étaient si simples et si peu coûteux, ils seraient mis en place.
Au final, le constat proposé par David Servan Schreiber est d’une banalité évidente : La qualité de l’eau est globalement bonne en France, mais cela dépend un peu des régions et des dispositifs mis en place pour la traiter. Il est aussi très probable que boire une eau de mauvaise qualité est dangereux.
La conséquence ? Les solutions proposées sont un peu courtes, comme on l’a vu. Il faut penser la question de l’eau de façon globale et pas seulement en spécialistes (en intégrant la question agricole et industrielle). Il faut continuer à faire de la recherche pour imaginer des solutions innovantes pour traiter l’eau prise dans le milieu tout autant que celle qui est rejetée. Il faut inventer des procédés pour détecter les impuretés notamment toute cette gamme de résidus médicamenteux (dont la nocivité resterait à évaluer par ailleurs) que l’on commence à savoir identifier. Il faut créer des bouteilles dans des matériaux mois nocifs.
Tous ceux qui connaissent un peu le sujet de l’eau sont à peu près d’accord sur ces quelques remarques de bon sens. Alors pourquoi cette polémique un peu inutile ?
Comprendre le dessalement en 10 minutes
source : http://www.youtube.com/watch?v=9uEUzWybZKI
